ne cherchez plus, le futur de la musique est à lagos

i-D est parti au Nigéria pour s'imprégner de la musique underground locale où les meilleurs Djs et collectifs mixent dancehall, afrobeat et trappe avec classe.

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avr. 25 2016, 7:53am

Pas étonnant que Drake ait squatté le top des charts anglais cette semaine avec One Dance, en featuring avec Wizkid et Kyla. Après avoir remixé Ojuelegba (de Wizkid) avec Skepta l'an dernier (Alicia Keys postant dans la foulée une vidéo d'elle dansant dessus sur Instagram - 115 000 likes), cette suite logique démontre encore un peu plus l'attirance du rappeur et de l'industrie mainstream pour la scène musicale nigériane. Wizkid a même bloqué une collaboration avec R.Kelly. Dans le même temps, son compatriote Davido a enregistré avec Meek Mill, a fait la couverture de Fader, a tout déchiré à SXSW pour inéluctablement signer chez Sony. Cet intérêt croissant prend la suite d'autres collaborations de taille - Dbanj avec Kanye West, P-Square avec Rick Ross, Timaya avec Sean Paul et Olamide et Don Jazzy et Reekado Banks avec Wale pour ne citer qu'eux. Pour apprendre deux-trois nouveaux pas de danse, Ciara s'est récemment rendue à Lagos, où l'industrie musicale locale commence à brasser des billets. Il semblerait que la longue attente d'une exportation efficace arrive à sa fin. 

Le Nigéria est un géant de l'Afrique. C'est le pays le plus peuplé du continent (182 millions d'habitants) et le plus riche économiquement. Sa capitale, Lagos, regorge de talents émergents, créatifs, musicaux. Depuis les années 1960, de nombreux artistes très connus comme King Sunny Adé, Fatai Rolling Dollar, Ebenezer Obey, Orlando Julius ou Shina Peters ont su s'exporter à travers le monde. De son côté, la musique afrobeat de Fela Kuti continue d'inspirer les jeunes générations. Le maringa, le highlife, le juju et le fuju sont nés là-bas, sur ces terres d'Afrique. Que dire des pionniers du hip hop des années 1990, tous originaires de Lagos ? Wande Coal, MI, Banku W et Dr Sid.

En 2016, les jeunes continuent de puiser dans cet héritage musical fécond. Burna Boy, né en 1991, Patoranking (1990) et Kiss Daniel, le jeune prince de l'afro pop en ont tiré le meilleur. Leur musique ? Afrobeat, jollof, naijapop. Peu importe en fait : ils mixent les rythmes de la musique traditionnelle et empruntent aux beats les plus actuels qui soient (trappe, dancehall, alkayida et kwaito). Résultat ? Une énergie contagieuse au possible. Alors que la scène musicale commence à se faire connaître en dehors de ses frontières natives, des noms jusque là inconnus commencent à être sur toutes les lèvres.

"Tout le monde cherche à écouter de la musique originale. Va voir du côté du Nigéria en ce moment. Notre musique est facile d'accès, mais elle a ce charme et ce swag africains irrésistibles," explique Dj Obi, un résident du club Sip à Lagos qui vient d'achever sa tournée en Angleterre. "Lagos, c'est le New York africain. C'est une ville bourrée d'énergie où les jeunes font la fête jour et nuit. La nouvelle génération fait bouger les choses, elle est plus mondialisée donc plus ouverte et offre un son hybride hyper actuel." Tec, du duo de rappeurs Show Dem Camp (SDC) acquiesce. "La Musique ici, c'est une échappatoire. Après une semaine passée sans gaz ni électricité, les nigérians ont juste envie de sortir dans les clubs pour écouter de la musique qui donne envie de danser. Ça veut pas dire qu'on ne fait que parler de champagne et de booty dans nos paroles." Il cite quelques mecs qui vont devenir très puissants, Simi et Falz the Bahd Guy, qu'il nous conseille d'écouter sur le champ.

SDC fait partie du Collectiv3, un groupe alternatif lancé par le producteur Ikon, du label Syndik8 Records. "Le Nigéria est bourré de talents. Les générations qui commencent à faire de la musique sont plus que décidées à s'exporter en dehors des frontières. Les artistes avec qui je bosse font de la musique consciente, politisée." Son dernier single, Solomon, est pile poil dans la tendance. SDC rappe sur des refrains Yoruba,la langue du peuple indigène éponyme. Contemplatives, les paroles évoquent la douleur du départ et invitent à tirer le meilleur des expériences les plus sombres de chaque existence.

Les chanteurs Funbi et Poe, offrent de leur côté un pur son afrosoul. Ils se sont retrouvés sur quelques sons, notamment Sexy Bitch et Adore Her. "La musique, c'est mon enfance, mon histoire. J'essaie de remettre au gout du jour le old school," confie Funbi. Le duo a récemment joué au Gidi Fest, le plus gros festival africain de musique. 

Les chanteurs Funbi et Poe ont développé leur approche singulière de l'Afrosoul et se sont réunis sur des sons comme Sexy Bitch ou Adore Her. "La musique, c'est mon héritage. Je fais renaître le old school en 2016. Ce que les Nigérians ont a offrir est unique," selon Funbi. La paire s'est récemment donnée en concert au Gidi Fest. Un événement qui, maintenant à sa troisième édition, est devenu le plus grand festival de musique du Nigéria, attirant des grands noms venus de tout le continent. "Aujourd'hui, la musique est un choix de carrière fiable et crédible pour les jeunes nigérians. Le Nigéria est au premières loges de cette avancée, parce que nous sommes les bruyants et nous déployons un large panel qualitatif. De mes productions plus minimales à la musique urbaine d'Olamide," ajoute Poe qui à récemment lâché un freestyle sur le hit Who You Epp dudit rappeur.

Le Gidi Fest se démarque en mettant en avant une sélection musicale nigériane variée. Cette année, Tiwa Savage et Yemi Alade ont partagé la scène avec le chanteur adepte du style "urban highlife", Adekunle Gold et le Koko Master D'banj. "Le Gidi Fest a posé les bases. On a franchi des barrières, à la fois à l'intérieur et en dehors du continent. Maintenant ce qu'il faut, c'est toucher le public au niveau international," indique son cofondateur, Chin Okeke qui compte étendre l'événement à l'Afrique du Sud, le Kenye, le Ghana et les Etats-Unis. 

La plupart des jeunes qui y vivent sont tous d'accord pour dire que le manque d'infrastructures sur place sont un frein à l'exportation et au rayonnement de la musique Naija."On revient de loin et notre potentiel est énorme. Les jeunes ont envie et besoin de changement," souligne la queen soul locale, Temi Dollface, dont le dernier tube, School Your Face, a fait l'effet d'une bombe. "Il faut qu'on se batte ensemble pour que les lois sur la propriété intellectuelle évoluent, au même titre que la politique de distribution, pour que les artistes n'aient plus à dépendre uniquement des dates de tournée pour gagner un peu de fric."

DJ Cuppy, originaire de Lagos, vit aujourd'hui à New York et participe à l'émission de MTV, Uncommon Sense, croit plus que personne en l'avenir de la scène musicale nigériane. "L'énergie nigériane peut insuffler au reste du continent une volonté puissante de faire évoluer les choses. Tout le monde entend le bruit qu'on fait là-bas. Pour que le son rayonne et s'exporte, les musiciens doivent se serrer les coudes et collaborer en dehors des frontières nigérianes ; il faut plus de collaborations panafricaines. Et encore plus de fusion. Le son qu'on produit doit s'écouter très fort, partout."

Credits


Texte : Helen Jennings