Amandla wears poncho stylist's own. T-shirt and jeans Courrèges. Nose ring model's own (worn throughout).

amandla stenberg, l'adolescente qui va faire du bien au monde

"J’ai compris que mes origines noires n’étaient pas juste des pièces détachées. J’ai compris qu’elle faisaient partie de moi, qu’elles étaient belles. Aujourd’hui, je sais qu’elles me définissent en tant que personne et j’en suis fière."

par Lynette Nylander
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02 Mars 2016, 10:35am

Amandla wears poncho stylist's own. T-shirt and jeans Courrèges. Nose ring model's own (worn throughout).

Veste Alpha Industries. Body Balmain. Salopette Wunderkind. Leggings Isabel Marant. Chaussures Marc Jacobs.

Sweat Moschino. Robe Loewe. Veste (enroulée autour de la taille) Adidas. 

Chemise Margaret Howell. T-shirt de la styliste. Veste Thrasher. Jogging Adidas. Leggings Isabel Marant. Bague Repossi. Chaussures personnelles d'Amandla.

veste Alpha Industries. Robe Chanel. Jogging Adidas. Leggings Isabel Marant. Ras du cou et chaussures personnels d'Amandla.

 Googlisez Amandla Stenberg. Le premier truc sur lequel vous allez tomber est probablement sa vidéo "Don't Cash Crop My Cornrows" postée sur Youtube. La jeune femme y délivre un cours d'histoire et débat du concept sociologique d'appropriation culturelle. Ses comptes Instagram et Twitter réunissent, à eux deux, près d'un million de followers. Quant à sa réputation médiatique, elle n'est plus à faire. Les adjectifs féminins ''radicale'', "influente", "avant-gardiste" collent à la peau de l'adolescente. "Ces mots sont un peu intimidants," explique Amandla au téléphone, en direct de Los Angeles. "J'ai encore tellement de choses à prouver et vivre. Et j'ai cette réputation à maintenir, tous les jours, et c'est une source de pression gigantesque."

On lui parle et on oublie. On oublie qu'elle n'a qu'un tiers de l'âge qu'on a envie de lui donner. Du bout de ses 17 ans, Amandla voit grand et loin. Elle porte en elle la confiance et le recul qu'ont les grandes personnes. À ceci près qu'elle est tout sauf désillusionnée.

Amandla est née à Leimert Park, un quartier résidentiel du sud de Los Angeles, d'un père danois et d'une mère afro-américaine. Elle a grandi, comme toutes les adolescentes, en écoutant les Destiny's Child, Ciara, Gwen Stefani et Alicia Keys. ''Mais je suis aussi passée par Green Day… L'erreur est humaine,'' souligne-t-elle, malicieuse. ''Je me cherchais, à l'époque. Puis je suis entrée à l'école du Westside et les élèves étaient tous, ou presque blancs. J'aimais chercher en moi les différentes parcelles de mon identité, partagée entre plusieurs lieux. À l'école, tous mes copains étaient blancs. À la maison, ils étaient tous noirs. C'est une vraie dualité qui s'est installée en moi, enfant.''

Elle se souvient du jour où elle a su qu'elle était noire et de fait, différente de ses amis blancs.''J'étais en train de jouer à colin-maillard et j'ai entendu un garçon crier 'où se cache la petite noire?' et je me suis reconnue. C'était la première fois qu'on me collait une race à la peau. J'avais compris.'' Des injures, Amandla en a essuyées. Depuis qu'elle est enfant, la jeune femme apparaît dans des publicités, des magazines et à l'âge de 12 ans, elle décroche un rôle pour jouer Rue dans The Hunger Games, l'adaptation du roman de Suzanne Collins. "J'étais tellement heureuse d'été choisie, j'avais lu le livre et je savais que Rue était noire,'' explique Amandla. J'étais très fière aussi, parce que les personnages noirs auxquels les petites filles peuvent s'identifier sont rares. Et puis je suis allée sur Internet et j'ai vu comment les gens parlaient de ma mort dans le film, juraient que ce n'était rien, que c'était tant mieux, même. Ça m'a fait tourner la tête. En soi ce n'est rien, mais c'était déjà trop. Je ne parvenais pas à effacer ces images glauques de ma tête."

Amanda a fini par ne plus savoir qui elle voulait être. "Je suis passée par une période où je rejetais systématiquement mon identité noire", confesse-t-elle. Je tirais et lissais mes cheveux, j'essayais de rendre ma peau plus claire. Et puis maintenant j'ai compris. J'ai compris que mes origines noires n'étaient pas juste de pièces détachées. J'ai compris qu'elle faisaient partie de moi, qu'elles étaient importantes. Aujourd'hui, je sais qu'elles me définissent en tant que personne et j'en suis fière."

Au-delà de son identité à elle, Amandla soutient les minorités, un combat qui lui a valu de se faire connaître du grand public. Lorsqu'elle a sorti sa vidéo, "Don't Cash Crop My Cornrows", dans laquelle elle retrace l'histoire des coupes de cheveux noires et redéfinit la notion d'identité noire, en passant par le hip hop. Bref, cette vidéo a été vue plus d'un million de fois sur Youtube. Aujourd'hui, elle s'empare fréquemment des réseaux sociaux pour promouvoir son combat, parler de celui des autres, s'adresser aux filles victimes de violences ou à tous les noirs qui ont subi discrimination ou rejet de la part de la société. Le TIME la compte dans son palmarès des adolescentes les plus influentes au monde. La fondation MS for Woman l'a sacrée féministe de l'année. Avec ses amies (Tavi Gevinson, Willow Smith et Kiernan Shipka) Amandla est à l'origine d'un mouvement hyper féminin et féministe qui se déroule exclusivement sur la toile. Sur son profil, émaillé par les trolls, Amandla continue son combat et se rapproche de ses amis. "Mes amis m'ont soutenu dès le départ, je suis hyper fière de les avoir à mes côtés. J'ai même envie de travailler avec certains d'entre eux. Zendaya, Yara Shahidi des Black-ish, et puis Willow, évidemment. Ce serait cool de tourner un film avec elles, de former un crew de #blackgirlmagic."

Cette année, Amandla apparaitra sur grand écran aux côtés d'Owen Campbell et Charlie Heaton pour As You Are, un film indé sur l'adolescence, réalisé par Miles Joris-Peyrafitte et sélectionné au Sundance cette année. Le film suit trois ados dans les années 1990 alors qu'ils "se découvrent, explorent leur sexualité et rencontrent le premier amour". Mais Amandla, c'est aussi une bande-dessinée, qu'elle a créé et qui réunit ses deux passions, la science-fiction et le fantastique. "Je suis une grande fan des Studios Ghibli ! avoue-t-elle. J'ai mis Chihiro sur mon fond d'écran. J'aimerais vraiment créer un film comme celui-là. Mais je ferais jouer des personnages noirs, quasi-inexistants l'univers fantastique." Quand on lui demande ce qu'elle souhaite au monde, Amandla répond ''Je veux que les personnes de couleur soient représentées, au même titre que les queer, tous ceux qu'on ne voit jamais assez dans les médias. Il n'y a qu'à voir ce qui s'est passé pendant les Oscars. Elle poursuit : ''Je veux que les jeunes générations s'engagent à changer les choses.''

Amandla donne la voix à ceux qui ne l'ont pas ou peu. Les réseaux sociaux lui servent de plateaux pour dialoguer, échanger. ''Si je peux m'en servir pour permettre à d'autres que moi de s'affirmer et de se battre, pourquoi ne pas le faire ? Je veux continuer à faire ce que je fais. C'est arrivé par accident, je n'aurais jamais cru qu'autant de personnes me soutiendraient et m'entendraient."

Malgré la discrimination et les préjugés qu'elle affronte encore quotidiennement, Amandla reste très optimiste. "Le truc le plus cool de l'adolescence ? L'infini des possibles. Je ne sais pas de quoi ma vie sera faite, j'ai encore plein de trucs à apprendre mais vous savez quoi ? Je vais continuer à me battre. C'est la seule chose que je sais faire."

Credits


Texte : Lynette Nylander
Photographie : Oliver Hadlee Pearch 
Stylisme : Emilie Kareh 
Coiffure et maquillage : John McKay at Frank Reps, produits Shu Uemura
Photographie assistance : Gregory Brouillette
Stylisme assistance : Fiona Godivier

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