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l'adolescence restera ce qu'elle a toujours été

Dans leur magazine Park Life, les photographes Chus Antón, Ahida Agirre et Grégory Clavijo célèbrent l'insouciance et l'euphorie de la jeunesse. Comme on l'a tous vécue.

par Felicity Kinsella
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29 Janvier 2016, 1:45pm

Dans l'introduction à son magazine, Park Life, le photographe Chus Antón écrit : "Est-ce qu'on a vraiment volé la voiture de mon père à 16 ans et roulé jusqu'en France pour retrouver une fille qu'on avait rencontré en colo ? Possible que non… Mais peut-être bien que si.'' Quand on se remémore, adulte, les aventures adolescentes qu'on a vécu, tout s'efface et se brouille sous le poids du temps. Surtout quand on a grandi sans Instagram en béquille, pour se rappeler tous nos souvenirs. Fasciné par l'adolescence actuelle et par la sienne, le photographe espagnol Antón, avec ses amis Ahida Agirre et Grégory Clavijo sont partis à Londres à la rencontre d'une bande d'ados. Ils en ont tiré un sublime portfolio, Park Life. Sous la forme d'un magazine, les photographies célèbrent la vie, la fête et l'insouciance des années lycée. On en a profité pour discuter avec Chus de l'adolescence d'aujourd'hui.

Comment as-tu commencé la photographie ?
J'avais 12 ans je crois, mon père m'a filé un appareil pour la première fois. J'ai commencé à prendre des photos de mes vacances, de ma famille. Plus tard, je suis entré à l'école d'arts d'Oviedo où j'ai rencontré un prof génial qui m'a introduit à des photographes que j'admire encore aujourd'hui : Martin Parr, Bruce Davidson, William Klein, David Armstrong, Sarah Moon... J'ai toujours porté beaucoup d'intérêt à la culture teen et pop. J'ai toujours eu l'habitude de photographier mes amis : au collège, au lycée, à l'université, un peu comme dans mon magazine actuel, Park Life. On avait pas Instagram ni Facebook pour nous remémorer nos soirées et c'est pourquoi il était nécessaire de prendre des photos. Et la musique, les couvertures d'albums, l'esthétique de la pop britannique, le cinéma espagnol ou les seventies m'ont toujours inspiré dans mon travail.

Comment t'es venue l'idée de Park Life ?
L'idée a toujours été là. Mais tout a commencé à l'été 2015. C'est une question de temps et d'énergie, on les avait à ce moment là pour réaliser ce projet.

Qu'est-ce qui te fascine autant dans l'adolescence ?
Quand on vit à fond, cette période fascine toujours. C'est le moment où tu expérimentes, où tu fais tout pour la première fois. Tu tâtonnes sur ton chemin jusqu'au monde adulte, tu te façonnes une identité, une sensibilité, toujours avec candeur et naïveté. On se souvient tous de la musique qu'on écoutait, les livres qu'on lisait et les films qu'on a découvert à cette époque. L'adolescence, c'est vraiment une phase de transition, de progression permanente.

Qui sont les gens sur les photos ?
18 ados, tous londoniens, âgés de 14 à 18 ans. Agnes, Hana, Aisha, Ayanna, Finn, Amber, Felix, Charlie, Lula, Pablo, Sinead, Ophelia, Sonam, Theo, Milanka, Tommy, Ruby, et Rachel.

Quelle vision de l'adolescence donnes-tu dans Park Life?
On veut transmettre une image positive de la jeunesse. Les médias et la société en général ont tendance à snober l'adolescence et les nouvelles générations, parce qu'elles transmettent de nouvelles valeurs, qu'elles ont de nouveaux idéaux, codes qui ne sont pas compris par les précédentes. Ce processus a toujours été présent et les nouvelles générations se sont toujours battues contre leur père et mère. Avec Park Life, on a compris que l'esprit teenager reste le même, malgré les générations qui se succèdent. On s'est reconnu dans le mode de vie de ces gamins de 18 ans - dans leurs passe-temps, leurs conversations, leurs attentes et leurs rêves, leurs peurs aussi. La seule différence c'est qu'ils ont de nouveaux outils en main (Internet, les réseaux sociaux…) pour communiquer au monde leurs idées mais l'essence même de l'adolescence reste la même.

À quoi ressemblait ton adolescence ?
Chacun avait son univers, son monde bien à lui et on vivait dans trois villes différentes avec mes amis. Moi j'ai grandi à Oviedo, je passais mon temps à relire les biographies de mes groupes préférés, j'apprenais par coeur les paroles des Beatles. Grégory a grandi à Arras, il passait la plupart de son temps à jouer à des jeux vidéos, à surfer sur le net et à tchatter avec des gens du monde entier. Ahida était à Muniga, elle enchainait les soirées pyjamas et prenait des photos de sa copine via sa webcam.

Tu penses que la génération Z a perdu de son innocence et de sa spontanéité (à cause des réseaux sociaux et de la technologie…) ?
Pour nous, la magie de l'adolescence tient en son manque cruel d'expérience. Quand t'es ado, tu expérimentes, tu cherches. Je ne vois pas de connexion entre l'utilisation d'internet et la perte de l'innocence. Je pense même qu'Internet est un outil formidable pour développer sa créativité, ses goûts, sa culture, sa sensibilité et son échelle de la tolérance. D'ailleurs Internet permet d'accélérer les choses, d'aller plus vite et de rendre certaines expériences plus éphémères. La Génération Z sait très bien comment utiliser ces outils, elle n'est pas dupe : ils ne font pas que zapper comme sur la télé, ils développent des capacités d'intériorisation et de remise en cause.

Quelle est la chose la plus rebelle que n'ayez jamais faite ?
Chus : J'ai volé un nombre incroyable de vinyles.

Gregory : J'ai un jour dit à mes parents que j'allais à un concert avec des amis. En réalité, on a pris une bagnole et avons roulé jusqu'aux Pays bas.

Ahida : Avec mes amis, on avait pris l'habitude de dire à nos parents qu'on allait dormir chez les uns et les autres. En fait, on allait tous à d'énormes teufs et on finissait la nuit à dormir sur des bancs.

Qu'est ce qu'il y a de plus dur dans le fait de grandir ?
De ne jamais pouvoir être jeune à nouveau. Nous, on aimerait être jeune pour toujours. 

Quelle est la vraie beauté de l'adolescence ?
Le fait de construire son indépendance, de vivre de façon intense, comme on le veut, et de s'entourer des gens qu'on aime.

Quel conseil donneriez-vous à la jeunesse aujourd'hui ?
De profiter à fond de leur adolescence. C'est une période très courte. Trop courte. Elle fera partie intégrante d'eux et formera leur plus beau souvenir. 

Il y a t-il une photo dans le magazine que vous trouvez particulièrement forte ?
Le photo que l'on préfère est celle on l'on voit Pablo et Lula se marrer dans un train. Ce cliché représente à merveille l'esprit de Park Life et l'énergie que nous avons voulons retranscrire dans ses pages. Nous venions de passer une journée à Brighton. Pablo portait pyjama bleu et blanc dont il avait fait l'acquisition dans un Emmaüs à Londres. À le voir, il paraissait complètement "normal" de se pointer à la gare de London Bridge en pyjama. C'était très drôle.

Quel est votre prochain projet ?
On travail sur la publication d'un nouveau magazine. 

@chusanton

@ahidaagirre

@petitgregory

Credits


Texte : Felicity Kinsella

Tagged:
adolescence
Photographie
société
park life