londres 1976, la révolution punk en marche

La photographe Jill Furmanovsky était là quand tout a commencé – des Ramones aux Clash, elle replonge avec i-D dans ses archives punk et invoque la nécessité des contre-cultures en 2016.

par Tish Weinstock
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29 Février 2016, 9:08am

Jill Furmanovsky a rencontré le punk en 1976 - l'année où elle assistait au concert de Generation Pink accompagnée des kids derrière l'iconique fanzine Sniffin Glue. Inspirée par les groupes qu'elle voit jouer, leur attitude anticonformiste et leur ''fuck you'' à la politique tatcheriste, la photographe commence alors à tout enregistrer, appareil photo en main. Des pogos à la foule, des figures tutélaires du punk aux kids londoniens, rien n'échappe à son objectif.

Les années qui suivent cette explosion dans l'industrie de la musique, Jill les passe à immortaliser les clubs les plus marginaux de l'époque allant du  Roxy, au 100 Club, et au Dingwalls en passant par l'Electric Ballroom. En 1998, elle lance Rockarchive, une exposition en ligne dédiée à l'histoire du rock anglais, qu'elle alimente encore aujourd'hui. Alors qu'elle prépare son exposition "A Chunk of Punk à Londres", Jill est revenue avec i-D sur ses clichés les plus légendaires. 

Tu as toujours su que tu serais photographe ?
Sûrement un peu, oui. Je dis ça parce que mon père était un grand photographe amateur. Il avait même installé une chambre noire dans notre maison. Le regarder développer ses images - le processus est magique - est un de mes souvenirs d'enfance les plus vivaces.

Pourquoi avoir voulu enregistrer chaque pulsation du monde autour de toi à cette époque ?
L'immensité de l'univers qui s'étalait sous mes yeux était hyper inspirant - les petits détails comme les grands phénomènes. Je ne pouvais pas m'arrêter d'enregistrer le monde ! 

Comment t'es-tu familiarisée à la scène punk ?
Fin 1976, je rencontrais Mark P et Harry Murlowski du fanzine Sniffin Glue, lors d'un concert de Generation X. La même année, je me rendais à un concert des Ramones, en juillet. Ce n'était pas vraiment pour le groupe, que je ne connaissais pas à l'époque, mais parce que je devais prendre les Flamin' Groovies en photo pour un magazine. Le hasard fait bien les choses. 

Pourquoi l'as-tu tout de suite adopté ?
Toute une partie de la jeunesse rejetait tout à coup l'histoire de la musique, la politique, l'époque - c'était hyper intriguant. Ils n'étaient pas forcément très bons en technique. Mais ils avaient une attitude dingue. 

La scène punk est particulièrement liée à la musique. Comment retranscrire cette esthétique à l'image ?
C'est cette énigme qui m'a toujours poussé à prendre plus de photographies.

Tu peux nous décrire l'atmosphère londonienne de l'époque ?
C'était un mélange de peur, d'angoisses, de dégout et d'énergie folle. On pogotait tout le temps, on buvait de la bière à fond et on crachait par terre. À la fin, je me couvrais d'un immense sac plastique dans lequel je faisais juste un trou, pour protéger mes cheveux et surtout mon appareil photo. Et en même temps, je trainais avec la bande de Mark P dont le motto était : si tu sais jouer trois accords, tu peux former ton groupe. Pour moi, c'était un peu pareil : en deux semaines, je devenais photographe ! 

Où avais-tu l'habitude d'aller ? Qui as-tu pris en photo ?
À Londres, j'allais au Roxy, au Vortex, à l'Electric Ballroom. Et puis j'écumais pas mal les pubs, comme le Nashville ou le Hope and Anchor. Je n'ai jamais photographié les Sex Pistols, car ils ne jouaient pas tant que ça : en fait, leurs concerts étaient tout le temps interdits, ils se faisaient virer de pas mal d'endroits, voire bannir. Mais j'ai beaucoup photographié les Clash, les Jam, Siouxsie & The Banshees, The Models, Blondie, les Buzzcocks, The Damned, Iggy Pop et évidemment, les Ramones.

Tu te considérais comme punk à l'époque ? Comme une observatrice ?
Toujours une observatrice. Depuis toujours. 

Pourquoi avoir créé Rockarchive ?
Rockarchive, c'était une évolution naturelle après mon exposition "Oasis - Was There Then", en 1997. C'était une très grande rétrospective de mon travail, dans un grand espace, mais concentrée sur un seul et même groupe. Je voulais (et je le souhaite toujours) que Rockarchive devienne un vrai Musée du rock alternatif - un endroit où les talents émergents peuvent exister et se confronter à l'histoire du rock et du punk. Ce n'est pas encore le cas mais Rockarchive est né en 1998, dans le but de mettre en lumière cette histoire en images. Et pas qu'à travers mes photos à moi, il y a énormément d'autres photographes qui sont présentés. Plus de 60, d'ailleurs, contribuent encore aujourd'hui à Rockarchive. C'est un héritage qui appartient au pays tout entier.

Tu crois encore aux contre-cultures, en 2016 ?
Tout ce qui sort un peu des sentiers battus est aujourd'hui réapproprié par les médias et la société de consommation. Mark P, de Sniffin Glue, était horrifié lorsque les Clash ont signé chez CBS, un gros gros label… Et je le comprends un peu. Pour autant, on est humains, on cherche tous à se façonner un chemin dans le monde, à prouver notre existence. Il faut réfléchir à comment le faire, par quel moyen et avec quel message. Pour moi Internet, c'est un outil, c'est comme un pinceau ou une guitare. Quand le punk est né, MTV, les téléphones, rien de tout ça n'existait. Donc le fait "d'être là" avait un vrai sens. Mais quoiqu'on en fasse, rien ne sert de regarder en arrière pour se morfondre : le présent nous appartient. Amour ! 


Jill Furmanovsky et Mark P en 1977 par HT Murlowsky

Credits


Texte : Tish Weinstock
Photographie © Jill Furmanovsky et rockarchive.com

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