skepta réconcilie le grime et la mode

Il a jeté son LV et ses Gucci, trop bling pour lui. Il pose pour la dernière campagne d'Uniqlo et s'improvise styliste sur son dernier clip. Skepta n'a jamais autant aimé la mode. On en a profité pour parler de l'évolution de son style vestimentaire et...

par i-D Staff
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16 Mars 2016, 4:20pm

Skepta a habillé Wiley sur son clip On A Level. Il a également conçu et stylisé son clip à lui, Ladies Hit Squad. Il a défilé pour Nasir Mazhar pendant la fashion week de Londres et ses survêtements immaculés ont remis le blanc sur le devant de la scène. Bref, Skepta est un grand musicien. Mais c'est aussi un mec qui se sape mieux que personne et que GQ magazine place en septième position du classement des hommes les mieux habillés de la planète. Et la créatrice Astrid Andersen concluait son arrivée sur ces mots : "Avoir du style ne devrait pas être une question de fric. Bien s'habiller c'est s'imprégner de diverses influences, cultures, savoir les comprendre et les réinjecter dans une vision personnelle et audacieuse."

Si Skepta s'est un jour tourné du côté des grands créateurs et des maisons de luxe, il a fini par jeter son Gucci et son LV à la poubelle. À la place, il est revenu à son amour d'adolescence, le sportswear. Le vrai. Pour Skepta, un survêt abordable, cool, sans logo est la quintessence du chic. Un style qui lui va, bien sûr, mais qui transporte avec lui un message aux kids qui l'écoutent : le musicien a choisi de s'éloigner du clinquant pour mieux inspirer la jeunesse. Alors qu'il figure, aujourd'hui, dans la dernière campagne Uniqlo, on a rencontré Skepta pour parler de mode, des Spice Girls, du style caillera de David Beckham, de son prochain album et du Japon. 

Quand tu étais ado, qui étaient tes idoles dans la mode ?
Mes modèles en termes de style, c'était toujours des vieux de mon quartier. Ils frimaient dans leurs bagnoles, portaient de grosses chaines en or, leurs vêtements étaient toujours neufs, hyper beaux. Ce sont eux qui m'ont inspiré. Ils puisaient leur influence dans la Jamaïque, l'Afrique, les grands d'hier. Certains portaient des bijoux, ils étaient cool. Le style avant tout. Et moi, de Londres, j'ai tout vu. Mes origines africaines et mon gout pour la musique jamaïcaine m'ont portées. Mais en même temps, je suis un mec de Londres, alors mes influences sont forcément multiples. À Londres, tout le monde se mélange, les influences aussi. Je suis fan. Je suis tellement content que les gens aiment mon son. À GQ, je n'aurais jamais cru que tout ça arriverait. J'adore acheter des fringues. Et puis je suis ému, parce que tout le monde n'a pas la chance d'en arriver là.

Je suis vraiment content que t'aies battu David Gandy au classement !
Hein ? Qui ?

David Gandy, le journaliste de GQ qui est également mannequin ?
Ah. [il n'a jamais entendu parler de lui]. Je battrai David Beckham l'année prochaine. Tu sais pour moi, son petit style Spice girl en 1990 - l'âge d'or du streetwear - c'est ça que je kiffe. Avec Posh, ils avaient un bon look de caillera sexy. C'est ça que j'aime ! Posh avait la même doudoune argentée que Bianca dans Eastenders.

On peut parler de l'évolution de ton style ? Tu portais beaucoup de sportwear avant, puis tu t'es intéressé aux pièces des grands créateurs, ensuite tu as dénoncé cette période dans ton titre That's Not Me et tu disais que tu allais foutre tous tes trucs Gucci à la poubelle. Et là, on dirait que tu es revenu au jogging.
Quand j'étais gosse, je m'inspirais des plus vieux que moi, c'est normal. Et quand j'ai eu un peu de fric je me suis dit ''peut-être que c'est à moi, maintenant, de porter ces trucs à mon tour.'' Parce qu'aujourd'hui je peux acheter du Vuitton ou du Gucci si j'en ai envie, soyons réalistes. Et j'ai arrêté en me disant que j'allais influencer des kids qui voudraient en acheter aussi pour m'avoir vu frimer avec. C'est pour ça que je suis revenu vers les trucs plus simples, moins clinquants. Les équipes marketing de Nike et JD Sports, elles sont venues nous chercher tu sais. Je veux que les kids voient que certains dessinent des fringues pour nous. Qu'on peut porter des trucs pas seulement pour frimer.

Et le total-look blanc, c'est ton nouveau truc ?
Les temps sont durs ! Quand je porte du blanc, Paddy, mon manager, se sent obligé de me surveiller pour que rien ne se tache. C'est l'enfer. Il me dit toujours où passer, où aller pour que je me salisse pas ! C'est chaud. Mais en vrai, le blanc, c'est surtout pour mes concerts ou dans mes clips. Je pensais vraiment pas que ça allait devenir un truc qui me colle à la peau ni que j'allais faire le buzz, tu vois. Et j'aime pas les survets noirs. Je me suis dit que le blanc allait faire un peu d'effet. Et puis le survêtement, c'est pas censé passer complètement inaperçu. Parfois, il faut savoir se faire remarquer. Surtout en survêtement.

Tu peux nous parler de ta relation avec les jeunes créateurs londoniens, comme Nasir et Cottweiler, par exemple ?
Ces mecs ont tout compris. Quand j'ai arrêté de porter des fringues de luxe, j'ai compris quelque chose : j'étais encore un enfant mais je devenais un homme. Nasir et Cottweiler, c'est comme ma musique transposée à la mode. Ils sortent. Ils bouillonnent. Ils font la fête. Ils investissent leur propre argent dans leur marque. Et de mon côté, je voulais collaborer avec d'autres gens, pas seulement des musiciens. Je suis pas juste un rappeur. J'aime créer, faire des trucs. Qu'on se supporte entre artistes, pour moi c'est normal. Ils ont la même force et la même ambition que moi, la même énergie dans leur travail. On travaille toujours mieux quand les autres en face nous boostent. Même s'ils viennent d'un autre domaine artistique, justement. C'est pour ça que je soutiens Cottweiler et Nasir. Parce qu'ils m'ont soutenu eux aussi. 

Tu as conçu un clip pour Wiley. La réalisation te plait ? Tu as des trucs en tête ? 
J'ai stylisé et conçu mon dernier clip, Ladies Hit Squad. C'est cool. Je sais pas ce qui m'arrive en ce moment. J'allais avoir un gamin mais on a perdu l'enfant dans une fausse couche. C'est là que je me suis rendu compte de ce qui m'importait dans la vie. Et ce que je voulais mettre de côté. Donc j'ai commencé à éradiquer tout ce qui ne me ressemblait pas. Je me suis concentré sur tout ce qui importait. Les clips que j'ai fait, ce que les gens portent dedans, l'ambiance, l'atmosphère, tout a changé. J'ai compris que certains étaient hyper prétentieux, trop clinquants. Certaines personnes m'ont dit que j'étais génial en styliste ! En vrai, j'ai aucune expérience ! J'ai juste enlevé les trois quarts des trucs en trop, j'ai épuré. C'est ce qui rend le clip plus fort, plus direct. Et le stylisme cool. En ce moment, je prendrais n'importe quel taff si on me l'offre. Tant que je le fais avec le coeur, je sais que le résultat sera à la hauteur.

Quels sont tes projets en ce moment ?
Je suis en train de peaufiner mon album, Konichiwa. Presque dans la boite ! J'ai mis trois années de ma vie dans un seul CD.  

Tu restes dans la vibe japonaise, donc. Après ta collab' avec Uniqlo et ton album Konichiwa.
Grave ! Je vais même au Japon en mai. Ce sera mon tout premier concert là-bas. Les Japonais veulent me voir dans leur pays, c'est cool. Je ne voulais pas y aller avant que mon album soit fini. J'ai déjà été en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hong Kong. J'ai fait l'Europe, c'était ouf. Le Nigéria, La East Coast, la West Coast. Tu vois où je veux en venir ? Le Japon, c'est ce qu'il me fallait. Avant que je rende mon dernier souffle. 

Credits


Photographie : Rankin

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