Hari wears corset and hat Prada. Skirt stylist's own. 

j'me présente, je m'appelle hari

À tout juste 23 ans, la jeune mannequin, actrice et militante pour le droit des transsexuels a déjà le monde à ses pieds. Entre un défilé pour Gucci, une conférence pour TED et un épisode de Transparent, Hari s'est confiée à nous – sans fard.

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sept. 22 2016, 8:55am

Hari wears corset and hat Prada. Skirt stylist's own. 

"J'ai 23 ans et je ne sais rien de la vie," s'exclame Hari Nef. Et quoique vous pensiez savoir de la jeune mannequin, vous n'en savez rien non plus. Née dans le Massachusetts, Hari est partie vivre à New York pour étudier à l'université de Columbia. C'est là-bas qu'elle commence à se familiariser à la vie nocturne et, parallèlement, à accepter sa transition. Son diplôme en poche, Hari a tout de suite propulsée sous les feux de la rampe - pour sa beauté, ses jolis mots et surtout, son charisme. Hari est la première mannequin transgenre à être signée chez IMG en mai 2015. On l'a shootée dans i-D, elle a été en couv' d'Interview et s'est confiée au Vogue américain. Lorsqu'elle ne prend pas la pose pour les magazines, Hari fait du cinéma - elle a joué dans la saison 2 de la série Transparent une jeune transsexuelle berlinoise en pleine Seconde Guerre Mondiale. Aujourd'hui, elle fait la couverture du Elle anglaise et commence tout juste à se faire à l'idée d'être une icône pour sa génération. Ses tweets, posts Instagram et apparitions mondaines quotidiens déclenchent des ras-de-marées médiatiques et inspirent la communauté transsexuelle du monde entier. Bref, si Hari se porte à merveille aujourd'hui, tout n'a pas toujours été rose.

Comment aurait-il pu en être autrement ? "Je suis en train d'entamer une longue thérapie, je lutte contre la dépression et j'ai souvent des pics de détresse émotionnelle…" admet-elle. C'est en partie grâce à ce genre de déclarations très humbles et ses confessions intimes qu'Hari est parvenue à devenir l'icône qu'elle est aujourd'hui ainsi qu'un modèle, pour des milliers de jeunes à travers le globe. Une évidence, quand on pense que la plupart des célébrités, tous horizons confondus, préfèrent enjoliver et filtrer leur quotidien sur la toile. L'honnêteté paie toujours, dit-on - bien qu'elle vous rende vulnérable. "Je me sens submergée par autant d'amour et de soutien, parfois. Je suis persuadée que c'est le cas pour toute personne un peu célèbre mais je le ressens d'autant plus fort que j'ai beaucoup de mal à me sentir bien avec moi-même."

Tablier Maison Margiela. Maillot Gucci (homme). Chapeau Christopher Kane. 

Ça peut vous paraître un peu désillusionné. Pourtant, il n'en est rien. Hari est pleine d'enjouement, d'auto-dérision et de cynisme. Elle sait exactement où elle va et ce qu'il lui reste à accomplir. Et surtout, elle s'exprime avec une clarté et une poésie presque anachroniques : "J'ai lutté pour en arriver là où j'en suis. Ma candeur ne m'a pas épargnée," confie-t-elle, à propos de son ascension médiatique fulgurante. "J'étais aux yeux du monde, de la presse, des inconnus, une petite chose sensible à prendre avec des pincettes. (…)"

Inévitablement, Hari devait grandir, s'affirmer, faire des choix. "Je suis très fière de m'être affiliée récemment au National Centre for Trans Equality," une association américaine centrée sur le droit des transsexuels, qui milite au quotidien pour la justice et l'égalité. "Je suis en train de devenir une vraie militante," enchaine-t-elle. Il suffit de regarder sa conférence TED pour s'en apercevoir - Hari est une battante et une excellente oratrice, n'en déplaisent à certains qui la jugeraient à ses éclats de rires intempestifs et son gros sweat Vetements qui lui tombe des bras. Elle explique brillamment à quel point la transition biologique d'homme à femme est cruciale pour se retrouver, s'accepter et avancer dans la vie. Et face aux reproches trop usités qui voudraient qu'une mannequin ou une actrice n'ait rien dans la tête, Hari cite volontiers Angelina Jolie, aussi bonne oratrice qu'actrice dans sa jeunesse.

Soutien-gorge Barbara Casasola. Jupe, pantalon, collants et culotte Harry Pontefract. Chaussures Christopher Kane. 

Mais c'est surtout à travers la mode qu'Hari raconte le mieux ses histoires. Pour la saison automne/hiver 2016, Alessandro Michele, le directeur créatif de Gucci, lui a demandé de défiler - ils sont depuis devenus très proches. Une liaison qui n'enchante pas tout le monde sur la toile, puisqu'Hari reçoit fréquemment des commentaires supputant que la mode « utilise » les trans comme caution cool. Hari est la première à riposter, arguant que les liens qui la nouent au créateur sont plus intimes et forts qu'ils ne le laissent paraître. Elle défend avec force la scène émergente de New York, à commencer par les créateurs d'Eckhaus Latta, Hood by Air et Vejas, qui vient tout juste de remporter le prestigieux prix LVMH. "Les vêtements que je porte m'ont toujours servi pour raconter mon histoire," assure-t-elle, arguant que la scène émergente des créateurs new-yorkais lui a permis de s'affirmer : "La mode est une manière de s'affirmer face au monde et aux autres. Les vêtements qu'on porte reflètent notre histoire, notre passé. Les pièces que je porte m'ont aidé à me sentir bien dans mon corps et ma tête. Ceux qui les ont conçues font partie de ma vie, ce sont les personnages de mon histoire."

Pour rendre tout à fait hommage à sa force et sa prestance, il faut souligner son jeu d'actrice. Pas seulement du rôle complexe qu'elle joue dans Transparent, mais du futur qu'on lui souhaite, puisqu'elle court actuellement les castings. Quand on se risque à lui demander d'où elle tire sa force, Hari s'empresse de répondre : " De la communauté queer - les liens qui nous lient les uns aux autres sont indestructibles." Une amitié qu'elle n'hésite pas à afficher sur la toile. "N'importe quel kid LGBT qui lit i-D en ce moment se sentira épaulé, entouré. Je pense que lorsqu'on est jeune, l'esprit d'une communauté aide à se sentir mieux dans son corps et dans sa tête. Sur internet, les plateformes, les forums. C'est important de savoir qu'on peut compter sur les autres."

C'est pour cette seule et unique raison qu'Hari continue de parler à voix haute, à rire, à débattre et à poser. Pour que ceux qui ne sont pas entendus la voient, l'entendent et soient fiers de leur communauté. "Alors au final, ce n'est peut-être pas si mal d'être encensée et traitée comme une petite chose sensible à prendre avec des pincettes." Parce qu'au moins, on l'écoute.

Tous les vêtements sont signés Balenciaga.

Robe Prada. 

Robe Sportsmax. Manchette Céline.

Veste, cravate, chaussettes et jupe Vetements. Chemise Ermenegildo Zegna. Bottes 3.1 Phillip Lim. 

Credits


Photographie : Hanna Moon 
Stylisme : Caroline Newell
Coiffure : Teiji Utsumi at Bryant Artists avec les produits Bumble and bumble. Maquillage : Lucy Burt at Bryant Artists avec les produits Chanel automne/hiver 16 et la crème pour le corps No.5. Set design : Mariksa Lowri. Assistants photographie : Alessandro Tranchini. Assistants styliste : Philip Smith, Surgil Khan. Assistante coiffure : Waka.