quand les meilleures étudiantes new-yorkaises photographient des filles

Elles sont jeunes, photographes et ont plein de choses à dire sur le fait d'être femme en 2016.

par Blair Cannon
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06 Avril 2016, 1:50pm

photography bianca valle

Les filles qui deviennent photographes subliment leur quotidien de plus en plus jeunes : Olivia Bee ou Petra Collins ont donné l'exemple. À l'ère d'Instagram, ces artistes femmes en devenir parviennent à partager leur vision du monde, elles s'inspirent entre elles et sont plus connectées que jamais. Encore à l'université en 2016, cette première génération de femmes nourries aux réseaux sociaux prend le pouvoir derrière l'objectif, immortalisent leurs proches et offrent un regard différent sur l'adolescence et la féminité. Neuf étudiantes et photographes nous ont parlé des femmes et de leur vision du monde. 

Bianca Valle, 20 ans, NYU Tisch
Qui t'inspire ? Je suis fan du travail de Philip Lorca Dicorcia. 
Ton endroit préféré pour shooter ? Je ne photographie que dans ma chambre. Parfois, j'utilise une toile de fond que je trouve dans les rues, quand je me balade. Plus jeune, j'utilisais des rideaux de douche ou des vieux draps.  
Pourquoi c'est important, pour toi, de photographier exclusivement les filles ? Ma photographie ne se revendique pas du féminisme, en revanche, elle est très féminine. Pour moi, les femmes ne devraient pas avoir honte ou peur de devenir ce qu'elles veulent devenir. Je n'essaie jamais de les transformer à travers mes photographies. Elles portent leurs vêtements, choisissent leur pose. Je ne leur donne aucune direction. Je les installe seulement dans l'univers que j'ai créé pour elles. Je les laisse s'imprégner de l'atmosphère. Après, elles sont libres de faire ce qu'elles veulent.

biancavalle.com

Andrea Granera, 21 ans, NYU Tisch
Qui sont tes modèles, sur les photographies ? Mes amies. Elles m'inspirent et sont toutes de très belles personnes. 
Tu dirais de ton esthétique qu'elle est un peu nostalgique ? De plus en plus de filles photographes partagent les mêmes valeurs idéologiques et esthétiques, qui viennent de la culture Tumblr. J'adore cette période entre l'adolescence et le devenir-femme.
Pourquoi c'est important pour toi de photographier des filles ? Il y a un truc tellement fort dans le fait de s'assumer en tant que femme, à travers l'image comme dans la vie en général. 

andreagranera.com

Mei Mei McComb, 18 ans, Parsons
Qui sont les modèles sur tes photographies ? Jusqu'à récemment, je ne photographiais que des mecs pour des marques de skate. 
Ça te fait quoi de photographier des garçons ? La première chose qui me vient à l'esprit, c'est lorsque je shoote dans les skateparks. À chaque fois, les mecs me dévisagent et pensent que je suis là pour les emmerder. Je me sens toujours un peu mal à l'aise face à eux et ça m'ennuie de devoir me justifier en permanence pour prouver que je ne suis pas juste une touriste. 
Est-ce que tu vas shooter plus de filles, maintenant ? L'année dernière, j'ai commencé à vraiment photographier des filles. C'est très cool, plus simple aussi. J'adore me retrouver avec mes copines. On se déguise et on prend des photos complètement dingues ensemble. C'est très libre. Et le rendu est à l'image de la fête : cool et sans prise de tête. 

Maria Marrone, 20 ans, NYU Tisch
Où trouves-tu ton inspiration ? Dans les livres, les films, ma mère. Mais je pense que mon obsession a toujours été la peinture occidentale. 
En quoi l'histoire de l'art joue un rôle dans ta photographie ? Je suis fascinée par l'image du corps de la femme à travers la peinture et les siècles. L'idée même de "muse" m'inspire énormément. J'aime m'imprégner de ces perspectives en portant un regard plus contemporain et plus féminin, aussi. Les femmes que je prends en photo peuvent se reconnaître dans mes images, ce sont mes muses. 
Pourrais-tu nous parler de ton esthétique ? J'aime prendre les femmes comme elles sont. Je vois de plus en plus d'images très girly surgir sur mon écran et de plus en plus de femmes artistes se revendiquent de cette identité et de cette esthétique que j'admire beaucoup. De mon côté, j'essaie de rester honnête avec mes modèles, je les préfère naturelles. 
mariamarrone.com

Chioma Nwana, NYU
Qui sont les modèles sur tes photographies ? La plupart sont des femmes noires, j'aime les mettre en avant. Et j'aime que mes modèles soient naturelles, sans trop de maquillage pour révéler leur vraie beauté à l'image. 
Comment décrirais-tu ta photographie ? Les femmes noires sont généralement et trop souvent tiraillées entre les canons de beauté occidentaux (cheveux tirés, lissés, peau blanchie) et leur beauté à elles. À travers mes photographies, je cherche à montrer aux gens que les femmes noires sont belles, comme elles sont. 
Pourquoi aimes-tu photographier les filles qui t'entourent ? J'adore prendre les femmes en photo — les femmes noires, comme moi — les médias ne nous représentent pas assez, ou jamais comme on l'attendrait. Si on laisse notre image au service des médias, il ne nous reste qu'à être moches, ghetto, cracra... La photographie est un medium qui me permet de bousculer les diktats et les préconçus. 
vfiles.com

Jordan Tibero, 23 ans, FIT (diplômée en 2015)
Qui sont tes modèles ? Quand j'étudiais à la FIT, je croisais toujours des personnes très intrigantes, hyper stylées dans les couloirs du campus. Du coup, j'allais voir ces filles et je leur demandais de poser pour moi. 
Quel rôle joue la féminité dans ta photographie ? La féminité intervient dans mes images de manière complètement inconsciente. Il y a quelques années, je passais mon temps à prendre une de mes soeurs en photo, elle n'avait pas coupé ses cheveux depuis cinq ans. Ils tombaient jusqu'à ses pieds. 
Pourquoi ne photographies-tu que les filles ? D'un point de vue purement visuel, le corps des hommes ne m'a jamais intéressé. Je me suis toujours sentie plus à l'aise et plus inspirée par les filles, depuis que j'ai commencé la photographie à l'âge de 15 ans. Le romantisme et la féminité ont toujours été imbriqués et j'imagine que l'atmosphère onirique, douce qui se dégage de mes images parle pour ces deux instances. 
jordantiberio.com

Isabella Tan, 22 ans, NYU Tisch
Qui photographies-tu J'adore photographier les femmes. Faut pas se méprendre sur mes intentions, c'est juste que la plupart de mes potes mecs sont timides, mal à l'aise devant une femme et son objectif. 
Pourquoi les filles ? J'ai grandi en Malaisie. Là-bas, les femmes photographes sont rares. Avec Internet, de plus en plus d'entre elles s'affirment. Quand j'étais plus jeune, la photographie était encore un truc exclusivement masculin. On est toujours mal à l'aise devant l'objectif d'un homme, son regard nous est souvent imposé, au quotidien. Je suis sûre qu'une perspective féminine peut faire du bien au monde. 
Quel regard portes-tu sur la féminité ? Je fais beaucoup de nus. Pour moi, la nudité féminine, les courbes du corps rendent une photographie toujours plus profonde et mystérieuse. Le corps a tellement de choses à dire. 
isabella-tan.com

Kristin Kempa, 21 ans, FIT
Qui sont tes modèles ? Je fais beaucoup d'autoportraits. Depuis pas mal d'années déjà, je photographie mon corps, atteint d'endométriose, une maladie vraiment pas cool. 
Qu'est-ce qui t'inspire, en tant que photographe ? Je m'inspire des filles qui sont elles aussi atteintes d'endométriose. Elles forment une vraie communauté. Les femmes qui ont cette maladie n'ont presque aucun traitement et doivent vivre avec une douleur quotidienne. Elles sont excessivement fortes. Écouter ces femmes qui n'auront peut-être jamais d'enfants et qui se battent tous les jours m'a donné le courage de faire de la photographie. C'est comme une thérapie pour moi. 
En quoi l'autoportrait peut-il être valorisant ? Nous vivons dans une société où il ne faut jamais parler de règles, de sang, d'organes reproducteurs. La photographie m'a permis de m'affirmer en tant que femme. Mes images les plus personnelles ont été prise pendant l'année où j'attendais qu'on me diagnostique ma maladie à l'hôpital.  
kristinkempa.com

Laura Alston, 20 ans, Columbia et Central Saint Martins
Qui sont tes modèles, sur les photos ? Je prends souvent mes amis en photo. La beauté se cache dans les détails. Mes amis me permettent de rendre mes photographies plus fortes, plus profondes aussi.
En quoi ta photographie est-elle féministe ou féminine ? J'adore dessiner et photographier des femmes noires. Pas seulement car elles me ressemblent, mais aussi parce que je veux leur rendre hommage et leur donner une légitimité que les médias ont tendance à effacer.  
Quels sont les thèmes récurrents qu'on trouve dans ton travail ? J'ai passé les quatre dernières années à m'intéresser à la culture noire : la coiffure, la musique, l'art. Tout est sur mon site, Afro Baby movement. La photographie est encore trop souvent vue à travers un prisme masculin. C'est toujours bien de voir que les femmes commencent à s'imposer dans le milieu. 
afrobabymovement.com

Maya Baroody, 20 ans, NYU Tisch
Qui sont les filles sur tes photos ? Mes amies. J'aime la manière qu'elles ont de me regarder et de poser devant moi. Et puis elles sont belles. Je prends aussi pas mal d'autoportraits, en studio ou avec mon téléphone. Je pense qu'il est essentiel de se donner la même importance et le même amour qu'on donne à ses amis. 
Ton endroit préféré pour shooter ? J'adore les photos de nuit, l'atmosphère qui s'y déploie. Je m'y sens plus libre.
Quel rôle joue la féminité dans ton travail ? La féminité, pour moi, c'est le fait de se sentir bien et libre avec ce qu'on a. La féminité rend plus forte. J'adore photographier des filles que je ne connais pas et qui deviendront mes amies plus tard. Si j'aime le style d'une fille, son attitude, j'aurais forcément envie de la prendre en photo. 

mayabaroody.com

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Texte : Blair Cannon

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