« happy birthdead », le film d’horreur ado de toute une génération

Depuis le début des années 2000, le genre du film d’horreur pour ado semble bloqué dans un sas temporel. Mais en décomposant le genre pour jouer avec ses éléments, les films Happy Birthdead pourraient bien avoir mis un terme à ce cycle infernal.

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14 Février 2019, 10:56am

La formule : une boucle temporelle style Un Jour Sans Fin, les clichés les plus efficaces du cinéma d’horreur, une histoire de crime irrésolvable, un humour délicieusement ringard. Happy Birthdead de Christopher Landon a redonné vie au film d’horreur adolescent, un genre qui a stagné pendant des décennies, faisant, au passage, un carton au box-office de 2017.

À l’époque de sa sortie, seule une petite poignée de films d’horreurs pour ados méritaient vraiment qu’on s’attarde dessus. Hormis Unfriended en 2014, un film innovant sur fond de vengeance via Skype, le film d’horreur pour ado moyen repose alors sur des menaces paranormales mollassonnes, comme The Bye Bye Man (2017) ou sur le thème rebattu du jeu de société hanté, comme Ouija (2014). Le frisson adolescent ne se résume plus qu’à quelques scènes-sursaut, des tropes usés, et des personnages mal développés dont le public ne se soucie guère plus de la survie.

L’une des raisons pour lesquelles Happy Birthdead est devenu un tel carton surprise (amassant l’incroyable somme de 125 millions de dollars au box office mondial pour un budget de 4,8 millions) au point d’avoir une suite ( Happy Birthdead 2U) réside dans le fait qu’il réussit là où de nombreux films d’horreur mainstream pour ados ont échoué dernièrement : il parvient à nous faire passer un bon moment. L’histoire est celle de Tree (Jessica Roethe), une fêtarde mesquine et blasée contrainte de revivre le jour de sa mort, jusqu’à ce qu’elle parvienne à découvrir l’identité de son tueur. Le film est aussi jouissif et insolent qu’il est rafraîchissant et novateur au genre.

Tout d’abord, Happy Birthdead est – pour notre plus grand bonheur – dépourvu de mauvaises scènes ayant pour unique but de faire sursauter le spectateur, et est rempli de personnages chaleureux, malins, et bien écrits (exactement ceux qu’on a attendus, en vain, dans à peu près tous les films d’horreur pour ados produits par des studios au cours de la décennie écoulée). Par ailleurs, le film est rafraîchissant par son usage modéré du gore et du cynisme, déviant ainsi de la débauche de torture nihiliste qui a dominé le côté mainstream du genre ces 20 dernières années.

Au lieu de ça, Happy Birthdead semble avoir été conçu pour démontrer que les meilleurs films d’horreur pour ados ne sont pas nécessairement ceux qui nous choquent ou qui nous effrayent le plus, mais ceux qu’on s’amuse le plus à regarder. On pourrait même arguer que certains des principaux tropes à l’œuvre dans Happy Birthdead – les garces du BDE qui finissent par avoir ce qu’elles méritent, et l’adorable nerd (Israel Broussard) qui parvient à séduire la fille canon – appartiennent davantage au teen movie qu’au film d’horreur. C’est certainement ce qui explique comment le film peut être aussi frivole, kitsch et léger. Happy Birthdead est, au fond, un récit d’apprentissage sur une fille à qui on ôte systématiquement et violemment l’opportunité de grandir. En conséquence de quoi, le récit de Tree ne concerne pas uniquement la survie. Comme Cher Horowitz dans Clueless ou Elle Woods dans La Revanche d’une Blonde, il s’agit aussi d’un personnage qui mûrit pour devenir une meilleure version d’elle-même.

Le film assume pleinement l’absurdité de son postulat de film-d’horreur-d’apprentissage-qui-forme-une-boucle-temporelle (avec, notamment, une réplique en forme de clin d’œil qui suggère que Tree n’a jamais entendu parler d’Un Jour Sans Fin) et se complaît dans l’absurdité de son tueur masqué qui ressemble à un gros bébé, Baby Face. C’est un tueur tactile, qui se cache derrière le masque grotesque de la mascotte de l’école – un visage de chérubin – mais s’avère être tout aussi mortel avec un cupcake que lorsqu’il brandit un couteau. Le méchant a beau être un peu à la masse, cela ne veut pas dire que le film n’a pas ses moments où Baby Face constitue une menace aussi terrifiante que n’importe quel tueur de film d’horreur. Qu’il se jète sur Tree avec une machette ou se tienne parfaitement immobile derrière une boîte à musique dans un tunnel désert, la présence comique du tueur peut rapidement se muer en quelque chose de bien plus sinistre. Le film sait où se trouve la mince frontière entre rire et peur, et il la franchit habilement à chaque opportunité.

Le fait que Baby Face soit immédiatement devenu aussi culte est un exploit particulièrement remarquable dans la mesure où en plus d’être assez banals de façon générale, la majorité des films d’horreur pour ados récents sont totalement dépourvus d’un méchant unique susceptible d’acquérir le statut d’icône. Soyons réalistes, personne ne va faire de cauchemars sur le garçon dégingandé de The Bye Bye Man ou refuser à tout jamais de jouer à des jeux d’alcools à cause de la force démoniaque qui défigure ces étudiants à la fac dans Action ou Vérité. Et entre nous, notre génération ne mérite-t-elle pas un tueur digne de Scream ou de Mrs Voorhees dans Vendredi 13 ? Nous sommes bien d’accord.

C’est d’ailleurs sûrement là l’atout majeur de Happy Birthdead. Bien que le film rende un tendre hommage à de nombreux tropes des films d’horreur adolescents, il les renouvelle assez pour une génération sûrement lasse de se voir refourguer les restes périmés de la pop culture qu’on a déjà servie à ses parents. Par exemple, dans le film, Tree incarne ce que Carol Clover a nommé la « Final Girl » ou « dernière survivante » dans son ouvrage précurseur Men, Women and Chainsaws. « Elle seule regarde la mort droit dans les yeux, mais elle seule trouve la force soit de survivre assez longtemps au tueur pour être secourue… soit de le tuer elle-même. » Sauf que même si elle est la seule personne à pouvoir tuer Baby Face, Tree n’est pas la dernière survivante à la fin du film. En fait, la seule issue qu’elle accepte est celle où tout le monde survit à la fin – à l’exception du tueur.

De même, lorsque Tree apparaît pour la première fois, elle représente le stéréotype de la mean girl, celle qui se fait généralement tuer rapidement et dans des conditions abominables dans les films d’horreur traditionnels, en châtiment de sa mauvaise attitude. Et d’une certaine façon, c’est exactement ce qui arrive au personnage – encore et encore. Mais à force de revivre le même jour et de devenir un appât vivant pour Baby Face, Tree passe de la garce alpha de sa sororité à la gentille fille, et finit par devenir l’héroïne. « Tous les films d’horreur commencent par le décès de la mean girl et s’achèvent sur la survie de la gentille fille, décrypte le scénariste Scott Lobdell, évoquant sa subversion intentionnelle des clichés de films d’horreur. Je me suis dit : « Comment puis-je réunir la méchante et la gentille fille en une seule et même personne ? »

A bien des égards, on peut dire que le genre du film d’horreur pour ado semble bloqué dans une boucle temporelle. Mais en décomposant le genre pour jouer avec ses éléments, les films Happy Birthdead pourraient bien avoir mis un terme à ce cycle infernal.

Happy Birthdead 2U sort en salles le 13 février.

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