keith flint est mort mais the prodigy est éternel

Hier, le chanteur de The Prodigy était retrouvé mort chez lui, à 49 ans. Aujourd'hui, on pousse à fond le volume de « Firestarter » pour se rappeler l'héritage du groupe dont il était le membre le plus iconique.

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05 Mars 2019, 8:35am

Il existe, dans la musique, des groupes qui ont su faire la synthèse. Qui sont partis d’une niche pour fusionner des genres pour toucher une foule bien plus large qu’initialement prévue – en gardant, aussi longtemps que possible, une racine poisseuse comme on les aime. Peu de formations répondent aussi bien à cette description que The Prodigy, dont le chanteur historique Keith Flint,, est décédé hier à 49 ans.

The Prodigy, c’est un repère pour toute personne ayant fait sa jeune éducation musicale pendant les années 1990 ou au début des années 2000. Pour ceux-là, échapper aux basses agressives, aux voix rocailleuses et aux bruitages tranchants de « Breathe », « Firestarter » ou « Smack My Bitch Up » n’était pas une option. Si vous n’alliez pas à The Prodigy, The Prodigy venait à vous. Mais ces tubes de brutes – issus de leur meilleur album, The Fat of the Land, sorti en 1997 – marquaient déjà la démocratisation d’un groupe qui venait d’encore plus loin.

Liam Howlett, le fondateur du groupe, a rencontré Keith Flint lors d’une rave dans l’Esse, en 1989. Vous avez là tous les éléments. Deux ans plus tard, après avoir été rejoint par quelques autres dans leur mission de faire vibrer la Grande-Bretagne au rythme des pogos hallucinés, The Prodigy sortait du four le morceau « Charly », qui parvient à la fois à attraper la troisième place des Charts UK et à devenir un hymne de la scène rave nationale. On parle encore à l’époque d’un son « hardcore rave », mais la synthèse a déjà commencé : les raveurs sont aux anges et il suffit de quelques notes à ceux qui ne font pas la fête pour communier avec eux.

En 1992, The Prodigy sort son premier album, Experience (où l’on retrouve l’exceptionnel « Out of Space »), et vendra 300 000 copies de ce qui deviendra le dernier essai « 100% rave » du groupe. Après ça, Keith Flint et ses potes déchaînés se feront, avec Chemical Brothers ou Fatboy Slim, les pionniers du big beat, ce savoureux blend de vocaux à mi-chemin entre le punk et le rap, d’un tempo à 140bpm, de synthés piochés dans l’acid house et de samples tous azimuts – funk, jazz, soul ou rock. C’est le chemin que prendra grosso modo The Prodigy jusqu’à l’album No Tourists (2018), avec plus ou moins de réussite.

Mais, au-delà du son, c’est peut-être l’image du groupe qui a le plus marqué son temps. Les clips (celui de « Smack My Bitch Up », que MTV ne passait que la nuit pour ne pas froisser les âmes sensibles), les lives épileptiques et les dégaines des membres, principalement celle de feu Keith Flint. Avec l’énergie d’un raveur, le flow d’un rappeur et l’allure d’un métalleux sous acide, Flint était sans aucun doute le plus iconique de la clique. Celui qui condensait en lui le grain de folie et la pincée de rage nécessaire pour faire lever les foules par dizaines de milliers dans les quatre coins du monde. Les albums où il prendra le moins le micro resteront d'ailleurs comme les moins bons. En atteste le très moyen Always Outnumbered, Never Outgunned (2002).

Sur Instagram s'égrainent déjà les vidéos accompagnées d'un mot triste. Ceux des anciens, quarantenaires, qui ont pris leur montée en même temps que Keith et prennent un gros coup de vieux et de chagrin. Ceux des plus jeunes qui ont sillonné les festivals pour comprendre de visu sa force et celle de sa troupe de pyromanes. The Prodigy était d'ailleurs programmé cet été aux Eurockéennes de Belfort. À voir ce qu'il adviendra d'un groupe en deuil de son héros.

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