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la soul de kodäma est de retour (et c'est tout ce qui nous manquait)

Antoine Mbemba

Le duo sortait la semaine dernière son deuxième EP, « Black Cloud », 5 titres à la soul envoûtante dont le clip du titre éponyme sort aujourd'hui.

Il s'est passé beaucoup de choses depuis Palo Santo, le premier EP de Kodäma, duo formé par la chanteuse Kiala Ogawa et le bassiste Thomas Hugenel. Il y a presque un an, ils nous avaient déjà attrapés avec leur géniale alchimie de jazz, de soul et d'électro. La suite de leur cheminement artistique aura donné raison à nos premières impressions et récompensé leur travail. En septembre dernier, Kodäma a été lauréat 2018 du dispositif FAIR, une formation subventionnée organisée par l'Irma. « Tu as une bourse et tout un accompagnement au long de l'année, avec des professionnels qui viennent te voir à des journées de formation, détaille Kiala. Ça nous a permis de nous professionnaliser, de gérer notre temps de préparation de l'EP. »

Une professionnalisation qui n'a rien enlevé à la virtuosité des nappes du groupe, ni à la voix aérienne de Kiala. Juste un emploi du temps parfois plus rigoureux. « À partir de décembre, on a composé, produit en un mois et demi. C'était assez sport, beaucoup de nuits blanches ! Mais on était aussi plus sereins, on savait où on voulait aller. » Et si la légitimité de la victoire FAIR ne suffisait pas, le duo a su s'entourer pour mixer Black Cloud de Benjamin Tierney, « un ingé son super talentueux qui bosse à Los Angeles, qui a travaillé avec Kamasi Washington, Flying Lotus... On l'a contacté parce qu'on kiffe son boulot, on ne savait pas s'il allait accepter. Il a aimé le premier EP, on a commencé à bosser ensemble à distance. C'était super d'avoir le retour d'un professionnel qu'on adore. Ça nous a donné de l'assurance, » explique Kiala.

Si Palo Santo donnait déjà des productions musicales d'un grand détail, Black Cloud emmène le concept encore plus loin, avec des morceaux évolutifs, où ce que l'on entend à la fin est parfois à mille lieues de ce qui nous emmenait au début, mais où le voyage entre les deux reste d'une cohérence imparable. « Black Cloud » s'écoute comme une histoire, « Water Get No Enemy » rend un parfait hommage à Fela Kuti et « Wonder » invite Kiala Nzavotunga, le père de Kiala Ogawa, à poser sa voix parlée et accrocher les guitares à cette échappée supersonique. « En une écoute de la maquette, mon père a adoré. Le lendemain il m'a appelé pour me dire qu'il n'avait pas réussi à dormir, qu'il avait écrit un texte et qu'il voulait être sur le morceau. C'est un honneur, c'est la première fois que mon père vient sur Kodäma. Il a sorti son album en mars, Money, où j'ai fait pratiquement tous les chœurs et un morceau lead. C'était l'année des collabs en famille. »

On sort de cet EP certainement plus léger qu'en y entrant, pourtant le titre, « Black Cloud », sonne plutôt comme un mauvais présage. « Je l'ai écrit à une période 2017 assez noire, explique Kiala. Je raconte cette période où tu as l'impression d'être dans un gros nuage noir. Le morceau se calme à la fin. C'est un chemin vers la lumière, en fait. » « La tempête c'est bien, rajoute Thomas. Ça nettoie tout et après il y a le calme. Il y a ce côté chargé en électricité au début, et très épuré et doux à la fin. Comme un renouveau. » Un renouveau qui se ressent aussi au visuel, avec un clip au stylisme précis réalisé par Thibault Della Gaspera et produit par Kartel Production.

En seulement deux petits EP, Kodäma a su donner son empreinte, cerner un son et s'ajouter aux rangs d'une nouvelle garde qui délaisse les étiquettes mais à qui il reste, pour Thomas, un bout de chemin à faire pour s'affirmer pleinement en France. « Il y a une super scène qui arrive, même avec des gens comme Neue Grafik, Bonnie Banane... Une nouvelle émergence d'artistes. Le problème ce sont les structures françaises. Est-ce qu'elles sont au niveau pour accompagner ça ? La musique bouge, les institutions ne changent pas et ne sont toujours pas adaptées à ces jeunes créatifs capables de tout faire eux-mêmes. Ces artistes existent en France, il faut juste que les professionnels de la musique suivent et restent ouverts. » Nous, on est très ouverts à un troisième, un quatrième EP de Kodäma, et on a Black Cloud pour patienter sereinement.

Le nouvel EP de Kodäma est sorti le 11 mai dernier chez Mamie's Records. La release party aura lieu le 23 mai au Hasard Ludique.