crocs, couronnes et cascades : le meilleur de la fashion week de paris

Paris s'impose avec faste et assurance comme la capitale de la mode.

La bomba de Jacquemus

Lundi soir, 20h au musée Picasso : cette saison, Jacquemus a ouvert le bal. Pleins feux sur une série de drapés/torsadés, jupes esprit paréo, jupes fendues, bretelles spaghettis, dégradés de chocolat, beige, blanc, éclats de jaune, chapeaux de paille XXL et sacs XXS. Sa collection baptisée « La bomba » est un hommage à sa mère, disparue trop tôt. « Je crois n'avoir jamais vu ma mère aussi belle les soirs après la plage et certainement après l'amour. C'est de cette femme-là cette saison dont j'ai eu envie de parler. 'La bombe', comme on dit chez nous », indique le créateur qui ne cesse de grandir, grandir mais qui garde la fraîcheur d'un débutant.

Dior affronte, persiste et signe

Confortée par des premiers résultats au firmament, Maria Grazia Chiuri poursuit son projet entamé il y a tout juste un an : démocratiser Dior et rendre la mythique maison française tangible pour les plus jeunes - et surtout pour celles, avec nettement plus de moyens, qui tiennent à le rester. L'habituelle tente dressée dans les jardins du Musée Rodin a été pour l'occasion transformée en grotte, incrustée de mosaïques-miroirs - un hommage à Niki de Saint Phalle, ses sculptures et ses tarots, disséminées un peu partout dans la collection. Le texte Why have there been no great women artists ? de l'essayiste Linda Nochlin avait été déposé sur les sièges de tous les invités, développant avec encore plus de clarté son discours sur le féminisme. Maria Grazia Chiuri s'adresse frontalement et distinctement à son public - un coup de pied dans la fourmilière dans un milieu plus habitué à cultiver l'entre-soi et l'intertexte.

Avec Koché, tous à l'unisson

Christelle Kocher avait choisi l'église Saint-Merri en plein cœur du Marais. Un lieu de communion, où l'on défend les droits des homosexuels, où toutes les religions viennent chanter ensemble et où l'on peut aussi écouter un concert expérimental à la nuit tombée. Mention spéciale pour le casting de mannequins, miroir de la société – si les podiums sont aujourd'hui plus diversifiés, Christelle Kocher fut l'une des pionnières à lancer le mouvement. Sa mode est toujours ce dosage parfait entre couture et streetwear. Surprise du défilé, une collab' avec le PSG. Dans le livret disposé sur les sièges des invités, on pouvait lire ces vers du Velvet Underground, qui tombent à pic : "I'll be your mirror /Reflect what you are/in case you don't know/I'll be the wind, the rain/and the sunset/the light on your door to show/that you 're home."

Saint Laurent sous Paris

Paris. Un mois après la mort de Pierre Bergé, c'est comme si la ville lui appartenait. Puissance politique et culturelle, il a façonné pendant des décennies le visage de la capitale de la mode. Ce défilé sonnait comme un hommage à cette puissance, esquissé à pas de loups, sous le regard pénétrant de la Tour Eiffel. Anthony Vaccarello, un an après son arrivée, installe avec aplomb sa féminité ambivalente. Maman et putain, virile et sensuelle, raffinée et vulgaire, la femme Saint Laurent est finalement à l'image de la Tour Eiffel : phallique, oui, mais avec les jambes écartées.

Y/Project, un chercheur mode à l'EHESS

Glenn Martens a gagné le prix de l'ANDAM en juin, récompense hautement méritée pour le créateur belge à la palette inventive très large. Diplôme en poche, il a défilé à l'EHESS, boulevard Raspail : il n'y avait pas meilleur lieu pour ce chercheur des volumes. La patte Y/Project est là, toujours plus affirmée et encore plus luxueuse. Cuissardes en spirale, trench-traîne, volutes de tulle, drapés en rafales, joggings strassés, motifs en perles, la mode de Glenn Martens est baroque mais on sent qu'elle est de plus en plus maîtrisée.

Lacoste, le pot de retour

Le retour de Lacoste dans la capitale, qui défilait depuis 15 ans à New-York, a pris des airs de célébration. Une kermesse joyeuse et enjouée que personne - malgré le ciel gris et l'heure matinale - n'aurait osé troubler. Ni la pluie, ni la mauvaise humeur, ni l'habituelle affabilité de la foule n'ont eu raison de cette fête, orchestrée par le très populaire Felipe Oliveira Baptista. Des filles légères en jupe, des garçons en survet comme à la belle époque (hommage à la France et signe de réconciliation du crocodile avec son public populaire), Chassol au clavier sous les marronniers des Tuileries : Lacoste est enfin rentré à la maison.

Lemaire, faussement simple

Christophe Lemaire et Sarah-Linh Tran's prennent toujours la vague de la mode à contre-courant : coûte que coûte, ils résistent aux tentations du moment, à tous ces attrape-mouches pour millennials. Ici, pas de logos parodiés ou de déclinaisons streetwear. Lemaire, c'est du simple faussement simple, des heures de mise au point, d'ajustement que l'on ne devine pas, car tout paraît facile comme ces robes en satin brillant qui glissent naturellement sur le corps des mannequins. Les meilleurs plats sont souvent les plus simples. Les défilés Lemaire ont quelque chose de rassurant. On s'y accroche parce que les deux créateurs savent mieux que quiconque poétiser la réalité, et ça, c'est plutôt rare.

Aalto protège la planète

De saison en saison, le designer finlandais Tuomas Merikoski distille sa mode et trouve sa voie. Pour cette collection baptisée « After Nature », il a collaboré avec RePack, spécialiste finlandais des emballages réutilisables. Le designer s'interroge sur l'impact de l'homme sur la planète. Couleurs pop optimistes, flashs jaune poussin - couleur des emballages RePack -, tops drapés en relief comme des carapaces, manches bombées protectrices, gants qu'on enfile comme des collants, pardessus rose brillant façon couverture de survie : Aalto nous protègera des soubresauts climatiques.

Chloé

Chloé est une marque pour les femmes faite par des femmes. Les plus emblématiques créatrices de l'histoire de la mode sont, un jour, passées par cette maison (Martine Sitbon, Phoebe Philo ou Stella Mc Cartney). Natasha Ramsay-Levi quitte tout juste le solaire Nicolas Ghesquière pour tenter de déployer sa vision de la femme ailleurs. On ne peut imaginer un meilleur endroit que la maison Chloé pour faire ses premiers pas en solitaire. La créatrice a posé les bases d'une nouvelle ère avec sa collection printemps/été 2018. Une saison ultra-féminine, osée, directe, presque offensive et nerveuse. Un romantisme cool, moderne, assumé, qui se lit dans les découpes franches, les empiècements, les motifs, les drapés python, les surpiqûres, l'asymétrie, le cuir.

Paco Rabanne, la fête de l'année

1996. From Disco to disco émergeait des tréfonds de Cologne. Julien Dossena trainait au Tiffany's, la boîte de nuit alors tenue par son père dans une petite ville de Bretagne. Cette saison, à Paris, le titre escortait les pas décidés des mannequins. Pour la première fois depuis son arrivée chez Paco Rabanne, le créateur s'est frontalement attelé à la partie la plus criante de l'héritage de la maison : la nuit et ses rites, son rythme et ses étiquettes. Il l'a fait avec ce mélange si particulier de candeur et de sophistication qu'on lui connaît. Des prodigieuses combinaisons en sequins au mini-short en passant par le pantalon cotte de maille déchiré : Paco Rabanne signe avec goût, intelligence et conscience le vestiaire de la fête du nouveau millénaire. Dans la salle plongée dans le noir et saturée de lumières rouges, un public échauffé et assoiffé qui en redemandait encore : la fête était donc (plus que) réussie.

Carven de nouveau sur les rails

Depuis le départ de Guillaume Henry pour Nina Ricci, la marque Carven évoluait à tâtons. Elle est désormais entre les mains de Serge Ruffieux. L'ancien bras droit de Sonia Rykiel, ex-codirecteur artistique de la mode femme chez Christian Dior (avec Lucie Meier) a dévoilé sa première collection pour la marque. Vestes Barbour et pardessus cropped, imprimés coqs, robes à col de polo, pull noué sur les épaules, chaussures bout pointu à pompons défilent sur une moquette vert d'eau, à l'Université Pierre et Marie Curie. Une certaine élégance à la française.

L'orgasme de Rick Owens

L'avant-veille du défilé, on célébrait rue du Mail la fantastique Michèle Lamy, femme, muse et objet d'adoration du créateur. Elle dévoilait notamment une performance sonore hommage au poète afro-américain Langston Hughes. On retrouvait son rire sublime et sa voix démoniaque en bande-son du défilé, projeté à toute allure entre les colonnes du Palais de Tokyo, face aux fontaines tonitruantes spécialement remises en marche pour l'occasion. Des filles impossibles, calfeutrées, maltraitées ou protégées (impossible de trancher) dans des pièces de plus en plus architecturales, sa muse qui rit à la mort, de l'eau partout sur tout le monde: c'était l'orgasme selon Rick Owens, ou la déclaration d'amour. Ou les deux. Oui, les deux.

Isabel Marant aussi pour les garçons

Pour la première fois, Isabel Marant s'est attaquée à l'homme. Elle l'a fait avec toute la nonchalance et l'énergie qui caractérise sa femme. Celle qui pique des pulls de son mec qui lui-même pique ses pantalons est en train d'esquisser un vestiaire pour des hommes et des femmes à l'aise avec leur corps et leur époque. Comme elle, et comme on rêve tous et toutes d'être.

Loewe en villégiature

La femme cérébrale imaginée par Jonathan Anderson chez Loewe s'est un peu affranchie de son destin domestique. Elle avait tendance à s'occuper de son intérieur comme d'un sanctuaire. Toujours un peu solitaire, ce qu'elle aime c'est le canevas, la sculpture et la poterie, les nouvelles de Lucía Etxebarría et les infusions au ginseng. Mais la voilà partie en voyage. Dans sa valise on trouve des imprimés cachemires, du tissé main, des tons soufre et sable et des bobs crochetés devant un film du dimanche soir (son pêché mignon inavoué). On avait tous envie de prendre le train avec elle, enroulés dans les matières nobles sélectionnées par le prodigieux Anderson. Mais nous ne sommes qu'en septembre et, fashion week oblige, on s'est contentés du métro.

Yohji Yamamoto, maître de la déconstruction

Yohji Yamamoto traverse les saisons sans s'abîmer. Comme les grands artistes, il y a un mystère qui l'entoure et sa discrétion en décuple l'effet. Avec ses vêtements déstructurés, asymétriques, déboutonnés, on perçoit la beauté dans l'imperfection. Yohji Yamamoto est le maître incontesté de l'oxymore stylistique : il réussit la prouesse de produire du bancal équilibré, du désordonné structuré, du débraillé habillé. Des robes en maille près du corps sortent des poches bouffantes, des vestes et pantalons en lambeaux se rassemblent par un jeu de boutonnage et les chapeaux sont coupés en deux : une collection autant poétique que théâtrale.

La République de Gypsy Sport

Une manifestation pro-Morsi, une bande de skateurs cascadeurs, des danseurs de tango, des ados célébrant le début du week-end, des vagabonds en tout genre et surtout, une large troupe de modasses sursappées. Pour sa marque Gypsy Sport, le créateur qui n'a peur de rien, j'ai nommé Rio Uribe, a posé bagages Place de la République, au pied de son iconique statue sacrée, pour un show type happening. Les grands noms de la mode ont tendance à décharner l'expression selon laquelle « la mode appartient à la rue, » mais certainement pas Rio qui lui créer pour, par et dans la rue. Il n'a pas besoin de faire dans l'hyperbole pour montrer que c'est elle, et personne d'autre, sa muse. Maitre en l'art du streetcasting, c'est dans la rue qu'il est allé chercher « ses » gens. Il n'y avait donc pas de personne-type, de mannequin médian, tout le monde avait le droit à sa singularité. Niveau fringue, c'était pareil : pas de thèmes, pas de « femme Gypsy Sport », la patte de Rio se trouvait dans la singularité des pièces que l'on pourrait croire improvisées à même les corps de ceux qui ont foulé pour lui les pavés de la place. Le défilé donnait l'impression d'une communion sans limite et c'était très touchant.

Acne Studios

C'est du côté des seventies qu'Acne est allé composer ses silhouettes printemps/été 2018. Les couleurs pastel couvraient les angles d'un col pelle-à-tarte, d'une veste cintrée ou à strass ; les plis d'une jupe striée de motifs python, le plastique d'une blouse rose bonbon ou la patine d'un cuir à franges perlées. Comme une journée où l'on aurait commencé dans Charlie et la Chocolaterie pour finir dans notre friperie préférée. Une collection qui brille de liberté et de cohérence, et un pas de plus vers la femme rebelle que promeut Acne depuis ses débuts. En tout cas, nous, ça nous a redonné confiance dans le pastel, et notre été prochain risque de s'en ressentir.

Vivienne Westwood for Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood for Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood ...

La saison dernière, c'est Vivienne en personne qui défilait pour Andreas pour Vivienne Westwood. Un enchevêtrement sans fin, et qui n'a pas fini d'en finir. Pour cette collection, ils ont décidé de se retrouver à mi-chemin : entre sa majesté Vivienne et les alpes autrichiennes d'Andreas, entre l'Angleterre coloniale et la planète à sauver, entre les crinolines et les matières techniques : c'est à l'entre-deux que ça se passe désormais, là où tout est possible. Vivienne Westwood a 76 ans. Toute sa vie, dans toutes les époques qu'elle a traversées, elle n'a cessé de chercher cet espace de liberté, de friction, de mouvement, la consacrant comme l'un des plus grands génies que la mode ait pu enfanter. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Longue vie à la reine.

Comme des Garçons, toujours aussi malins

Alors que la Russie s'adonnait à son annuel exercice militaire - mobilisant 10 fois plus de soldats que l'ONU ne l'autorise - une foule de privilégiés endimanchés pénétrait au sein de son ambassade parisienne. Les claquements des talons étouffés par les immenses tapis écarlates, les visages balayés par la lumière grise dont seuls les soviets ont le secret : on ne pouvait rêver meilleur cérémoniel (et supplice feutré) pour lancer le défilé préféré de l'industrie de la mode. Se pressent à Comme Des garçons, les plus grands éditeurs mais surtout les plus grands businessmen du milieu, absorbés, complètement fascinés par la marque la mieux marketée du monde entier. Au milieu d'une salle de réception, un simple podium en bois. Les rangs nez à nez avec les oeuvres de Rei Kawakubo, pures extrapolations de son imagination. Cette saison, c'était « graffiti multidimensionnel », du Hello Kitty dans les cheveux, des imprimés baroques et des ailes d'ange. Bref, elle fait ce qu'elle veut. Elle défile pour défiler afin d'expliquer qu'il faut vendre pour vendre. Le tout sous les ors brutalistes des soviets. Cynique et brillant : du Comme Des tout craché.

Givenchy, droit comme la justice

Défiler au Palais de Justice pour une première est un choix intéressant pour un créateur fraîchement débarqué dans une nouvelle maison. S'en remettre à l'institution qui scelle les destins des parisiens depuis des siècles est un geste qui semble guidé par l'humilité. L'anglaise Claire Wright Keller, fraîchement arrivée de chez Chloé pour remplacer Riccardo Tisci, resté à la tête de la maison pendant près de 15 ans, a choisi de faire profil bas pour cette première collection. Références ciblées aux archives (couleurs tranchées, motifs animaliers, asymétrie) et silhouettes contemporaines : l'exercice est exécuté avec calme et sérieux. Bref, une première collection juste, justement.

Balenciaga, bande à part

Dans le royaume Balanciaga, une période de régence a pris fin. L'enfant dissident de la mode détient désormais les plein-pouvoirs sur son territoire. Il déborde moins mais s'affirme un peu plus. Et si la force de la filiation se fait toujours sentir, Demna ne fait plus dans l'obédience : « Je voulais que ce défilé soit plus Demna que Cristobal. C'est moi, mon histoire pour Balanciaga. » Le créateur géorgien commande désormais un canton indépendantiste, largement anti-système, hostile aux élans conservateurs que l'on retrouvait partout à Paris. Ici, Demna ne voulait pas réécrire un rêve mais proposer sa version du « vrai » – un tantinet cynique disons-le. Des bananes, des jupes féminines tartans et punks, des robes de soie posées sur du néoprène. L'accent était mis sur les « objets ». Demna invitait au fétichisme, établissait une liturgie nouvelle. Des économiseurs d'écran imprimés sur des cuissardes que l'on verra sur toutes les jambes l'année prochaine, des grigris et des tours Eiffel agrippés aux tailles des filles, des Crocs à plateformes, des boucles d'oreille géantes et des sacs à mains fringués de capelines cirées (un peu comme un Paddington Bear avec des anses). Bref, on s'accroche aux objets, on les serre fort contre soi pour se rappeler un monde qui sombre.

Le triomphe de Céline

La rigueur neurasthénique de Pheobe Philo fait des merveilles. La créatrice est partie puisée dans le passé de Céline pour rappeler le langage originel de la maison sans ne jamais tomber dans un passéisme ronflant. Sur le podium, les mouvements fluides des vêtements, les teintes lambrissées, les coupes longues et les ceintures hautes évoquaient tous ensemble un imagier eighties. Et on reconnaît là l'anti jeunisme béat de la créatrice qui célèbre depuis ses débuts une femme mature – du moins heureuse de le devenir. Cette femme n'a plus besoin de s'appréhender, de tenter des looks ou de se raccrocher à la tendance pour s'affranchir de son âge : elle est parfaitement alignée. C'est dans les détails que Philo figurait le présent au détour d'un cordon, d'un zip ou d'une pièce tailoring agencée différemment.

Les para de Sacaï

Peu de collections sont aussi bien construites que celles de Chitose Abe pour Sacaï. La créatrice japonaise parvient avec une aisance déconcertante à déployer un thème sans jamais tomber dans l'exercice de style ni dénaturer sa silhouette. Cette saison, c'est la division des parachutistes qu'elle a fait atterrir sur son podium. Superpositions, croisements, vols planés et camouflages donnaient le ton. Les dentelles jamais trop loin des militaires, cela va sans dire.

Hermès se tient à carreaux

Hermès est une institution française. Bloc monolithique dans le paysage inconstant de la mode et des tendances, la maison paraît d'autant plus solide en période de secousses. Alors que vient de s'achever l'exposition au Momu consacrant les années de Margiela à la tête de la maison, on comprend d'autant mieux la puissance de la maison qui tient à sa constance, son inflexibilité, sa décision formelle de ne jamais laisser la mode la balader. Nadège Vanhee-Cybulski s'est autorisée cette saison à expérimenter autour des carreaux et des couleurs. Des poèmes de Jarvis Cocker sur les couleurs, spécialement réalisés pour l'occasion, étaient déclamés en bande-son et imprimés sur des petits livrets déposés sur les sièges. Si élégant.

And re Walker

Andre Walker sait se faire désirer. Il disparaît et réapparait à sa guise depuis trente ans, laissant quelques années entre chacune de ses interventions pour nourrir le mystère qui l'entoure. Collaborateur de Gaultier, Marc Jacobs ou encore Kawakubo, auréolé de l'ANDAM en 2005, Walker a finalement toujours été dans le coin, discret comme un spectre. Il était de retour à Paris, en chair et en os, pour cette nouvelle fashion week et cette saison a été l'occasion pour lui de rendre public tout un travail d'introspection. En exhumant les inspirations qui ont guidé ses créations dans les années 1980, Walker a présenté une collection sobre et puissante, une suite de volumes unisexes et universels. Au début de sa carrière, le créateur découpait ses vêtements à même le sol, sans mannequin, comme si le vêtement, en tant qu'objet pur, n'avait pas besoin des corps pour l'insuffler. Une abstraction que l'on retrouvait cette saison grâce à des silhouettes géométriques chères au créateur, des toges feutrées, des capes ceinturées – comme des soutanes modernes – des lignes minimales pour un rendu grave, un poil dramatique.

Chanel fait son retour aux sources

Karl Lagerfeld est facétieux. La saison dernière face à Anne Hidalgo et sous une Tour Eiffel spécialement recréée sous la nef du Grand Palais, il nous exhortait tous à retomber amoureux de Paris. Alors que toutes les autres maisons françaises s'y laissent aller, il nous emmène ailleurs. Loin, très loin de la civilisation, dans les Gorges du Verdon (on reste en France, donc tout va bien). Un retour aux sources donc. Littéral, au vu des cascades de 30 mètres dressées face à nous dans le Grand Palais, mais aussi détectable sur les silhouettes elles-mêmes. Kaia Gerber (la fille de Cindy Crawford) et son petit déhanché qui ouvre le défilé, des silhouettes pastel, sexy et toujours autant d'humour : du grand Karl pour Chanel.

La jolie nostalgie de Miu Miu

Le monde tel qu'il s'est construit après les années 1950 - en briques (comme le décor) et en plastique (comme les chaises où le public était assis - voilà ce que semble nous avoir raconté la baby-boomeuse Miucci Prada. Avec, évidemment, des éléments perturbateurs et des courts-circuits spatiaux-temporels pour ne jamais se laisser lire trop facilement. Derrière ces signes et signaux, un hommage doux-amer à sa jeunesse (servi par une bande-son rock 80's) et un constat tout aussi ambivalent sur l'état de la mode et du monde. À quoi bon inventer, quand nous ne faisons que recycler ?

Louis Vuitton, le fait du Prince

C'était un coup d'état. Orchestré dans les entrailles mêmes du pouvoir français. Les fondations médiévales du Louvre ont servi de décor ou plutôt de salle d'intronisation à l'affirmation de la toute-puissance de la maison française et de son créateur de génie. Le Roi Soleil sur la façade de la nouvelle « boutique » du joyau de LVMH de la Place Vendôme (inauguré la veille) et ses vestons en enfilade dans ce qui constitue le défilé le plus homogène et puissant de Nicolas Ghesquière depuis son arrivée chez Vuitton. Où est la couronne ?