ce qu'il faut retenir de la fashion week de milan

Donatella a cassé Internet mais d'autres choses ont eu lieu lors de la semaine de la mode italienne. i-D vous fait une mise à jour.

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25 Septembre 2017, 3:52pm

Gucci, sequins coquins

« La création est un acte poétique » pouvait-on lire sur le petit livret du défilé. « Un processus éruptif qui émerge d'un noyau magmatique peuplé d'urgences, de fantômes et de désirs. Un tourbillon où le flux de l'être se densifie pour engendrer de nouvelles significations. Une explosion où des forces vitales autrefois piégées sont finalement libérées. » Plus qu'un descriptif de la collection, c'est tout l'univers fermé d'Alessandro Michele qui se trouvait ici justifié – entre les citations d'Heidegger et de Deleuze, les ruines aztèques et romaines, les buddhas et les pharaons (tous piqués de Cinecittà). La mode de Michele pour Gucci est une évolution permanente, pas une révolution. Chaque saison, inlassablement, son univers s'étale et s'étend. Bruyant, cultivé, baroque, il est allé faire un tour du côté de chez Elton John, Dysnasty et tout ce que les années 1980 comptent d'épaules et de sequins. Coquin.

Prada, sapée comme jamais

Les femmes par d'autres femmes. C'est, invariablement, le propos de Miuccia Prada. Cette saison, le geste a été poussé, souligné, comme s'il était nécessaire que le message passe – à tout prix. Les temps l'imposent. Et la mode, soumise comme jamais aux réseaux sociaux et à leur implacabilité (soit tu comprends en moins d'une seconde, soit tu zappes) se doit d'être claire. Huit artistes femmes plutôt issues de l'univers de la Bande Dessinée (Brigid Elva, Joëlle Jones, Stellar Leuna, Giuliana Maldini, Natsume Ono, Emma Ríos, Trina Robbins et Fiona Staples) ont pour l'occasion donné leur interprétation de la fémininité. Les illustrations, placardées aux murs et détaillées sur les pièces, faisaient l'effet d'un arme (ou d'un bouclier) supplémentaire. Car, sur ses talons et sous sa jupe, la femme Prada reste la plus forte. Guerrière, cérébrale, invariable.

Fendi, Opération Caraïbes

À la croisée des caraïbes et du futurisme italien, les fleurs chahutaient les lignes et les pastels océans s'acoquinaient avec les rouilles 1970 : la collection a été pensée comme un hommage aux travaux de l'artiste britannique d'origine caribéenne Chris Ofili. Au milieu de tous ces beaux métissages, du logo, du F du E du N du D du I incroyablement bien sentis et sortis (du Karl tout craché). C'est bien là toute l'intelligence de Fendi : des ponts inattendus, aussi sublimes que gratuits, qui finalement parviennent à tisser la toile la plus luxueuse de la mode italienne.

Roberto Cavalli, l'amazone à plat

Le britannique Paul Surridge (ex Burberry, Jil Sander et Z.Zegna) est arrivé en mai à la direction artistique de la maison. S'il avait relativement peu de temps pour imposer son style, il a très efficacement donné le ton pour sa première collection. Plus de tailleur et moins de paillettes, la femme Roberto Cavalli est une « femme active » selon lui et ne vit pas seulement la nuit, accompagnée de son chauffeur (d'où les talons) et de son garde du corps (d'où les décolletés). L'animalité et le sexe a été réinjecté dans une silhouette beaucoup plus moderne et en phase avec la féminité d'aujourd'hui. Paul Surridge esquisse la silhouette d'une nouvelle amazone. Au premier rang, Roberto applaudit. Ca a l'air bien parti.

Giorgio Armani impressionne

Le roi du minimalisme et des nuances de gris (bien avant vous savez-qui) a répondu à la morosité ambiante. À lui les impressionnistes, les fleurs et les couleurs caresses, Giorgio ne compte pas se laisser abattre. « Je ne compte pas me laisser aller à la tristesse et rendre les femmes encore plus tristes. Je réponds avec de la couleur » nous a expliqué le créateur en coulisses.

Versace, l'hommage du millénaire

Il y a 20 ans exactement, Donatella perdait son frère Gianni, celui qui habillait les plus grands tops de la décennie 90, faisait rêver les jeunes filles et ancrait à cette même période tout le langage doré et faste de la maison italienne. Plus qu'une simple commémoration, c'est une grande célébration que Donatella a voulu dérouler. Pour ce faire, elle est allée puiser directement dans les archives de la période 1991-1995 pour en exhumer les looks les plus emblématiques et les conjuguer au présent. (Je versacais. Non. Je versace, tu versaces, etc) Des ceinturons en forme de coquillages dorés, des imprimés fous, des jeans taille très haute, des robes à fresques, des imprimés liturgiques (des Pieta même) et des grigris partout. Et pour parfaire le tableau, l'énergie sulfureuse de la décennie 1990 était incarnée par une horde de tops contemporaines, de Gigi à Kaia en passant par Kendall dont la parade s'est close sur une vision presque hallucinée : Cindy Crawford, Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Helena Christensen et Carla Bruni en longues robes de bronze, alignées sur un même podiums. L'âme de Gianni était là, quelque part, c'est sûr, pour admirer la reprise, redéfinir encore une fois les codes Versace à travers les mains de sa sœur et nous rappeler que la beauté de la mode italienne repose sur un subtil jeu de nuances, entre vestiaire chic et éléments tape à l'oeil. Leçon retenue.

Chez Moschino, dîtes-le avec des fleurs

L'ouverture du show a suffi à annoncer la couleur. Kaia Gerber, affublée d'un tutu multi-couches, de bas résille et d'une veste biker, s'est vue projetée dans un univers enfantin, un t-shirt à l'effigie de Mon Petit Poney sur les épaules. Comme souvent, Jeremy Scott organisait son show autour d'un fétichisme, cette fois-ci double voire antinomique : une femme encore enfant, joue aux baroudeuses et chevauche une bécane super puissante – comme elle. Depuis son dernier défilé tourné façon compost, on s'attendait à un nouveau message très politique de Scott. Mais c'est dans un discours avant tout joyeux et plein d'optimisme que s'inscrivait sa nouvelle collection : « Je me dois de rester super positif, car c'est cet état d'esprit que je dois faire passer aux autres, » confiait-il en coulisses. Comme un antidote à l'obscurantisme environnant, Scott a fini par dire sa positive attitude avec des fleurs. Enfin des femmes-fleurs. Dans le dernier thème de son défilé – le bouquet final littéralement – des tops ligotées à des fleurs géantes foulaient le podium, d'autres suivaient juste derrière accoutrées de robes papillons ou prises au piège dans des bourgeons démesurés. Comme si le printemps pouvait durer toute une vie. On aimerait y croire !

Le craft minimaliste des Meier pour Jil sander

On en parlait il y a peu sur i-D : travailler en couple rend parfois plus fort. Lucie et Luke Maier l'ont bien compris. Ensemble, ils ont repris au printemps dernier les rênes de la maison allemande Jil Sander au printemps dernier. Lucie Meier est l'ex-codirectrice de la maison Dior, avant l'arrivée de Maria Grazia Chiuiri. Luke, son mari, n'est autre que le co-fondateur d'OAMC, qui a aussi passé près d'une décennie chez Supreme. Un mariage qui a donné naissance à des lignes hybrides, ici mêlées à la vision sage et rigoureuse de la créatrice allemande. L'acmé de ce show ? Probablement les costumes dans lesquels on retrouvait clairement l'héritage partagé de ce triumvirat d'alliés. Les épaules un peu étriquées, pour mieux relâcher les tailles et allonger les silhouettes – les coupes poussaient à une nouvelle lecture du repertoire tailoring. Et, comme pour célébrer l'art de la couture bien faite, tout au long du show, le couple de designers à pris le parti de laisser trainer ça et là des surpiqures, des bords francs ou de surjouer certaines mailles pour mieux signifier leur inspiration craft. Une façon aussi de tempérer le minimalisme originel du vestiaire Jil Sander et d'en montrer un autre visage dans des reliefs discrets mais évocateurs. Le show – tout en mesure – a rendu la fashion week milanaise quelque peu schyzo, elle qui présentait jusque-là une opulence toujours crescendo. Mais bon, il fallait bien libérer un peu d'espace cérébral pour enchaîner sur le reste de la semaine.

Chez Missoni, on fait la fête

Présenter un défilé, c'est toujours donner à lire un morceau de son histoire. Pour son printemps/été 2017, Angela Missoni était allée puiser son inspiration dans les souvenirs d'un voyage au Guatemala, quand elle avait 15 ans. En ressortait une collection haute en couleur, en imprimés et rappels ethniques ; une vision personnelle du cow-boy. Cette année, à Milan, Missoni a dévoilé une collection de fête. Des tenues dénudées, échancrées, transparentes, des robes du soir, des combinaisons et cardigans en laine, des chemises légères portées sans rien en dessous, des chapeaux immenses, des couleurs chaudes, un vocabulaire fleuri, ensoleillé. La fête, quoi. Une fête qui s'explique, elle aussi, par un morceau de l'histoire personnelle d'Angela Missoni, ou peut-être par un nouveau pan d'histoire : ça fait cette année 20 ans que Missoni a pris la direction artistique de la maison fondée par ses parents en 1953. Il fallait marquer le coup, alors pour la première fois de sa carrière, la créatrice mélangeait les collections homme et femme sur le podium. De quoi révéler toute la cohérence et les échos que se partageait les silhouettes masculines. La formule mixte, partagée par de plus en plus de marques, semble vouée à devenir la norme chez Missoni. Le socle d'un nouveau pan d'histoire ?

Dolce & Gabbana donne une leçon de Dolce & Gabbana

Recycler, répéter, ancrer un code : restez identifiable. C'est le défi que se sont imposé les marques aujourd'hui. Être reconnaissables d'un coup, jouer de cycles répétitifs. En ce sens, Dolce & Gabbana a sûrement quelque chose d'assez visionnaire. Avant Vetements, Gucci et bien d'autres, la marque italienne a su imposer son imagerie renouvelée dans les esprits. Cette silhouette féminine particulière ; la sicilienne, les lunettes, les foulards, les imprimés fruits, une traduction bien à elle de l'Italie et de l'Italienne. Alors, quand les labels actuels reprennent ce fonctionnement et s'inscrivent dans le même cercle saisonnier, Dolce & Gabbana gagne un peu plus de terrain et va encore plus loin dans la logique qui fait son ADN, nous livrant cette année comme un manuel de compréhension de ce qui fait son identité. Les corsets qui marquent la taille, les robes aux motifs citron, les robes à fleurs, les robes de soirée. On reconnaît l'air de Dolce & Gabbana dès les premiers pas. Un air malgré tout assaisonné de quelques touches modernes, de clins d'œil bien placés aux millenials. Ils ne sont plus sur scène comme les saisons précédentes, mais sont référencés sur les sacs griffés du hashtag #DG. Et des premiers rangs, ils ont apprécié cette leçon de succès.

Marni, une histoire (fleurie) de la mode

Il ressortait quelque chose de très naturel du défilé printemps/été 2018 de Marni. Quelque chose de très « nature », dans les motifs à fleurs, à feuilles, ce renvoi à la verdure, à l'éclosion plaquée sur des silhouettes prises d'épure. D'ailleurs, pour pénétrer dans l'enceinte qui accueillait le show, les invités devaient traverser un jardin pittoresque, inspiré à Francesco Risso par l'esthétique de Tim Burton. Des roses éclatantes, des alliums immenses, des arbres bien mûrs. À l'intérieur, pour son deuxième défilé féminin pour la marque italienne, Risso a offert un voyage et une célébration de l'histoire de la mode, de sa richesse, sa diversité et ses contradictions. Pour ça, le créateur s'est imaginé tout ce qu'une jeune fille d'aujourd'hui aurait à prendre et transformer de la langueur des années 1920, des robes des années 1950, des maillots des années 1960 ou des chaussures des années 1980. Parce que c'est peut-être ça, le naturel : réinterpréter, réinventer, redire sans répéter.