réfugiée, activiste et pop-star : un nouveau docu retrace le destin de m.i.a

Sur Arte, un documentaire retrace le parcours hors-norme d'une réfugiée tamoule devenue star mondiale. De nombreuses images tournées par M.I.A elle-même, qui permettent de saisir toute sa complexité.

par Antoine Mbemba
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02 Août 2019, 10:03am

Pourquoi M.I.A ne s'est-elle pas contentée de vendre sa success story de jeune sri-lankaise échappée de la misère, en jouant gentiment la carte de l’exotisme pour enchainer, tranquillement, les tubes jusqu’en 2030 ? Parce que derrière son esthétique provocatrice, l’hybridité d'une musique pour laquelle personne n’était prêt en 2005 et ses coups de gueule tous azimuts se cache une femme qui, de l’adolescence au succès mondial, n’a jamais voulu oublier l’histoire tragique de sa famille. Une femme pour qui l’art est impossible sans message et, plus que ça, sans politique. M.I.A compte parmi les stars les plus complexes et intéressantes de notre époque, et le nouveau documentaire d’Arte, « M.I.A, réfugiée, activiste et pop-star », composé pour majorité de ses propres vidéos, tournées depuis son adolescence, en est un brillant rappel. Pour vous convaincre de ne pas le manquer, voici 3 choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur cette courageuse et authentique acharnée.

Son père a été considéré comme un terroriste

Des 10 années qu’elle a vécues au Sri-Lanka, Maya n’a connu que la Guerre Civile. De très près, de trop près. Pour cause : son père est le fondateur du Mouvement de Résistance Tamoule, fondé en 1976 et considéré comme un mouvement terroriste par les autorités, jamais ravies de voir une communauté oppressée se battre pour son émancipation. À l'époque, ce statut paternel met évidemment toute la famille en danger, alors contrainte de fuir vers l’Angleterre pour y arriver en 1985 en tant que réfugiée. Le père reste au pays pour combattre. La sœur de Maya semble marquée par cette distance silencieuse longue de plusieurs années, même si ça ne l'empêche pas d'affirmer : « Il nous a rendus intéressants ! Ils nous a donné un passé, une histoire. Je suis contente qu’il ne soit pas juste proprio d’une station service. »

N’empêche qu’en Angleterre, l’accueil est glacial. Au Sri-Lanka, Maya était traquée parce qu’elle était Tamoule, à Londres elle est traquée parce qu’elle est « Paki ». Pour s’évader, elle s’endort avec un casque sur les oreilles branché à la radio familiale - on y entend la pop de l’époque et l’incontournable Madonna. Mais un jour, des voisins pillent sa maison. Adieu la radio. Pendant sa première nuit sans musique, Maya entend une ligne de basse émanant de la maison d'un voisin. C’est la première fois qu’elle entend du hip-hop et un monde s’ouvre à elle.

Elle n’a jamais voulu faire de hit...

Ce n’est pas un hasard si le documentaire d’Arte est majoritairement composé d’images d’archives tournées depuis les années 1990 par M.I.A elle-même : elle se destinait initialement au documentaire. D’où son entrée à la Central Saint Martins - clairement peu réputée pour sa diversité à l’époque, et où la jeune femme dénote déjà. Son but restera le même jusqu’aujourd’hui : raconter des histoires qui la touchent. Dans sa chambre d’ado, en Angleterre, à l’aéroport, quand son père rejoint enfin le reste de sa famille, dans un studio exigu pour sa première répétition : M.I.A filme tout, dit tout, animée par une exigence de transparence, de témoignage et de vérité.

En 2000, après s’être fait amie avec une certaine Justine, chanteuse d'un groupe de britpop au relatif succès, elle réalise le clip du morceau « Mad Dog ». Tourné en une matinée sous une aile d’autoroute, il est le premier clip d’indie pop à mettre en scène (sacrilège) des danseurs, et l’on peut y retrouver la griffe esthétique des futurs clips de la (pas encore) chanteuse. Après ça, son amie la commissionne pour filmer la tournée d’Elastica, un exercice qu'elle détestera. Quitte à se mettre à dos les autres membres du groupe, elle leur reproche de ne pas utiliser leur aura médiatique pour faire passer un message. Justine souscrit à son analyse. Les deux se mettent à composer des démos de leur côté. Démos qui serviront de base au son « M.I.A ».

...et a dû retourner au Sri-Lanka pour devenir « M.I.A »

En 2001, pas rassasiée par son expérience auprès d’Elastica et blasée par la superficialité londonienne, elle retourne au Sri-Lanka pour renouer avec ses anciens amis, retrouver sa famille et comprendre ce qu’aurait pu être sa vie si elle y était restée. Caméra au poing, elle capte une communauté encore oppressée, des proches apeurés, blessés par la vie et une guerre larvée qui n’en finit pas. D’abord prévu pour un mois, son voyage se prolonge. À jamais changée par ce retour et sur les conseils avisés d’une grand-mère aimante, ses démos hésitantes prennent vie en revenant à Londres, transformées en projets intimes et personnels où traîne toujours l’ombre du Sri-Lanka. Là-bas et dans sa chair, elle a trouvé sa matière. Une vision et une ambition claire qui lui permettent, alors totalement inconnue, d’ouvrir tranquillement les portes de XL Recordings en s'adressant au dirigeants du label : « Il paraît que vous me cherchez ? »

Il se trouve que oui, et c’est chez eux qu’elle enregistre, sur un clavier à 300 livres, son premier album « Arular » en 2005, qui s’écoule à 100 000 copies. Viendront Coachella, Interscope, les tubes mondiaux. Mais jamais M.I.A ne cessera d’utiliser sa popularité comme une plateforme pour mettre en lumière ce qui la touche au cœur, le sort des réfugiés ou les horreurs perpétrés au Sri-Lanka ces dernières décennies. Et ce, quitte à s’attirer les foudres du gouvernement sri-lankais et d’une partie de la population qui l’accuse de soutenir des « terroristes », les Tigres Tamouls. Certains médias occidentaux sauteront sur l’occasion, allant jusqu’à sous-entendre qu’elle-même est une terroriste, agacés par une pop star qui préfère parler de génocide que de sa nouvelle vie dans les hauteurs de Berverly Hills. Pauvre elle devait se taire, riche elle n’aurait plus le choix. Ce serait mal la connaître.

Le documentaire « M.I.A, réfugiée, activiste et pop-star » sera diffusé cette nuit à 1h15 sur Arte et disponible en streaming jusqu'au 31 août.

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