danser seul c'est bien, avec bagarre c'est mieux

Retour de Bagarre, phase 2 : après un temps de silence et la sortie du clip de « Béton Armé » en novembre dernier, le groupe (re-)revient avec « Danser Seul », deuxième extrait de leur premier album prévu en février.

par Antoine Mbemba
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12 Janvier 2018, 8:02am

C’était il y a plus de deux ans. La France découvrait, mi-médusée, mi-transie d’excitation, d’incompréhension ou de béatitude, un gang de cinq énervés de la clé de sol sur YouTube. En noir et blanc, face caméra et tous habillés en Adidas, les camarades de Bagarre élevaient la voix et donnaient le ton d’un genre nouveau, bien à eux, qu’ils allaient ensuite tabasser sur les estrades françaises, acquérant rapidement une belle réputation de bêtes de scène. Bref, on était, de notre côté, conquis par l’énergie d’Emmaï Dee, La Bête, Mus, Thom Majnun et Master Clap. Par leurs références éclatées, leurs rimes acérées et leur cocktail drôlement addictif. Un mélange conclu dans un EP, en septembre 2015 : Musique de club. Depuis, plus rien.

Enfin, pas exactement : « On a tourné comme des porcs jusqu’à notre soirée à la Machine, en octobre 2016, précise Thom Majnun. C’était vraiment la méga teuf pour finir la tournée qui suivait l’EP. Plutôt qu’un concert parisien classique dans une salle comme la Cigale, ce qu’on va bientôt faire, on voulait revenir dans notre environnement naturel, avec une programmation qui ressemblait à nos rêves, une playlist et des invités éclectiques, à l’image de notre club de rêve. » C’était Piu Piu, Krampf, Violet ou Father. Et c’était les prémisses du clip de « Danser Seul (ne suffit pas) » : l'image d'un club idéal, miroir d’une « société ouverte, diverse, des couleurs de peau et des orientations sexuelles différentes. Pour nous le club doit ressembler à la société que l’on veut. Il est idyllique, on doit y mettre nos rêves. »

Pour ce qui est du clip, véritable célébration de la culture club, de la danse, le groupe s'est entouré de fêtards, de drags, de potes, on est bien loin de l'esthétique des premiers clips. « On avait envie de quelque chose de plus pop, explique Emmaï Dee. On aimait beaucoup l’uniformité des premiers clips, ça allait avec le manifeste de l’époque ; c’était dur, formel. Là, il fallait faire un pas de côté pour s’affirmer avec les couleurs, la danse. » C’était déjà le cas avec « Béton Armé », l’extrait précédent de leur premier album, Club 12345, qui sortira le 23 février prochain. Sur un texte pas forcément facile, évoquant les attentats, Bagarre prenait « le contre-pied de [sa] propre image : en costard et en couleur. »

Pas de panique : Bagarre a peut-être mis du temps à revenir nous vriller le cœur et le tympan, mais c’était pour mieux révéler sa part d'inédit. Après le feu d'artifice qu'a été leur soirée à la Machine, le groupe s'est enfermé dans une maison de campagne pour esquisser son premier album. Une période ponctuée de showcases dans des clubs où ils débarquaient à 2h du matin pour jouer sans instru – rien que leurs voix et des platines. « C’était une phase très pendulaire, se souvient Thom. Grâce à ce rythme on a vraiment énervé le processus créatif. Quand on sortait du silence, on était au fond du bruit. »

Et il paraît donc que « danser seul ne suffit pas ». « Contrairement à ce qu’on peut croire, le club est un endroit de collectif, assure Thom. Où se réunit une communauté qui rêve de la même chose. C’est aussi le théâtre d’une histoire musicale qui est liée à des contextes sociaux… Le club disco à la cause gay, le club punk à une forme de mal-être anglais, etc. » Et contrairement à ce qu’on peut croire, le « club Bagarre » n’est qu’amour. Entrez-y.

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