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Zita porte un t-shirt en coton Dry Clean Only et des boucles d'oreilles en metal doré Eloïse Fiorentino

zita hanrot, l'espoir qui va chambouler le cinéma français

Malou Briand Rautenberg

Tout juste auréolée d'un césar pour son rôle dans Fatima, la jeune actrice française disserte et pose devant l'objectif avec la même sincérité désarmante. Elle nous a parlé du futur et du cinéma : elle l'imagine plus libre, ouvert et féminin. Comme...

Zita porte un t-shirt en coton Dry Clean Only et des boucles d'oreilles en metal doré Eloïse Fiorentino

Il y a quelques mois, Zita Hanrot décrochait le césar du meilleur espoir féminin pour son rôle dans Fatima. Bientôt, on retrouvera la jeune actrice de 26 ans aux côtés de Leila Bekhti, dont elle jouera la sœur, pour le premier film de Yannick et Jérémie Renier et sur le petit écran pour Tank, la nouvelle série produite par Studio Canal. Elle y interprétera une "tueuse à gage gothique avec plein de piercings". Une meuf qui fait peur, en somme. Pourtant, lorsqu'on la rencontre, Zita déboule en jean et gros sweat à capuche sous une pluie battante. Tranquille. Pas du genre à s'extasier sur sa réussite naissante, qu'elle doit selon elle à ceux qui l'entourent et l'épaulent, ni à se formaliser sur l'étiquette d'actrice ethnique qu'on lui colle : lorsque BFM TV l'a estampillée 'première femme noire à remporter un césar', la jeune première, d'origine jamaïcaine, n'a pas fait d'esclandre. Elle a laissé faire en silence et s'est juste étonnée que la France "ait encore besoin de mettre les gens dans des cases". Rien d'étonnant pour celle qui admet sans détour se sentir plus proche des personnages maghrébins qu'elle interprète et de la ville de Marseille, où elle a grandi, que de la Jamaïque qu'elle n'a jamais vue qu'à travers les souvenirs de sa grand-mère. À l'image de sa génération, chaque jour un peu plus décloisonnée, elle ne se soucie pas tellement des frontières qui font état, ni des limites que l'âge ou le genre imposaient encore il y a quelques décennies. Ce qui lui importe, c'est l'avenir. Et plus précisément, celui du cinéma. Zita l'imagine plus libre, ouvert et féminin. Alors en attendant de passer derrière la caméra pour faire jouer ses copines, elle a posé pour i-D et parlé de solidarité féminine. Rencontre. 

Tu as des rôles toujours très affirmés, de femmes fortes qui se battent pour leur indépendance. Tu es comme ça toi aussi ?
C'était vrai jusqu'à maintenant. En ce moment je tourne avec Leila Bekhti, dont je joue la sœur. C'est un rôle très différent de ceux que j'ai eu l'occasion de jouer. Mon personnage est beaucoup plus doux, apathique. Un peu influençable ! Mais je suis très heureuse de changer mon fusil d'épaule et d'épouser la féminité dans tous ses contrastes. Surtout, j'adore Leila Bekhti. C'est une femme incroyable, belle et très douce. J'ai beaucoup d'admiration pour elle, en tant qu'actrice et en tant que femme.

Tu as l'air plutôt bienveillante à l'égard des filles. Non ?
J'adore les filles. Je suis entourée de filles. De manière générale, la douceur et la bienveillance, qu'elles soient féminines ou masculines m'attirent énormément. Et malgré mon statut et ma profession d'actrice, qui me poussent toujours un peu plus dans la compétition, le regard que je porte sur les filles est loin d'être misogyne. Je pense qu'il faut lutter contre la jalousie féminine et préférer l'entraide. J'ai ma petite bande de meufs à mes côtés et c'est pour elles que je veux réaliser, aussi. 

Pour les femmes ?
Oui et mes amies actrices en priorité. J'ai très envie de les voir devant la caméra. Je pense construire mon premier court-métrage autour d'un personnage féminin jeune, dont la découverte de l'amour et de la sexualité chamboule la perception du monde.

Tu penses que le cinéma français manque d'un regard bienveillant à l'égard des femmes ?
Je dirais que c'est en train de changer. Bande de Filles de Céline Sciamma m'a beaucoup touché par exemple. Certains plans m'ont troublé par leur sensualité, libérée de tout prisme masculin. Ce regard qu'elle pose sur la féminité, oui, le cinéma et le monde plus généralement en ont besoin. Je suis toujours un peu interloquée quand je regarde certains films réalisés par des femmes. Certaines réalisatrices portent en elles un message tout sauf tolérant à l'égard de leur propre sexe. Presque misogyne. Voir une femme filmer une femme qui morve ou pleure sur un plan qui dure l'éternité, je considère que c'est assez ingrat - voire autodestructeur. Je suis pour un regard féminin doux, bienveillant à l'égard des femmes. Ça ne m'intéresse pas de voir une femme soumise devant la caméra - je la préfère forte et libre.

Zita porte un sweat-shirt en coton Acne Studios

Les réalisatrices françaises sont souvent cantonnées à des films d'auteur, très intimistes. Tu penses qu'elles s'imposent des limites dans le milieu du cinéma ? 
On a tellement mis dans la tête des femmes qu'elles ne pouvaient faire que ça dans l'histoire du cinéma, qu'il est normal qu'elles s'y cantonnent. Mais quelques femmes dérogent à la règle : je pense à Alice Winocour, dont le film Maryland, va à l'encontre de ce qu'on nomme à tort "le cinéma féminin". Elle s'est emparée des thèmes qu'on a toujours octroyés aux hommes : la violence, la brutalité, la guerre... L'autre film qui m'a marqué, récemment, c'est Fidelio, réalisé par Lucie Borleteau. L'histoire d'une femme marin qui s'engage comme mécanicienne sur un vieux cargo et dont l'intrigue même renverse tous les stéréotypes liés au genre. Quant à une amie proche, elle réalise en ce moment une série sur des gros trafiquants de drogue. Donc les femmes ont le pouvoir de renverser les codes. non, le vrai problème, c'est qu'au cinéma comme au théâtre, les femmes sont moins payées et doivent se battre pour obtenir la même chose que les hommes. Les metteuses en scène auront toujours moins de budget pour leur spectacle que leurs homologues masculins - les chiffres le prouvent. Pour autant, je ne pense pas que la caméra ait un genre. Je me suis moi-même surprise tout récemment à regarder le film From Nowhere en pensant qu'il avait été réalisé par une femme, tant sa sensibilité et son esthétique m'ont frappée. C'était un homme. 

Tu te considères comme féministe ?
Non, pas tant que ça. Je défends les femmes et je me bats contre l'oppression, qu'elle soit envers un sexe, une ethnie, un peuple, une religion. Hier, j'ai croisé des FAF dans le métro. Ils étaient tous très jeunes, baraqués, crâne rasé, sapés en polo et jeans retroussés. L'un d'eux avait carrément une carte de France tatouée sur le bras. Cette violence visuelle là, elle me touche évidemment. Comme la haine engendre la haine, je n'ai rien fait, je n'ai rien dit. Mais le féminisme, non. ce mot est déjà trop clivant pour moi. Je suis pour l'égalité des sexes et je considère que le cinéma est une forme de militantisme qui peut avoir autant voire plus d'ampleur qu'un discours politique.

Je sais que tu t'es indignée des propos de BFM TV à la remise de ton césar... Tu rejettes aussi tes origines jamaïcaines ? 
Je ne connais pas la Jamaïque, ma mère est née à Londres, de parents immigrés. Ma grand-mère a quitté la Jamaïque en pensant qu'il y aurait plus de boulot en Angleterre, elle est partie pour la capitale dans les années 1960. Elle a eu ma mère, qui a passé toute son adolescence là-bas. On me demande toujours mes origines en France mais je ne connais ni le passé ni l'histoire de la Jamaïque. Franchement, depuis Fatima et de Sas en Sas, dans lesquels je jouais de jeunes maghrébines, je me sens beaucoup plus Arabe que Jamaïcaine. À Marseille où j'ai grandi, tu peux entendre du Comorien, de l'Arabe, du Marseillais. À l'école, toutes les origines et les langues se mélangeaient. Je ne me revendique pas d'une origine ou d'un peuple. En France, les gens ont encore besoin de te mettre dans une case, de savoir exactement d'où tu viens, comme si nos origines dictaient à elles seules notre personnalité. Je me suis sentie patriote lors des attentats, comme tout le monde finalement. Sinon, je suis loin d'être attachée à ce genre de valeurs. J'ai grandi à Marseille, je vis à Paris, je voyage à Londres, je viens de Jamaïque mais sur le plateau, je suis Algérienne ou Marocaine. 

Tu as un rêve en ce moment ?
Tous les matins, je fais un vœu. Je souhaite d'être heureuse. Ce qui est assez malin, parce que ça englobe tout. C'est un peu un package d'escroc. C'est mon côté Miss France, "je veux le bien du monde"! D'ailleurs, j'ai rencontré Sonia Rolland et je suis tombée folle amoureuse d'elle ; quand elle arrive dans la pièce, tu ne vois qu'elle. J'ai passé la soirée à la regarder. Elle vient de réaliser un court-métrage et a monté sa boîte de prod dans laquelle elle n'embauche que des femmes. Sans la connaître, je ne m'y serais pas attendue. Donc je pense que mon rêve, c'est de parvenir à comprendre les gens, sans les juger ni les envier. 

Et comment on fait pour ne pas envier les autres ?
Je me pose encore la question. C'est difficile avec tout le versant mondain de ce milieu, d'accepter de ne pas plaire à tout le monde. Je suis très sociable donc j'ai tendance à m'épancher sur ma vie avec beaucoup de spontanéité. J'adore parler aux gens donc j'ai du mal à ne pas me donner aux autres. Mais le plus dur, dans ce milieu, c'est de lutter contre le bitching. Heureusement, j'ai des amis très proches, un vrai crew qui m'épaule. Quand on est bien entourés, on s'en sort plus facilement. Il faut être dans l'empathie. Un jour, j'ai rencontré une metteuse en scène qui m'a dit qu'un bon acteur est avant tout celui qui comprend son personnage. C'est valable pour le cinéma, mais ça l'est aussi pour le monde. Il faut comprendre et aider les autres. La solidarité peut être un pilier. Mon mec m'a toujours dit qu'il ne fallait "ni rire, ni pleurer mais comprendre". Je trouve cette phrase très juste. 

Zita porte un sweatshirt Vintage de chez Kilo-shop, Collier en metal doré Eloïse Fiorentino

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographie : Ruggiero Cafagna
Stylisme : Haruka Suzuki
Coiffure : Shuco Sumida 
Maquillage : David Lenhardt 
Technicien digital : Benjamin Roulet 
Assistants photographe : Sandro Volpe, Dani Bastidas
Assistante styliste : Maki Kimura
Stagiaire stylisme : Yuka