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comment survivre à la fiac (en 7 points capitaux)

L’automne à Paris : les feuilles tombent, le mercure chute, mais la tension monte déjà. Le temps d’une semaine, du 22 au 25 octobre, la FIAC fait de Paris la capitale internationale de l’art. Notre guide.

par Ingrid Luquet-Gad
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20 Octobre 2015, 3:05pm

Epicentre de la tempête arty qui s'est abattue sur Paris, la FIAC a pris ses quartiers sous la nef du Grand Palais depuis 2006. Cette année, on y retrouvera 172 galeries qui joueront du coude à coude pour présenter les oeuvres de quelques 3000 artistes. Du 22 au 25 octobre, la coupole de verre et d'acier se transforme en ruche bourdonnante d'activité, où le gotha du monde de l'art se presse, se pâme et parade.

1. Savoir dire non

Mais la FIAC, ce n'est pas que la FIAC. Pour qui désire échapper à l'effervescence, pour qui l'enthousiasme mi-syndrome de Stendhal mi-Ruinart de 10h du mat' pétille un peu trop, les foires off proposent une myriade d'alternatives. Pour le off moins show-off, rendez-vous à (OFF)ICIELLE, la petite soeur de la FIAC installée sur les Docks à la Cité de la Mode. Parmi les initiatives indépendantes, la jeune création se donnera rendez-vous à Slick, Cutlog ou encore à la YIA, où l'on retrouvera comme chaque année une sélection de très jeunes artistes et une ambiance école d'art plus décontractée.

2. Ne pas oublier qu'on est (ou qu'on a été, enfin qu'on reste quand même un peu) un pays de révolutionnaires

Mais pour cette édition, la petite nouvelle et grande nouveauté s'appelle "Aaaahhh !!! Paris Internationale". Un titre qui interpelle pour un projet radical et tout nouveau, mis sur pied en quelques mois à peine et installé dans un ancien hôtel particulier abandonné en plein 16e. À sa source, une poignée de galeries désireuses de sortir du modèle de la foire. Six parisiennes (Crevecoeur, Antoine Lévi, High Art, Samy Abraham, Sultana et Triple V) et une helvète (Gregor Staiger) se sont associées pour proposer un projet plus intimiste et collaboratif. Résultat ? Une quarantaine d'exposants pour la première édition à l'esprit un peu frondeur - le nom est d'ailleurs un clin d'oeil à l'Internationale Situationniste.

3. "Ouais je connais, j'ai fait un truc dessus y'a un an"

Comme chaque année, mais un peu plus encore cette année, toute une série d'événements annexes viennent surfer sur la vague et profiter de l'énergie de cette semaine marathon. Certes, il y a toute la programmation off de performances et de sculptures en plein air, aux Tuileries et au Louvre. Mais aussi des secrets bien gardés et des spots bien planqués, là où il fallait être avant que ça soit devenu cool. On vous dit où.

D'abord, direction La Plage, un nouveau project space qui ouvrira durant la FIAC avec un solo-show du suédois Ilja Karilampi. Porté par trois jeunes femmes dynamiques, Valentina Cipullo, Francesca Mangion et Sini Rinne-Kanto, le lieu, une vitrine de poche en plein boulevard Saint Martin, est une plateforme d'exposition qui se disséminera à travers l'espace parisien en venant organiser des événements hors les murs, des concerts et des performances. Pourquoi « La Plage » ? Pour suggérer l'implantation d'un espace imaginaire et artificiel en plein coeur d'un des boulevards commerciaux les plus fréquentés de la capitale. Ensuite, on file à DOC, nouveau lieu mystérieux (en fait, on en sait nous-mêmes pas vraiment plus). Ce qu'on en sait pour l'instant, c'est que tout le monde parle déjà de l'expo inaugurale, qui réunira certains des jeunes artistes les plus stimulants du moments - dont Xavier Antin, Pierre Ardouvin, Antoine Donzeaud, Mimosa Echard, James Lewis ou encore Julien Sirjacq.

4. Oser dire qu'on aime pas (ou plus) le jaune

Le Bal Jaune, c'est la fête officielle de clôture de la semaine de la FIAC organisée par la Fondation Ricard. On y décerne aussi le Prix Ricard à l'un des six artistes ou duo d'artistes nominés (cette année, David Brogon et Stéphanie Rollin ; Julien Dubuisson ; Grace Hall ; Florian Pugnaire et David Raffini ; Thomas Teurlai). Aujourd'hui, le Bal Jaune est une rock star fatiguée : les plus anciens l'ont vu dans son état de gloire, mais pour les plus jeunes, sa splendeur a perdu de son lustre. Alors si l'on n'aime pas le Ricard (on a testé, les cocktails avec du Ricard ont quand même un goût de Ricard) et qu'on peut très bien attendre le lendemain pour savoir à quel artiste a été décerné le prix Ricard, les alternatives ne manquent pas.

5. "Tu m'invites à ta boum ?"

On peut d'abord organiser une boum chez soi, avec les disques dont on aura au préalable fait l'acquisition sur le stand de l'artist-run space parisien Treize, qui transforme son stand à Paris Internationale en une boutique de disques. Le principe de la sélection ? Constituer une sorte de rétrospective des activités du lieu, qui mêle expos et concerts, en proposant les disques des labels et musiciens qui ont pris part à la programmation : Low Jack, Le Non Jazz, JC Satan, cheveu, Jessica93, Philippe Laurent, SDZ Records et bien d'autres.

6. Be Fabulous

On peut aussi aller faire un tour à "Valse Opale", la fête d'ouverture de Paris Internationale organisée par le curateur Vincent Honoré, qui a conçu une série de tableaux vivants pour transformer la foire en club. Hantée par le souvenir des années folles de l'avant-garde, la soirée accueillera performances (Renaud Jerez) et concerts (La Femme, Mathilde Fernandez). Le dress-code ? Diva. Be fabulous !

7. Il n'y a pas que l'alcool dans la vie, y'a l'anthropocène et les théories du réalisme spéculatif aussi. Non mais oh.

Même si on adore l'idée de pouvoir boire en journée sans s'attirer de regards de travers, on aime aussi beaucoup la philo et les choses de l'esprit. Aux Beaux-Arts de Paris, l'artiste Alex Cecchetti orchestre la seconde édition du cycle de conférences "Voices of Urgency". Le thème cette année ? La rencontre entre art et science, à travers le dialogue entre des artistes, scientifiques et chercheurs. Il sera question de certaines questions qui préoccupent particulièrement les artistes en ce moment, notamment l'anthropocène et les théories du réalisme spéculatif, qui se demandent comment penser le monde sans tout ramener à l'humain (ou à sa gueule de bois de fin de FIAC).

À Paris Internationale encore, la revue d'art germano-anglaise Spike Art Quaterly, toujours à la pointe, organise trois rencontres autour de l'état de l'art aujourd'hui : ses liens avec la mode, l'impératif de préserver un horizon critique dans un monde bureaucratisé, et enfin les similarités entre art et l'économie de start-up. Le programme est stimulant et les invités peu vus en France (il y aura par exemple K-HOLE, l'agence de consulting qui inventa le "normcore"). L'occasion de vérifier si le dress-code "diva" fonctionne aussi pour aller en conf.

Kit de survie :

FIAC 2015 du 22 au 25 octobre au Grand Palais

(OFF)ICIELLE du 21 au 25 octobre à la Cité de la Mode et du Design

Paris Internationale du 20 au 24 octobre au 45 avenue d'Iena, Paris 16e

La Plage, expo « Truss Mi Daddy » d'Ilja Karilampi du 21 octobre au 23 novembre au 25 boulevard Saint Martin, Paris 3e

DOC, expo d'ouverture du 23 octobre au 7 novembre au 26 rue du Dr Potain à Paris 19e

« Valse Opale » à Paris Internationale, le 21 octobre de 20h à 23h30

« Voices of Urgency » du 22 au 25 octobre de 18h à 20h à la Chapelle des Petits-Augustins aux Beaux-Arts de Paris, 14 rue Bonaparte, Paris 6e

Spike Conversations à Paris Internationale, le 21 octobre à 19h, le 22 octobre à 17h et le 23 octobre à 17h

Credits


Texte : Ingrid Luquet-Gad
Photographie : Walter Pfeiffer, Untitled, 2007, tirage jet d'encre sur papier photo mat 180grs, 60x40 cm courtesy Galerie Sultana 
www.galeriesultana.com