junior boys, quand l'électro-cloud s'exporte à paris

i-D a passé un moment avec le duo canadien pour parler techno, drogues et plaisirs coupables. Rencontre.

par i-D Staff
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24 Février 2016, 10:00am

Big Black Coat, c'est le nom du dernier album de Junior Boys et c'est ce qu'on portait mercredi dernier pour combattre le froid polaire qui soufflait sur la terrasse du Point Ephémère. Ce froid qu'on ressent dans les compositions du duo canadien composé de Jeremy Greenspan et Matt Didemu. La paire puise dans un électro sombre, né le long de la Rust Belt américaine et parvient à en révéler le versant poétique et dansant. Nous avons profité de leur passage à Paris pour parler drogues, techno et plaisirs coupables. 

À quand remonte votre dernier concert à Paris ?
Jeremy Greenspan : C'était il y a quatre ans à la chaufferie de la Machine du Moulin Rouge. On est aussi passés au Showcase mais ça ne s'est pas très bien passé… on a eu des problèmes de son.

Oui on s'en rappelle, et l'ambiance était un peu…
Matt Didemus : Je pense que tout le monde a été un peu déçu de cette soirée.

Ça a été difficile de retourner en studio ensuite ?
JG: Oui, la première raison étant que Matt vit à Berlin (depuis presque 10 ans) et moi à Hamilton, au Canada.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
JG : Principalement parce qu'on travaillait sur d'autres projets, avec d'autres artistes. J'ai travaillé avec Jessy (Lanza). On a commencé à travailler sur des morceaux mais on n'était pas satisfaits du résultat. On a préféré attendre un peu que ça sorte.

Comment sont venus les premiers morceaux de cet album alors ?
JG : D'abord, il y avait des chansons qu'on jouait déjà en live à la fin de notre tournée qu'on a finalisées et enregistrées. Matt est venu me voir au Canada mais ça a pris beaucoup de temps. J'avais un peu perdu l'envie et l'inspiration pour Junior Boys. C'est en travaillant sur l'album de Jessy que j'ai retrouvé l'excitation et l'énergie pour mes projets perso.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer d'où vous venez et quelle influence ça a eu sur votre musique ?
JG : On vient d'une "petite" ville ouvrière (de 500 000 habitants) au Canada. C'est une ville qui pourrait ressembler à Pittsburgh aux États-Unis. Hamilton a connu un peu le même sort que les villes de la Rust Belt américaine.

Et vous pensez que votre musique est à l'image de cette ville ?
JG : Oui bien sûr. On s'est imprégnés de son atmosphère. La culture musicale de Détroit qui n'est pas loin nous a beaucoup influencé aussi.

Votre musique s'inspire clairement de la musique techno. Est-ce que vous vous intéressez aussi à la culture club ?
JG : Déjà, la scène clubbing d'Hamilton est inexistante. Il faut aller à Toronto pour ça. Mais pour te répondre franchement, je n'ai jamais été intéressé par la scène club. Je suis plutôt issu des mouvements rave des années 90. Une des raisons aussi c'est qu'on n'a jamais vraiment aimé picoler ou prendre de la coke. D'ailleurs, on ne servait pas d'alcool dans les raves party, ça les aurait rendues encore plus illégales.

Donc pas de drogues ?
JG : Si bien sûr. Tout le monde était sous acide ou sous ecstasy. Pour moi, c'était une bien meilleure ambiance. Les gens s'intéressent beaucoup plus à la musique comme ça. 

MD : Les gens sous acide ou sous ecsta sont généralement beaucoup plus sympas aussi.

Quels sont les artistes de la scène canadienne que vous appréciez le plus ?
JG : On est très proche de Egyptrixx et de Caribou, qu'on connaît depuis toujours puisqu'on vient de la même ville. D'ailleurs Azari & III et Orphx viennent eux aussi d'Hamilton.

Quels sont les artistes français que vous écoutez le plus en ce moment ?
MD : J'aime beaucoup le duo français Nummer.

JG : J'aime particulièrement Stellar Om Source. On aime aussi beaucoup le son de Bambounou et de French Fries, qui ont une culture hip hop et dance qu'on adore. "I wanna see you vogue bitch !

Beaucoup de gays écoutent votre musique et viennent voir vos concerts. Comment expliquez-vous ça ?
JG : Je pense que ça vient de notre intérêt pour la musique gay. Plein de gens essayent de prétendre que ce n'est pas une part très importante de l'histoire de la dance music. Il peut y avoir un côté très macho dans la musique électronique : prenez la UK dance music par exemple. Mais quand on regarde du côté des origines de la house et de la techno, cette musique et née dans les clubs gays, c'est important d'en être conscient.

Est-ce que vous faites des choix particuliers sur votre identité visuelle ? 
JG : Il y a toujours eu une certaine tension et des désaccords avec notre label au sujet de notre identité visuelle ou pour nos clips. Une des remarques qu'on entend le plus fréquemment c'est : "Oh ! je ne pensais pas que vous ressembleriez à ça". Les gens nous imaginent suédois et sophistiqués alors qu'en fait on est plutôt négligés. À un moment notre label nous avait demandé de faire des efforts vestimentaires alors j'ai commencé à acheter les trucs les plus pourris possibles.

Vous auriez peut être du porter des masques comme les Daft Punk ?
JG : Je pense que ça aurait été malin oui. Mais on aurait du faire ça dès le début. Je suis incapable de reconnaître beaucoup de mes héros musicaux si je les croise dans la rue !

MD : On aime ce côté sans visage de la musique électronique.

En musique, auriez-vous des plaisirs coupables à nous faire partager ?
JG : Bien sûr, mais on les appelle juste "plaisirs".  Je dirais Jealous, la dernière chanson de Nick Jonas par exemple. Parfois tu détestes un groupe par dessus tout mais il y a une chanson que tu adores… comme cette dernière chanson de Maroon 5. 

MD : Ok Jonas je peux comprendre mais désolé, Maroon 5 je ne peux pas cautionner. Je pense que pour parler de plaisirs coupables aujourd'hui il faut trouver quelque chose de vraiment mauvais. C'est facile de dire "j'aime secrètement Beyonce". C'est comme Phil Collins ou Robert Palmer, c'est génial.

Credits


Interview : Fadhel Azouzi et Emmanuel Libet
Photographie : Rainer Torrado

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