chloe x halle, les soeurs surdouées qui font vibrer beyonce

À seulement 18 et 16 ans, Chloe et Halle Bailey sont les talentueuses protégées de Beyonce, ce qui leur vaut de faire la première partie des concerts titanesques du Formation Tour, sans ciller. On est allé à la rencontre de ces deux filles...

par Antoine Mbemba
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25 Juillet 2016, 11:40am

Évoluer dans la musique avec Beyonce comme mentor attentionné, c'est sûrement rassurant. Mais se retrouver en l'espace de quelques mois en première partie du Formation World Tour à ouvrir pour Be' dans les stades combles du monde entier, ça peut faire peur. Et pourtant, quand on les rencontre le 20 juillet, la veille de leur concert au Stade de France, Chloe (18 ans) et Halle (16 ans) Bailey sont plus qu'à l'aise. Davantage électrisées par leur première venue à Paris que par les 80 000 spectateurs qu'elles devront chauffer le lendemain. Ce qu'elles ont finalement fait avec une aisance assez déconcertante. 

À leur contact, on saisit assez vite le choix de notre Queen (à tous) de les signer sur son label, Parkwood. Elles sont habitées. Elles ont une mission, répandre l'amour, partager leur(s) don(s) avec le monde, rendre heureux leur auditoire, inspirer les foules comme Beyonce les a inspirées. Un cercle vertueux qui s'accompagne d'une sonorité pointue et déjà bien singulière. Un r'n'b qui prend au rap, à la pop, au jazz de Billie Holiday qu'admire Halle au-delà de tout. En interview, alors que leur journée épuisante manque de se terminer, les sourires sont encore sincères, les réponses toujours passionnées et l'éloquence loin d'être adolescente. Les sœurs surdouées semblent traverser un rêve éveillé, et elles ont la gentillesse de nous le faire partager. 

Parlez-moi un peu de vous. D'où vous venez, comment vous êtes tombées dans la musique ?
Chloe : Ma soeur et moi on est nées à Atlanta, on a grandi à Atlanta, et on a toujours aimé la musique. Au-delà du fait de faire de la musique, en écouter tout simplement, ça nous a toujours fait beaucoup de bien. Nos parents passent de la super musique à la maison, genre Jill Scott, Robin Thicke, Marvin Gaye, Whitney Houston... On a grandi en écoutant tout ça. Je pense que ça nous a inspiré d'une certaine manière. Je me rappelle du premier concert auquel on est allés. C'était Beyonce, Alicia Keys et Missy Elliott. Voir toutes ces femmes sur cette scène, à 5 ans, ça a été le déclic pour moi. C'est là que j'ai su que je voulais faire comme elles, monter sur scène.
Halle : Moi, c'est le jazz qui m'a toujours inspiré. À 5 ans j'ai découvert Billie Holiday. C'est elle qui m'a appris à embrasser ma voix singulière.

Comment vous vous sentez quand vous montez sur scène et que vous vous mettez à jouer ?
Chloe : Je suis toujours très nerveuse avant un concert. Après je pense que c'est l'énergie dont j'ai besoin pour être efficace. Mais quand on monte sur scène, ce qu'on ressent c'est la liberté. On peut s'exprimer d'une manière très singulière, comme on ne pourrait jamais s'exprimer dans un contexte plus normal. Je suis quelqu'un de très sensible, mais j'ai l'impression de devenir très forte quand je monte sur scène.
Halle : Monter sur scène ça nous libère. C'est vraiment très drôle, très plaisant. On s'amuse, on saute dans tous les sens. Chloe créé ses beats sur scène, moi je fais des loops avec ma guitare... C'est une célébration de la musique.

C'est quoi le thème qui revient le plus dans vos chansons ?
Chloe : Ce qui revient le plus je pense, c'est l'importance de rester positifs. Peu importe ce qui arrive, il faut vivre la vie pleinement. Sans barrières, sans frontières. Je pense que c'est le message sous-jacent à toutes nos chansons. On veut que les gens se sentent bien, se sentent libres, parce que la musique nous donne cette même liberté.

Chloe, c'est toi qui a produit "Drop", c'est super. Comment ça t'es venu, qu'est-ce qui t'as inspiré ?
Chloe : Merci ! Ma soeur et moi on finissais une chanson et on voulait repartir sur une idée toute fraîche. La mélodie est venue assez naturellement, j'ai trouvé ça cool, et contagieux ! Donc j'ai continué en partant de ça, j'ai rajouté des snaps, des percussions assez simples, et ça s'est construit naturellement. C'est une de mes premières instru dans laquelle j'ai eu vraiment confiance. C'est aussi la première chanson qui a vraiment modelé notre sonorité. Après ça, on se demandait toujours ce qui allait avec "Drop".
Halle : On était juste posées dans notre salon, on s'amusait, et quand Chloe a commencé à jouer ça, on a senti quelque chose. On s'est enregistré avec la webcam de notre ordinateur. On s'enregistre toujours, au cas où on perdrait nos idées. C'est vraiment marrant à regarder. Chloe lance le beat, je me ramène dessus avec ma guitare et on se lâche. C'est marrant de voir notre bébé devenir quelque chose d'aussi beau.

Comment vous décririez votre relation à toutes les deux - quand vous faites de la musique, quand vous n'en faites pas, ça change ?
Chloe : Non, ça ne change pas. On est les meilleures amies du monde. C'est ma petite soeur, mais quand on bosse ça ne compte plus vraiment. Ses idées sont incroyables. J'ai l'impression que certaines des miennes sont pas mal aussi ! (rires) Et quand nos idées se rejoignent ça fait quelque chose de magique. Je suis convaincue qu'avoir deux têtes, c'est mieux qu'une seule.
Halle : Je suis vraiment contente de pouvoir faire ça avec ma soeur, parce que la musique, c'est personnel, dans tous les sens du terme. Quand tu créé, ça doit venir de profond en toi. Donc je suis contente qu'on se comprenne toutes les deux.

Selon vous, qu'est-ce qu'il y a de mieux dans le fait d'être jeune en 2016 ?
Chloe : Le mieux, selon moi, c'est qu'on a peur de rien. On a cet esprit : "Fais ce que tu veux faire aujourd'hui, parce qu'il n'y aura peut-être pas un demain". C'est très important, de constamment se demander : "Est-ce que je suis content de tout ce que j'ai fait de ma vie, jusque là ?" Si la réponse est non, il faut se bouger et faire quelque chose de grand, de fou, de marrant, tout en restant soi-même. Être jeune, c'est vraiment génial.
Halle : Ce que je préfère dans le fait d'être jeune, c'est que tout ce qu'on fait, on le fait pour la première fois. Je me souviendrais toujours de ces moments. Venir à Paris, par exemple ! Je pense que je reviendrais, mais je me souviendrais particulièrement de ce premier voyage.

Vous ne pensez pas que le succès que vous avez, la célébrité, puisse vous priver d'une partie de cette jeunesse ?
Chloe : Ça pourrait être le cas. Mais la manière dont on veut vivre, et la manière qu'ont eu nos parents de nous élever font qu'on a simplement envie de s'amuser. La musique c'est ce qu'on fait, c'est notre boulot et ça ne se mettra jamais sur le chemin de la vie qu'on veut mener, pleinement.

Et ça fait quoi, d'être sous l'aile de Beyonce, l'un des plus grandes icônes de l'époque ?
Halle : On passe notre temps à se pincer, à vérifier qu'on n'est pas en train de rêver. C'est vraiment génial d'être sous l'aile d'une femme comme elle, qui est passée par toutes les étapes que nous traversons en ce moment. Elle peut nous dire ce qu'elle aurait fait si elle pouvait revenir en arrière et tout recommencer. C'est un super privilège ! Le seul fait d'être citées dans la même phrase qu'elle, c'est dingue. C'est une femme formidable.

Vous pensez qu'en tant que femme noire, elle a ouvert la voie à des jeunes filles comme vous ?
Chloe : Totalement. Elle est tellement forte, et gracieuse à la fois. Je pense que ces deux choses, sont ce qui fait d'une femme une femme.
Halle : On veut inspirer les gens, comme Beyonce nous a inspiré. On veut faire comme elle, partager notre don avec le monde.

Chaque année avec vos parents vous faites un "tableau de visualisation" où vous collez des photos de vos rêves et espoirs pour l'année à venir. Qu'est-ce que vous y avez mis l'an dernier ?
Halle : C'est marrant, on avait mis un stade sur le tableau, avant même d'être au courant pour le Formation Tour. Quand on a su pour la tournée, on était dingues. C'est fou, toutes ces choses que l'on met sur ce tableau et qui finissent par prendre vie... C'est une tradition familiale, on le fait tous les 31 décembre. Toute la famille, même notre petit frère de 10 ans. On y met nos objectifs, nos aspirations, et rien n'est jamais trop gros ou trop petit. Il n'y a pas de limites.

Qu'est-ce que vous espérez y coller l'an prochain ?
Chloe : Un Grammy Award ce serait super ! Et, continuer à grandir en se réinventant constamment.

On a parlé de Beyonce, de Billie Holiday, je crois savoir que vous aimez beaucoup et que vous avez rencontré Michelle Obama. Des femmes fortes et engagées. Vous vous voyez vous engager d'une manière ou d'une autre, via votre art ?
Chloe : La musique reste le meilleur moyen de faire passer un message, à plein de gens. La musique peut toucher plein de coeurs. Même pas besoin de parler la langue pour être touché, parfois. Ma soeur et moi on veut toujours donner beaucoup, rendre ce qu'on nous donne. On veut faire entendre notre voix dans certaines fondations, certaines oeuvres de charité... Donc oui. Michelle Obama est un modèle exemplaire en ce sens. Elle s'attache constamment à éveiller les consciences.

Je vous ai demandé ce qu'il y avait de mieux à être jeune en 2016. Qu'est-ce qu'il y a de pire dans le fait d'être jeune, en Amérique en 2016, dans le climat américain actuel, les élections qui arrivent, est-ce qu'il y a une peur du futur ?
Halle : Je n'ai aucune peur liée au fait d'être jeune en Amérique aujourd'hui. On est toujours en quête de nouvelles idées. On est forts et créatifs. Je pense que l'art sera toujours primordial, que l'art sera toujours vu et plus important que le reste. Donc oui, il se passe beaucoup de choses en Amérique, comme partout dans le monde, mais l'Amérique c'est aussi une jeunesse, créative, qui n'a pas peur de briser les barrières, d'enfoncer les portes, et ça nous sauvera toujours.

Vous pensez que la musique peut changer le monde ?
Chloe : Absolument ! Tout le monde peut aider à changer le monde. Il faut faire entendre sa voix, et ne jamais se dire "Une personne, ça ne changera rien". Si tous les gens du monde essaye de changer quelque chose, ça change !

Qu'est-ce que vous souhaitez au monde, en 2016 ?
Chloe : De la joie, de l'amour, de la paix.
Halle : La joie et la paix dans le monde.

Et qu'est-ce qu'on peut vous souhaitez à vous, pour demain, les mois à suivre, les dix années à venir ?
Halle : On est vraiment submergées de tout l'amour et le soutien qu'on reçoit des gens...
Chloe : Tout ce qu'on veut, c'est leur amour !

Credits


Texte Antoine Mbemba
Photographie Max Papendieck

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