ce qu'il faut retenir des défilés homme londoniens

Londres a donné le départ des défilés homme. La saison automne/hiver 2017 commence fort : la capitale de mode la plus débridée semble avoir donné le ton. La mode sera courageuse, magique, profonde et tolérante, en réaction à un monde qui se replie sur...

par i-D Staff
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10 Janvier 2017, 10:35am

La grâce de Wales Bonner (photo ci-dessus)

Chaque saison, la dernière lauréate du prix LVMH affine son propos. Lumineuse, sa mode découle d'une véritable pensée et d'une vision du monde ancrée au plus profond de nos inconscients. Qui que l'on soit et d'où que l'on vienne. La collection, en apparence moins focalisée sur la définition de la masculinité noire britannique, vient piquer à la Renaissance des attitudes, des énigmes et des manières. Les lignes se simplifient et les cravates remplacent les perles. Pourtant, l'homme dessiné par Wales Bonner ne change pas : il est la grâce. L'élégance n'est pas l'apanage d'une culture ou d'une époque, c'est une qualité humaine. La preuve avec Grace Wales Bonner.

J.W.Anderson est un génie

Génial. Le mot est galvaudé, on en conviendra ; notre époque a souvent tendance à tomber dans l'hyperbole. Sauf que Jonathan Anderson est vraiment génial. Un génie, c'est un voleur de feu, un démon qui préside à la destinée d'un homme. Et, en l'occurence, à celle de la mode. Depuis des années maintenant, il questionne en profondeur notre système de représentation et nos croyances pour toujours nous pousser un peu plus loin. En l'occurence à la croisée des mondes, entre mailles païennes et vitraux d'églises, kids de toujours et troubadours, chevaliers et nouveau-nés, le futur fusionne, pur et pudique. Si l'homme de 2017 concède à s'habiller comme ça, rien ne lui arrivera. Même pas la guerre.

La full fantasy de MAN

Cette semaine, l'enfant prodige (et cinglé) de la mode anglaise présentait une échappatoire, une issue vers un monde fantastique où les mots Brexit, Trump et xénophobie seraient prohibés. Ce monde, Jeffrey l'a peuplé de silhouettes hybrides, de danseurs couverts de boue et de créatures - mi-monstres mi-déités modernes - en papier mâché. Pour parfaire ce monde, il fallait penser à des uniformes, des armures même : des vestes aux épaules exagérées, des combinaisons tout-terrain, des masques peints à même les visages foulaient le podium. Finalement, c'est une armée de guerriers que Jeffrey a rassemblée, avec pour cri de guerre deux mots simples : Full Fantasy. En coulisses, le créateur confiait à i-D :« Full Fantasy est une réaction à tout ce qu'il se passe en ce moment dans le monde (…) Nous ne faisons plus confiance aux médias, nous ne croyons plus aux discours des politiques, alors pourquoi ne pas commencer à vivre dans un monde fantasmé ? Parce qu'en fait, la réalité est devenue insupportable. »

Martine Rose, femme des années 80

Pour son retour à la fashion week de Londres, la créatrice a choisi de défiler dans le marché de Seven Sisters situé à Tottenham, au nord de la capitale - quartier touché par une violente vague d'émeutes en 2011. Mains dans les poches, démarche nonchalante, les boys de Martine Rose ont la moitié du visage caché par une mèche de cheveux ultra lissés pour l'occasion. Clin d'œil à Phil Oakey chanteur du groupe The Human League qui connut un grand succès dans les années 80. Il y a des années 80 aussi dans la coupe et les tissus. Des chemises en satin brillant, des cravates banales, des pochettes attachées à la ceinture façon sacs banane, des teintes pistache, saumon, jaune citron… Mais aussi des vestes de tailleur à la carrure exagérée et quelques parkas de ski - qui rappellent un certain Demna que Martine conseille chez Balenciaga. Différents archétypes masculins apparaissent : banquiers à la American Psycho, chauffeurs de bus, cadres sups. Mais comme à son habitude, Martine Rose ne verse pas dans la caricature mais dans la subversion.

Craig Green a levé son armée de sages

Durant cette dernière fashion week londonienne, la mode a réagi à l'état actuel du monde. Le ton est donné et cette saison sera hyperbolique et politique. Si des créateurs ont décidé de quitter le réel pour embarquer vers le cosmos, d'autres, comme Craig Green, ont préféré affronter la réalité. Depuis quelques années, Green développe une vision très utilitariste de la mode, tout en monochrome, en combinaisons et en matières futuristes. Un continuum qu'il fait évoluer chaque année selon une équation précise. Une constance qui se fait rare. Le créateur, élu meilleur designer aux Fashion Awards 2016, proposait pour cette nouvelle saison une garde-robe militaire-pacifiste en réponse aux événements qui ont fait trembler le monde ces derniers mois. Des armures matelassées et ceinturées, des ensembles techniques monochromes, des pans d'étoffes brodées en suspens qui imposent de regarder vers l'Est et le grand Orient. Comme si la réponse à nos maux se trouvait dans une sagesse ancestrale voire primitive. Un retour sans régression.

Le bling baroque d'Astrid Andersen

Comment sortir du lot quand 120 designers présentent leur collection en seulement 4 jours à Londres ? Astrid Andersen a choisi la voie de l'opulence. La créatrice danoise aime le hip-hop et ça se voit. La musique fait partie intégrante de son univers. Et elle a ses fans : A$AP Rocky, Rihanna, Wiz Khalifa, Drake… L'an dernier c'était le français Brodinski qui signait la bande-son de son défilé. Pour sa nouvelle collection, c'est une orgie des matières : parkas en vison luisant, bérets gold portés à l'envers, tops en dentelle doré, kimono flottant en imprimé soie. C'est un streetwear richement travaillé que présente la créatrice. Avec des détails bling : impressions léopard, lunettes monture écaille… et plume extra-longue en mono boucle d'oreille qui virevolte à chaque enjambée des mannequins. Et des survêtements en velours côtelé en guise d'oxymore stylistique, le mélange de la rue et du conservatisme en somme. Les boys d'Astrid Andersen ne connaissent pas la crise.

Christopher Shannon est en stress constant.

Christopher Shannon est un designer imprévisible, on guette avec d'autant plus d'impatience chacune de ses collections. Rangée au placard la nonchalance des micro-shorts en jean de sa collection P/E 2017, le designer anglais est désormais inquiet et ça se voit. Contrairement à d'autres comme Charles Jeffrey qui préfèrent la voie du fantastique, le designer anglais signe là une collection post-Brexit et pre-Trump remplie de doutes. Pourquoi faire semblant que tout va bien quand les signaux de l'angoisse sont au rouge ? Et pour signifier son désarroi face à notre époque troublée, les mannequins de Christopher Shannon avancent la tête enveloppée dans des drapeaux européens déchirés. « Je veux faire des vêtements pas du drama » indique le créateur. Il ajoute de la parodie à son pessimisme quand il détourne des logos : CS =Constant Stress pour Calvin Klein, Tumbleweed pour Timberland ou encore Loss International pour Boss International… Il faut bien mettre une touche commerciale à une humeur assombrie.

Vivienne Westwood va tous nous sauver

La Queen du punk, pour la première fois, présente sa collection homme à Londres. Et pour l'occasion elle joue la carte du défilé mixte en fusionnant sa ligne femme Red Label et sa ligne homme Man Label. Dame Vivienne Westwood fait de son cheval de bataille - la défense de notre environnement - un acte politique en inscrivant par exemple sur un pantalon « What's good for the planet... is bad for the economy ». La collection est baptisée « Ecotricity » du nom de l'entreprise anglaise de Dale Vince spécialisée en énergie verte. L'héritage punk est toujours là : maille largement ajourée, effilochée, short griffonné de messages « $=our ennemy » « Antipeople » « Destroy ». Homme en robe de soirée en tulle et femme à l'allure boyish en veste noire et cravate nouée, la styliste brouille les pistes. Elle est apparue à la fin du défilé un énorme bouquet de fleurs à la main, plateforme shoes aux pieds et couronne en papier sur la tête, symbole de son pouvoir magique. À 75 ans Vivienne Westwood veut toujours nous sauver.

Credits


Textes : Sophie Abriat, Micha Barban-Dangerfield et Tess Lochanski
Photos : Mitchell Sams

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