Louis Granet, pastiche "Eve après le péché", de Eugène Delaplanche

early work, le musée d'orsay fait un (grand) pas vers la jeune création

À Orsay, la plate-forme dédiée à la jeune création Early Work donne carte-blanche à ses poulains pour pasticher les grands maîtres. Et fait souffler un vent d'irrévérence sur la vénérable institution.

par Ingrid Luquet-Gad
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21 Septembre 2016, 10:55am

Louis Granet, pastiche "Eve après le péché", de Eugène Delaplanche

Le long de la rive gauche de la Seine, entre les quatre murs de l'ancienne gare construite par Victor Laloux, les trésors d'Orsay somnolent, plongés dans la torpeur du grand âge. Des classiques, qui nous semblent familiers pour les avoir déjà croisés en feuilletant des manuels d'histoire de l'art, témoignant d'un temps révolu où Rosa Bonheur désignait encore une peintre animalière et non le spot des Buttes Chaumont. Entre le temple des impressionnistes et la jeunesse d'aujourd'hui, la nature des relations semble de prime abord être plutôt de type incompatible.

Farfelue, alors, l'idée du conservateur d'inviter la plate-forme « Early Work », dédiée à la vente d'œuvres de très jeunes artistes, à en investir les murs ? Au contraire. « Les équipes du Musée d'Orsay se sont demandé quelle pouvait être la place aujourd'hui pour les jeunes artistes en dehors du marché de l'art et du monde des galeries », raconte Hugues Leblond, le fondateur d'Early Work, à propos de la genèse de la collaboration. « Or cette question n'était pas sans rappeler les interrogations et les débats suscités au XIXe siècle par la question du Salon, de l'académisme et de l'art officiel. La création d'Early Work découle de la même question. » Ainsi, on a vite fait d'oublier que le gros des troupes d'Orsay, les Pissaro, Manet ou encore Fantin-Latour, faisaient scandale à leur époque. Au point qu'en 1863, le Salon officiel leur refuse l'accès à ses cimaises, obligeant « les peintres de la modernité » à montrer leurs toiles de manière autonome au Salon des refusés, qu'ils créent en guise de protestation.

Florent Groc, pastiche "Les Romains de la décadence", de Thomas Couture

Ainsi vont les cycles de l'histoire : on est toujours le rebelle de quelqu'un. Pour raviver cet héritage, le musée d'Orsay exposera le 22 septembre une dizaine d'œuvres d'artistes de l'écurie d'Early Works dans le cadre de sa programmation des Curieuses Nocturnes. Pas une opposition frontale entre deux générations, mais plutôt une approche qui garde à parts égales le respect et l'irrévérence que la jeunesse doit aux grands maîtres. « L'idée était de pasticher des œuvres de la collection académique du Musée d'Orsay en lien avec la pratique de chaque artiste », précise Hugues Leblond. À l'heure où rien n'est plus simple qu'un copier/coller, le pastiche, qui implique un vrai travail de réinterprétation, permet d'atteindre le bon mélange d'intemporalité et de relecture contemporaine. Si les œuvres n'ont pas encore été produites, on se plaît déjà à imaginer les jeunes artistes rôdant parmi les allées marbrées du musée à la recherche de leur alter ego d'un autre siècle.

Florent Groc, pastiche "Les Romains de la décadence" de Thomas Couture

Avec pour slogan « Meet Pablo before Picasso », Early Work est né de l'ambition de six amis, Hugues Leblond, Antoine Cadeo de Iturbide, David Manuel, Johan Fleury de Witte, Alexandre Dupont et Margaux Barthélemy, tous impliqués de près (plus que de loin) dans la jeune création contemporaine. « Nous achetions des œuvres d'amis en école d'art, et nous étions touchés par la forme d'intuition indéniable qui s'y trouvait, et qu'ils seront amenés à retravailler tout au long de leur carrière. C'était aussi des oeuvres à un prix très accessible, que nous pouvions nous permettre d'acheter. En même temps, nous avons aussi perçu chez nos amis étudiants en écoles d'art leurs difficultés à se projeter concrètement dans le monde professionnel : comment vivre de leur art dans les années à venir ? Quel chemin suivre ? ». En tissant ensemble ces trois problématiques, la forme d'Early Work se profile : ce sera une plate-forme de vente d'œuvres en ligne, destinée exclusivement aux étudiants en école d'art et aux jeunes diplômés. Ce sera l'âge, donc, qui sera le critère déterminant, sans distinction de médium : peinture, sculpture, photographie, vidéo mais aussi design et architecture y trouvent leur place. De leur côté, les membres de la plate-forme accompagnent le début de la carrière de leurs poulains. L'objectif ? « Les sensibiliser à des pratiques professionnelles concrètes simples : choisir et présenter un travail, mettre un prix sur une œuvre, communiquer autour d'un univers en devenir, répondre à des propositions d'exposition, choisir un statut », énumère Hugues Leblond. En attendant de découvrir le résultat (et le nouveau Picasso ?) le 22 septembre, on a sélectionné nos coup de cœurs parmi les onze artistes retenus pour le projet.

"Hommages et pastiches, carte blanche à une nouvelle génération d'artistes", le 22 septembre au Musée d'Orsay à partir de 18h. 

Cyril Debon, pastiche le "Portrait de la baronne Nathaniel de Rothschild", de Jean-Léon Gérôme

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Texte : Ingrid Luquet-Gad

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