fric et frime, les polas de maripol racontent le gratin des années 1980

Figure incontournable du New York Downtown des années 1970, la styliste et photographe franco-américaine a immortalisé les icônes de l'époque : Basquiat, Warhol, Debbie Harry ou encore Keith Haring dont elle était proche. Aujourd'hui, elle présente une...

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avr. 10 2017, 9:55am

Vous avez fait des milliers de Polaroïd depuis les années 1970. Comment avez-vous sélectionné les images de cette exposition ?
J'avais envie de montrer de nouvelles choses et de les confronter à d'autres, plus anciennes. C'était pour moi l'occasion de rassembler des photos qui témoignent du changement - temporel, puisque les époques dialoguent, mais pas que cela. C'est aussi de changement dans et par l'image dont il est question puisque j'en ai trafiquées, transformées et malmenées plus d'une. 

Vous avez vécu le New York underground des années 1980 mais vous avez beaucoup voyagé à cette époque. Quelles sont les villes qui vous ont le plus marqué à cette époque ?
J'allais à Tokyo, Londres et je voyais partout la même effervescence, la même envie de faire la fête. À l'époque, on n'avait ni iPhone, ni même de téléphone pour enregistrer, communiquer ou photographier... Mais les gens ramenaient de nouvelles énergies et inspirations de leurs trips à travers le monde. À Paris, il y avait le Palace bien sûr, et tous ces clubs où l'on sortait comme la boite à Frissons de mon ami Serge Kruger. C'était l'époque où jouaient les Plastics à Tokyo au Pitchcan Club d'Hara Juku - qui n'avait rien à voir avec le Hara Juku de maintenant, d'ailleurs !

Vous enchaînez les projets, les expositions, les collaborations avec de grandes marques et institutions. Vous n'avez jamais souhaité vous arrêter ? Je travaille encore beaucoup, c'est vrai. Et non je ne suis pas prête de m'arrêter ! Je shoote pour Dior aujourd'hui, avec mon polaroid. J'ai déjà quelques instantanés avec moi. Je poste beaucoup de photos sur Instagram, j'y ajoute quelques effets, j'aime beaucoup ça. Je crois que c'est important pour moi de le faire, je ne veux jamais cesser d'être dans l'évolution. Ça n'a jamais été mon truc de regarder en arrière, je préfère être dans le présent. Ou le futur. Le passé, je le laisse aux nostalgiques. Sauf dans mes livres, qui sont comme des mises-en-boites.

Beaucoup de figures de la pop culture actuelle s'inspirent ouvertement de votre esthétique pour façonner leur univers. Flattée ou agacée ?
C'est cool, la roue tourne. Moi aussi je me suis inspirée de plein de gens quand j'ai commencé. À 14 ans j'étais dingue de Cher - je crois que j'aimais beaucoup la mode. J'ai eu comme beaucoup d'adolescentes mon premier crush sur Jim Morrisson des Doors. J'ai aimé Janis Joplin, aussi. Tous ceux qui ont fait l'époque. Mais plus que tout, c'était la rue qui m'inspirait et elle m'inspire toujours.

Vous avez toujours été très indépendante. À 22 ans vous quittez Paris pour New York mais quelle a été votre première rencontre avec la nuit, les contre-cultures ?
J'avais 16 ans quand je suis partie pour Londres. Toute seule et pour apprendre l'Anglais. Ma mère m'avait aidé à payer l'école dans le quartier de Cambridge mais je filais très vite le soir pour aller bosser ailleurs : en tant que serveuse, dans les bars et dans les pubs. J'étais à Kings Road et je me suis retrouvée à devoir deviner les commandes des clients. Forcément, tu apprends vite la langue. Et Londres était dingue à ce moment, c'était l'époque de Ziggy Stardust, quand même... Quand je suis retournée en France après cet été passé à Londres, je me suis retrouvée en pension chez les bonnes-soeurs : elles m'ont vue débarquer en cuissardes vertes à plateformes et mini-short. Elles m'ont renvoyée me rhabiller immédiatement !

Vous avez photographié les plus grandes icônes du New York Downtown - Keith Haring, Basquiat, Warhol... Y'a-t-il une seule personne qui vous ait jamais refusé un instantané ?
Le seul qui m'ait toujours refusé une photo en instantané, c'est David Bowie. Je me souviens très bien quand on s'est croisés tous les deux. J'étais au Studio 54 à New York, et j'ai fait l'erreur de lui demander poliment : "Can I take a picture of You ?" Il était face à moi, il m'a répondu : "No, no darling," avec une voix très douce. Sympa. Mais je n'aurais jamais dû lui demander. J'aurais dû prendre la photo sans rien dire. C'est comme ça que ça marche.

Istanbul (Vogue), 2011 Impression sur papier 2016 courtesy galerie du jour agnès b. © Maripol 

Boombox with legs, 1977 courtesy galerie du jour agnès b. © Maripol 

MP distortion (self portrait), 1978 Impression sur papier 2016 courtesy galerie du jour agnès b. © Maripol 

Maripolarama by Maripol à la boutique Agnès b. rue du jour jusqu'au 6 mai 2017 

Credits


Photo : Maripolarama, 1977-85 Tirage pigmentaire sur toile 2016 courtesy galerie du jour agnès b. © Maripol