les 21 plus beaux clips de septembre sont tous ici

Le flow dingue d’Alpha Wann, les « good vibes » de Muzi, l’a capella d’Ala.ni ou les sept minutes stratosphériques de Maud Geffray : voilà ce qu’il vous faut (au bas mot) pour affronter l’automne en toute sérénité.

Maud Geffray & Lavinia Meijer – Still Life Pt. 5

Il y a des morceaux dont on sait à la première écoute qu’ils vont nous accompagner un petit moment – dont la beauté voudrait qu’on les garde pour nous, mais tant pis. Still Life, c’est le nouveau projet de Maud Geffray, moitié de Scratch Massive, qui entend réinterpréter et rendre hommage à la musique de Philip Glass – un peu comme Chloé avait pu le faire pour l’œuvre de Steve Reich. Elle en dévoilait ce mois-ci un premier extrait, « Still Life Pt.5 », réalisé avec la harpiste et spécialiste de Glass Lavinia Meijer, et inspiré de deux classiques du compositeur, « Einstein On The beach » et « The Photographer ». C’est mélancolique, romantique, onirique, élégiaque. Magnifique.

Romare - Gone

Pendant que ses homologues français s’acharnent à bastonner les clubs parisiens et provinciaux à grands coups de techno glaciale, Romare impose un tout autre registre, un truc joyeux et niche à la fois, des beats ronds (parfois afro) enroulés autour de sons disco et house, typiques de la fin des années 1980. Quand il compose, Romare défend davantage un thème soul et jazz, un truc bien chic, à l’anglaise. Après deux ans passés en tournée, il revient avec un titre évolutif long de huit minutes, « Gone » ou la face A d’un single à deux tranches, qui se conclue sur le track « Danger ». C’est en observant le changement de saison s’opérer dans son jardin et les feuilles rouille tomber depuis la fenêtre de son petit studio que Romare a composé ce doublet. Une nouvelle sonate d’automne.

Alpha Wann – Pistolet Rose 2

Le 21 septembre 2018, Alpha Wann sortait l’album UMLA (« Une main lave l’autre »), qui entrait instantanément dans le top 3 des meilleurs disques rap français de l’année et faisait du membre de l’Entourage le rappeur le plus hallucinant de technique de sa génération. Un freestyle d’anthologie et très peu d’interviews plus tard, « Philly Flingue » nous graciait, le 26 septembre dernier, d’un Ep de trois titres, PPP. Un court instant de maîtrise qui suffira à ravir les fans et qui est couronné depuis quelques jours par un passage du kickeur sur la chaîne Youtube COLORS pour en performer l’un des titres, « Pistolet Rose 2 ». On n’en dit pas plus, la minute trente parle d’elle-même.

Blood Orange feat Tei Shi – Even If It Hurts

À intervalle régulier, Tei Shi et Blood Orange répandent leur poésie brûlante sur la pop – pour le plus grand bien de l’humanité. Après la sortie du clip « Hope » en mai dernier, ils réapparaissaient ce mois-ci dans le très beau « Even if it hurts », et cette fois-ci, Blood Orange occupe la place de special guest. Sans surprise, à quatre mains et deux voix, Tei Shi et Blood Orange déroulent un groove délicieux, réparateur même, capable de réchauffer ce début d’automne anémiant. Un titre composé entre New York et Los Angeles dont les arrangements au piano annoncent la venue de deux nouveaux projets. Le 11 octobre prochain sortira, Fields, un opus classique signé par le nouveau roi de la pop-soul et interprété par l’ensemble Third Coast Percution. De son côté, Tei Shi sortira son deuxième album, La Linda, le 15 novembre prochain. Tenez-vous prêts.

Lala &ce – Dis Amine ft. Pucci Jr

On ne le répétera jamais assez : cette année, Lala &ce est passée d’intrigante outsider à incontournable du rap français. Le 7 juin dernier, après de nombreuses apparitions éparses au fil des ans, l’ex-membre du 667 sortait son premier véritable projet, Le son d’après. Elle y baladait son flow nonchalant de hits trap en tubes club, et illuminait avec des morceaux aériens, des mélodies que l’on a très peu l’habitude d’entendre en France, encore moins d’une femme. Bref, en plus d’être incroyablement talentueuse, Lala &ce est utile au paysage rap français, et on ne peut que se réjouir qu’elle nous ait livré, il y a quelques jours, un nouveau morceau à l’efficacité redoutable avec son pote Pucci Jr.

Holographic Planes - Quilca

Tapez Holographic Planes sur Google, vous trouverez des images d’avions qui fendent le ciel bleu. En cherchant un peu, vous apprendrez qu’il s’agit aussi du nom d’un projet réunissant Alvaro Cabana - fondateur du label madrilène Rotten City Records – et du français Damon Jee, producteur de musique électronique slalomant entre les genres depuis le début des années 1990. Premier EP composé de 4 titres (dont un remix par l’éternelle Jenifer Cardini), Critical Monday est un condensé de turbulences et de montées ascensionnelles. Une pénombre joyeuse, où le rock croise le punk sur un fond de new wave et dans laquelle les basses ne perdent jamais en lumière.

Raphael Saadiq – So Ready

Contre la déprime, rien (ou presque) n’est aussi efficace qu’une parfaite ligne de basse. Raphael Saadiq doit le savoir, car « So Ready » est le morceau le plus feel-good de ces dernières semaines. En août dernier, ce pionnier de la neo-soul des années 2000 sortait son cinquième album, Jimmy Lee après 8 longues années d’absence. On y retrouvait tout le groove, l’ambition et parfois l’engagement (inspiré par la mort de son frère par overdose en 1998, le disque traite notamment d’addiction), de cet auteur, compositeur, interprète et producteur à la carrière de soulman quasi sans faute. Ce mois-ci, il venait confirmer l’essai avec le clip de « So ready » : une cure anti-déprime.

La Mverte - No trespassers

Le producteur parisien Alexandre Berly a beau avoir choisi un nom suicidaire, sa musique est plutôt de celles qui donnent envie de vivre, très vite et très fort. Tunnel italo disco fait de flashs anxiogènes et de halos clignotants, « No trespassers » pourrait sonner le début d’un western ou la fin d’un film de série B. Dans le sillon des morceaux fulgurants dont il a le secret, La Mvuerte se balade tout près d’une frontière, où l’urgence de la franchir flirte avec le danger d’y laisser sa peau. Un morceau en forme de mur de son, fédérateur et lancinant.

Isha – Durag

Pour tout fan de rap belge (et de rap tout court) qui se respecte, les semaines à venir vont être décisives. Parce que s’apprête à sortir La vie augmente, Vol.3 – suite, donc, de La vie augmente Vol.1 (2017) et Vol.2 (2018), superbes projets du rappeur belge Isha. S’il fallait décrire la musique d’Isha, le terme « à vif » ne serait pas loin. L'artiste se livre, va parfois très mal, ose le raconter et reconnaît lui-même à son art une haute vertu thérapeutique. L’émotion qui parcourt les deux premiers volets de son triptyque est brute, le flow posé, le phrasé clair, appuyé où ça peut faire mal mais où ça résonne. Si l’on en croit le premier extrait du Vol.3 « Durag », la suite s’annonce toute aussi puissante.

Grimes & i_o – Violence

Si, dans un futur lointain, un savant fou se mettait en tête de créer une chanteuse pop mi-cyborg mi-humaine, géniale et déjantée, le résultat serait sûrement assez proche de Grimes. On a rarement vu une chanteuse initialement très DIY parvenir à faire une telle incursion dans la pop sans (trop) trahir son originalité et sa liberté artistique. Avec (entre autres) Visions (2012) puis Art Angels (2015), l’artiste canadienne a réussi à s’installer comme la plus attachante des weirdos. De notre côté, l’attente du prochain album arrive à sa fin : Miss_Anthrop0cene devrait arriver sous peu, et on a le morceau et le clip de « Violence » en featuring avec le producteur i_o, pour patienter.

Kitsuné Kendra - Sasuké

Il y a quelques semaines à peine, on vous parlait de Kitsuné Kendra comme d’une promesse sérieuse pour l'avenir du rap français. Ancienne recrue du groupe Bobby Colvin, Kitsuné Kendra rappe en solo depuis 2018 et compte désormais quelques morceaux très énervés à son actif. Le dernier en date s’appelle Sasuké (prononcez Saské) - un titre en forme d’hommage au manga culte Naruto, aussi bien qu’une déclaration de guerre aux discours policés et déferlement de punchlines enragées.

Mahalia – What you did

Voilà trois ans maintenant que Mahalia assure la relève de la soul outre-Manche, aux côtés d’autres déesses dans son genre comme Cleo Sol, IAMDDB ou encore Eliza. Fin 2017, elle se présentait à i-D et décrivait sa musique, dont elle dessine les contours depuis l’âge de 11 ans, en ces termes : « soul psycho-acoustique ». Une exégèse un peu obscure, disons-le franchement, mais qui fait sens dès les premières secondes d’écoute de ses sons. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore (dépêchez-vous !), Mahalia est le rejeton–type des années 1990, biberonné aux sons d’India.Arie, Erykha Baduh, Aaliyah, Talib Kweli et Cam’Ron. La chanteuse soul revient d’ailleurs ce mois-ci avec un nouveau titre, « What You Did », construit sur le sample du tube éternel « Oh boy ».

PLK – Un peu de haine

En octobre 2018, on regardait PLK, « s’asseoir à la grande table du rap français » avec son premier album Polak. Un an plus tard, cela n’a jamais été plus vrai. En juillet dernier, le membre de Panama Bendé sortait « Problèmes », qui devenait rapidement l’un des plus gros tubes de l’été, extrait de sa mixtape Mental, sortie le 13 septembre dernier. Si l’on peut regretter des morceaux parfois un peu faciles, on ne peut que constater l’ampleur qu’a pris le jeune rappeur en quelques mois et espérer, comme il nous l’avait expliqué, que ses mixtapes ne sont que des « entraînements » avant de tout donner. En attendant, on n’a pas trouvé plus addictif que la mélodie enfantine d’« Un peu de haine ».

Muzi – Good Vibes Only ft. Espacio Dios

« Your bad vibes can’t contaminate », en voilà une belle devise à adopter. Difficile de faire autrement après avoir écouté (et regardé) le dernier titre de Muzi, artiste et producteur sud-africain qui mêle avec une aisance déconcertante l’afrobeat, les musiques électroniques, le jazz ou le hip-hop. En 2018, il sortait l’album Afrovision, notamment décrit par Okayafrica comme « la bande-son d'un 'vrai' Wakanda » (le pays africain fictif de Black Panther, pour les novices). Le disque est en tout cas une explosion de créativité et de versatilité, toujours cohérente, tenue de bout en bout, qui font de Muzi l’un des acteurs majeurs de la bouillonnante scène sud-africaine. Et tout ça, avec des « good vibes only ».

Zuukou Mayzie – Cerf Volant

Dans le rap français, quelque part dans le pays des ténèbres créé par le crew 667, une lumière survit. Celle de Zuukou Mayzie, aka Zuukoeur Parker, l’autoproclamé « BG » du groupe qui, contrairement à ses collègues, met sa voix traînante et ses références de geek au service d’un rap aérien, amoureux, sucré, saupoudré de pop et de r&b, parfois d’euro-dance. L’an dernier, il sortait le bel Ep J.m.u.a.z où se croisaient Lala &ce, Oklou et Freeze Corleone et où se multipliaient les refrains catchy et virtuoses. Une patte retrouvée il y a quelques jours avec « Cerf Volant », qui mêle des références au Roi Lion, Harry Potter, Thor, Coca Cola, une instru entraînante et des paroles romantiques et lancinantes. Celui qui rêve « de percer comme Louane » n’a pas fini d’étonner.

Dreamville – Under the Sun ft. J. Cole, Lute & DaBaby

Début juillet, le label Dreamville (fondé en 2007 par le rappeur J. Cole et son manager Ibrahim Hamad) sortait sa troisième compilation, Revenge of The Dreamers III. L’idée, pour J. Cole, est de mettre en avant les artistes ou producteurs pas assez entendus ou reconnus dans la profession et la profusion rap américaine. « Il y aura forcément quelqu’un dont vous n’avez jamais entendu parler sur l’album, » écrivait-il sur Twitter juste avant la sortie. Comme ce n’est pas forcément le cas du très efficace « Under the Sun », on vous encourage d’autant plus à aller écouter ce projet, qui parvient à être totalement cohérent malgré les quelque 35 artistes et 27 producteurs invités à y participer.

Summum Klan - Le K

« Le Summum Klan, c'est une équipe. On s'entraide, on se soutient, on se porte les uns-les-autres. Y'a pas de délires d'égo, pas de politique, juste du kiff. » confiait Caspi, 19 ans, à i-D en 2016. Trois ans plus tard, le créneau de ces 5 jeunes rappeurs, dont les parcours naviguent de Marseille à Osaka, ne semble pas avoir changé, porté par l’envie de « percer en dehors des frontières », et le désir de « ne pas suivre la tendance mais la créer ». Pour appuyer leur discours, voici donc « Le k » : un morceau puissant et mystérieux qui trempe ses basses dans un flow suffisamment arrogant pour nous rendre (très) impatients de ce qui va suivre.

Peggy Gou - Starry Night

Sorti en avril dernier, le morceau « Starry Night » de la désormais planétaire Peggy Gou n’avait pas de clip jusqu’à ce que Jonas Lindstroem(artiste et réalisateur à qui l’on doit notamment le magnifique « Element » de Kendrick Lamar) lui en donne un. Le résultat est à la hauteur de l’attente : un voyage hypnotique rappelant le meilleur du cinéma coréen (on pense à l'envoûtant Burning) où les gens se laissent aller à la musique qu’ils entendent, au milieu d'une rue sombre, en pleine session de photo de classe ou livré à la solitude de leur salon. Pendant ce temps, la Dj Sud coréenne danse, gracieusement, au-dessus d’une boucle d’autoroute, dans la nuit étoilée.

ALA.NI - Papa

En 2016, le monde découvrait Ala.ni, jeune londonienne repérée par Damon Albarn (et qui a d’ailleurs fait ses armes en tant que choristes chez Blur et aux côtés de Mary J. Blige), avec un premier album, You & I, dont il était quasi impossible de ne pas fondre pour les ballades soul et jazz, et la voix cristalline de la chanteuse. Il y a quelques semaines, elle revenait avec ACCA (pour « a capella ») nouveau projet presque totalement dépourvu d’instruments, si ce n’est quelques cordes, bruitages laissant reine sa seule voix. D’une simplicité et d’une beauté déroutantes, ACCA donne à voir les capacités vocales folles d’Ala.ni (qui a réussi à faire chanter Iggy Pop sur « Le Diplomate », s’il vous plaît), sans jamais tomber dans la démonstration.

JPEGMAFIA – Beta Male Strategies

En 2019, à l’heure où le rap trouve ses formules à succès de plus en plus facilement, s’aventurer hors des sentiers battus et expérimenter au risque d’être invisible en top streams est un courage à saluer. JPEGMAFIA – rappeur originaire de Baltimore qui a commencé la musique alors qu’il était militaire posté au Japon – fait partie de ceux qui en ont, du courage Alternatif, engagé et bourré de références post-internet, musicales, politiques, cinématographiques… la musique de JPEGMAFIA est chaque fois une exploration aux confins de son cerveau, qui s’affranchit des règles strictes de compositions musicales. Son dernier album, All My Heroes Are Cornballs, dont est extrait « Beta Male Strategies » en est une preuve de plus.

Paigey Cakey - Lotto Bars

La londonienne Paigey Cakey a 26 ans, déjà plusieurs mixtapes à son actif quelques freestyles inoubliables (avec Lady Leshurr notamment, avec qui la rappeuse a depuis révélé avoir été en couple quand les médias s’acharnaient à les présenter comme « meilleures amies »). Avec « Lotto bars », elle continue de tracer sa route – ambitieuse et décomplexée - entre business class et Mini Cooper, dans un court morceau, badass et entêtant. Elle y rappelle l'ambition, qu’elle énonçait déjà il y a 5 ans dans un feat avec Stormzy : se hisser, « on top of the world », en toute simplicité.

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