Photos courtesy of Reuben Selby

Reuben Selby fabrique des vêtements maximalistes pour introvertis

Le designer nous parle de sa première fashion week à Paris, la production de vêtements durables et pourquoi le comfort est essentiel dans cette nouvelle ère de l’industrie du luxe.

par Douglas Greenwood
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07 Octobre 2020, 9:51am

Photos courtesy of Reuben Selby

Il y a quelques jours, alors que Reuben Selby se préparait pour la première présentation de sa marque éponyme à la fashion week de Paris, et dans les jardins du Ritz, rien que ça, un ami lui demanda si il était nerveux. « Je me met juste à avoir le trac » lui répondit Ruben. Et son ami de continuer : « Ce n’est pas la même chose ? ».

À seulement 23 ans, Reuben Selby est un directeur créatif qui a déjà joué beaucoup de rôles dans la mode, il vient de passer les cinq dernières années avec cette collection comme ligne d’horizon. Enfant, il hésitait entre la direction créative et l’architecture. « Mais je me suis rapidement rendu compte que le chemin pour devenir un véritable architecte, tout comme le temps qu’il faut attendre pour voir son travail réalisé est un processus extrêmement long, dit-il, et je suis une personne plutôt impatiente ». C’est donc finalement l’intensité de la mode qui l’a attiré. Il a lancé une petite marque de streetwear avec son frère pendant son adolescence, avant de suivre un cours sur les fondations artistiques à l’université tout en aidant d’autres designers avec le management de leurs projets. En 2018, fort de ses propres expériences en tant que mannequin, il lance CONTACT, une agence dont le but est d’offrir aux mannequins et à leurs clients une nouvelle flexibilité, mais surtout de permettre aux mannequins de beaucoup mieux contrôler les jobs qu’ils font.

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Avec le début de la pandémie au début de l’année, Reuben s’est rendu plus clairement compte de son désir de création. Ce qu’il a présenté, le travail d’une équipe loyale et super comme il prend le temps de le préciser, sont des vêtements imprégnés de la philosophie qu’il a fait sienne. Le résultat est une première étape tendre et élevée, un défilé qu’il a appelé « (In)visible Barrier », avec le stylisme de Claire Thomson-Jonville de i-D et le set design de PLAYLAB (l’équipe responsable pour le défini Printemps Été 2021 de Louis Vuitton à Shanghai).

L’idée de confort a été un source d’inspiration pour Reuben, « la valeur centrale de le marque » selon lui, et on le voit dans des pièces qui sont faites pour donner l’impression qu’elles font partie de votre garde-robe avant même que vous les avez touchées, une extension naturelle pour la personne qui voudrait les porter en quelque sorte. Entre autre, un costume oversize d’une belle couleur lavande. Des chemises mixtes sans manches avec cols pointus tenues par des corsages dans le biais. Des pulls casual en tricot torsadé dans des teintes marines sont jetés par dessus ou noués aux épaules, évoquant le look de touristes aisés sur la côté italienne. Crop tops jaune citron réinventés avec leurs cols à la coupe ouverte et donnant l’impression de n’être qu’un seul et unique morceau de tissu. Des vêtements à la fois contemporains et classiques, démontrant d’une exigence digne du savoir-faire d’un atelier, avec des connotations plus familières, un peu plus chaleureuses.

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« C’est une marque pour introvertis » explique Reuben, ce qu’on voit bien à la manière dont les vêtements tombent sur les mannequins, principalement sans être moulant, mais plutôt libérateurs. La durabilité est également essentielle. Si d’autres noms plus établis dans la mode sont en train de concevoir comme produire durablement après avoir fait les choses de manière moins responsable par le passé, Reuben sait bien qu’il n’y aurait aucune excuse à créer quelque chose de nouveau sans avoir conscience de son impact sur l’environnement. Et cela a été pris en compte dès le premier jour. « Voilà pourquoi ça m’a pris autant de temps à développer, ça n’aurait eu aucun sens de le faire sans être durable ». La collection, après plusieurs années de recherche, a été conçue avec des matériaux durables et traçables provenant de Infinited Fiber Company, une entreprise finlandaise qui transforme les textiles pre et post consommation en tissus qui ressemblent en tout point au coton. La maille a été créée en collaboration avec Sheep Inc, qui sont connus pour être la première marque au monde à l’empreinte carbone négative.

Il y a à peine une an, lancer sa marque était encore un rêve pour Reuben, mais en persistant, en étant proactif, et avec le soutien de son entourage, il y est parvenu. Hannah Sheridan, qu’il a rencontré à travers sa fondation artistique et qui vient d’être diplômé de la Kingston School of Fashion, est à la tête du studio. Et il cite sa petite amie Maisie Williams comme essentielle au processus également. Pour Reuben, « c’est tout autant sa marque que la mienne, on commence à zéro, et c’est une position incroyable dans laquelle être parce qu’on peut prendre toutes les bonnes décisions ». C’est une responsabilité qu’il ne prend pas à la légère, et un élément d’intelligence qui ne fait que élever ce premier défilé accompli et hautement désirable.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.

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