Le microdosing va-t-il nous rendre plus heureux ?

Prendre des psychotropes, mais en version ultra-diluée pour n’en garder que les effets bénéfiques et éviter les mauvais trips, est désormais la nouvelle pratique à la mode. Arnaque ou révélation ?

par Patrick Thévenin
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14 Mars 2022, 5:13pm

J’ai commencé à prendre du LSD micro-dosé alors que je traversais une période difficile, un deuil familial, explique Virginie, parisienne la quarantaine qui travaille dans les médias. J’en avais entendu parler autour de moi, sans avoir franchi le pas, et puis comme je sentais la dépression pointer le bout de son nez, j’ai demandé à une copine qui avait essayé de m’en filer. J’ai récolté un petit flacon qui ressemblait à du collyre, il fallait en prendre un millilitre tous les trois jours. Je ne sais pas si c’est le produit ou autre chose, mais je dois reconnaître que ça m’a beaucoup aidé.

Diluer pour plus d’efficacité

Initié dans la Silicon Valley il y a quelques années, porté par des leaders comme Elon Musk ou Steve Jobs qui n’ont jamais caché leur passion pour la pratique, aujourd’hui de toutes les conversations, le microdosing consiste à prendre de toutes petites quantités d’une substance psychotrope et à la consommer tout au long de la journée, ou étalée sur plusieurs jours, selon un schéma de prise bien précis, histoire de bénéficier des bienfaits de la molécule en question sans en subir les effets indésirables. Le phénomène concerne ainsi toutes les molécules dites psychotropes, naturelles comme de synthèse - le LSD, le cannabis, la kétamine, les champignons et les truffes magiques, le MDMA, la mescaline, l’ayahuasca et on en oublie au passage – consommées en capsules, vaporisées sur des cookies, mélangées à différentes boissons, fumées ou tout simplement ingérées sous la langue. Et la liste des effets attendus file le tournis : augmentation de l’énergie, boost de la créativité, concentration au top, amélioration de l’humeur, réduction du stress, sommeil de bébé. Sans compter, selon certaines sources, une action bénéfique sur la dépression, la phobie sociale et la santé mentale en général.

Mais est-ce que ça marche ?

Réel effet thérapeutique ou placebo ? Difficile de se prononcer étant donné que les études sérieuses sur le sujet manquent cruellement - les substances utilisées étant interdites par la loi, difficile d’initier des essais cliniques - même si le sujet commence à sérieusement intéresser certains laboratoires pharmaceutiques et chercheurs qui y voient une manne financière non négligeable dans l’amélioration de la santé mentale en général et le traitement de nombreux troubles psychologiques en particulier. La dépression en premier lieu, mais aussi l’amélioration des symptômes liés aux maladies dégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. La preuve : la très sérieuse FDA, grosso-modo l’équivalent américain de l’ANSM française (agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), a récemment annoncé que cette piste de recherche marquait un progrès notable dans le traitement de plusieurs maladies psychologiques. Ce qui atteste d’une avancée concernant la perception par le grand public des différentes substances psychotropes évoquées plus haut, passant du statut de tabou à celui de promesses médicales sérieuses. Pour autant, il est difficile de savoir si le microdosing fonctionne ou pas. Pierre, déjà adepte des trips aux champignons hallucinogènes, les dilue désormais pour se sentir mieux et a même, grâce à ça, réussi à arrêter sa dépendance au cannabis. Irène, méfiante au départ, se sent sur un nuage du haut de ses trois semaines sous LSD microdosé tandis qu’Alexandra jure qu’on ne l’y reprendra plus, tant elle s’est sentie angoissée et dans un état bizarre.

Tous microdosés ?

Dans ce bric à broc d’avis divergents, difficile de se faire une raison, entre ceux qui fustigent le microdosing comme une des nouvelles lubies snobs de la start-up nation ou la dernière illumination des bobos parisiens et les valeureux volontaires qui ressortent de l’expérience comme illuminés ou plus prosaïquement déstressés. D’autant que récemment, une étude menée par des chercheurs de l’université de Chicago sur une cohorte de cobayes humains à qui on administrait, soit du LSD dilué, soit un placebo, a montré, que si la pratique était sans danger, on ne pouvait conclure à un changement de l’humeur ou de l’état psychologique, quel qu’il soit. Pour l’heure, la communauté grandissante du microdosing, en plus de se refiler les meilleurs sites web où acheter ses microdoses, se retrouve principalement sur Reddit, le forum de discussions sans filtres, où se partagent les témoignages des utilisateurs, des informations utiles sur les “do’s and don’t“ et même - chut – des tutoriels permettant de réaliser soi-même son propre mélange. Tout comme elle lit religieusement la bible sur le sujet, le “A Really Good Day“ de l’auteure Angelet Waldman qui explique par le détail la manière dont elle a vaincu sa dépression avec le microdosing de LSD, les podcasts sur la thématique sujets de l’acteur Joe Rogan ou suit les mises à jour du site de MIND, la Fondation Européenne pour la science psychédélique basée à Berlin. Même si le comble du chic, comme c’est le cas aux États-Unis chez les célébrités, consiste à avoir son coach en psychédélisme, qui pour quelques 2000 dollars (environ 1800 euros) mensuel vous promet un programme microdosé aux petits oignons  !