Courtesy of Maxime Ballesteros

En exclu, i-D a accompagné Angèle dans les coulisses de ses concerts

Actuellement en pleine tournée, la chanteuse Belge a invité i-D en backstage à Marseille. Entre enthousiasme et surplus d’émotions, elle raconte les remises en cause traversées pour faire du « Nonante-Cinq Tour » un show spectaculairement pop.

par Maxime Delcourt
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20 Mai 2022, 10:39am

Courtesy of Maxime Ballesteros

Il paraît que les salles de concerts sont des lieux où des personnes payent pour permettre à d’autres de croire en eux-mêmes. Il y aurait en tout cas beaucoup de choses à écrire sur la façon dont les chanteurs et chanteuses profitent de ces spectacles pour nourrir leur égo, pas forcément mal placé, simplement à la recherche d’une interaction, d’un échange intime avec le public. Pour l’heure, il y a au moins cette certitude : on ne compte plus le nombre d’artistes devenus accros à ce partage d’émotions, à cette adrénaline capable de tout résoudre (les doutes, le manque de confiance en soi) comme de décupler le moindre sentiment.

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Hoodie et pantalon, Stussy.

Angèle, par exemple, ne fait que peu de mystère quant à sa passion pour la scène, son plaisir à être en tournée. On est alors quelques heures avant son concert à Marseille, tout le monde s’agite, l’équipe technique s’active, mais la Belge, elle, garde le sourire : « Ce n’est que la septième date de notre grosse tournée, mais je suis tellement heureuse de ce qui se passe en ce moment. Là où j’avais l’impression d’être dépassée par les évènements lors de la tournée de Brol, prise dans le jus d’un succès qui est arrivé très vite, j’ai pu ici prendre le temps de tout préparer, de prendre des cours de chant et de danse, de réfléchir à chaque détail. Les dernières années ont été riches en émotions, il y a eu pas mal de remises en cause : avec le recul, j’ai presque la sensation qu’il s’agit là de ma première vraie tournée. »

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Débardeur, Petit Bateau. Pantalon et boucles d'oreilles, Chanel.

Entre deux répétitions, un essayage et divers échanges sur la performance du soir, Angèle le confie volontiers : à l’inverse des concerts donnés dans le cadre de son premier album, pensés à destination des scènes de musiques actuelles avant d’être adaptés dans l’urgence à des Zénith ou des Bercy, ceux du Nonante-Cinq Tour ont été préparés il y a plus de six mois, bien avant la sortie de « Bruxelles je t’aime ». Pour cela, elle a choisi de travailler main dans la main avec son compositeur attitré Tristan Salvati, Boom (engagé pour adapter les morceaux au live) et son chorégraphe, Mehdi Kerkouche, un danseur très courtisé ces dernières années (de Christine & The Queens à l’Opéra de Paris). « Ça faisait un petit moment déjà que j’avais envie de travailler avec Medhi. Début 2022, on a donc commencé à bosser ensemble. Je lui ai alors expliqué que je ne voulais pas que la danse soit gratuite, ni omniprésente. Il m’a demandé de danser comme je le ressentais sur certaines musiques, il a retenu quelques steps et s’en est inspiré pour mettre au point les différentes chorégraphies, très simples mais méticuleuses. »

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Hoodie et pantalon, Stussy.

Soucieuse de tout contrôler, ou du moins d’avoir un regard sur l’ensemble de son spectacle, l’égérie Chanel a également pensé ses propres tenues en collaboration avec la directrice artistique de la maison, Virginie Viard, selon un design à la fois pailleté, pop et référencé à la collection printemps-été 1995 de la marque. Ce jusqu’au-boutisme en dit long sur l’ambition d’Angèle, obnubilée par l’idée de conserver l’équilibre entre une scénographie spectaculaire et une modestie qu’elle revendique. La Bruxelloise se réserve ainsi quelques instants au piano, seule, en quête de simplicité. Reste qu’il suffit de traîner en coulisses quelques heures avant le début du spectacle pour comprendre que tout a été pensé et répété, qu’il s’agit là d’une grosse organisation et qu’Angèle, en seulement deux albums, s’est hissée à la tête d’une énorme machine.

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Débardeur et pantalon, Phipps.

Elle est d’ailleurs la première à le reconnaître. Au moment d’évoquer le nombre de personnes engagées sur sa tournée, elle marque une pause, réfléchit et lance cette réponse, qui vaut mille mots : « Honnêtement, ça se compte en tourbus. Et il y en a trois. » Elle précise : « Deux bus pour la technique : des warriors qui dorment très peu, ont des horaires improbables et font en sorte que la scène soit montée lorsqu’on arrive sur place. Un autre pour mon équipe rapprochée, musiciens, danseurs, maquilleuse, styliste, etc. et moi. C’est bien simple : j’ai l’impression de vivre dans une colonie de vacances géante. » De cette complicité découlent en tout cas certains rituels, à l’image de ce blind test entamé systématiquement lors du catering. L’ambiance est bonne, certains hurlent lorsque résonnent les tubes d’Adele ou de Britney Spears, mais c’est bien la concentration qui prévaut au fur et à mesure que les minutes défilent. Chaque soir, Angèle répète ainsi les mêmes techniques vocales, conseillées par son coach, tandis que certains danseurs lèvent la jambe, sautent sur place ou lèvent les bras, selon un procédé qui doit autant au souci du détail qu’à une volonté de fuir la pression.

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Tee-shirt, Stussy. Jean, Area.

Éviter d’être à fleur de peau, c’est là toute l’enjeu pour Angèle, presque effrayée à l’idée de fondre en larmes une fois face à son public. « C’est sans doute pour ça que je suis à ce point dans le contrôle », confesse-t-elle. Au sein du tracklisting, plusieurs morceaux ont pourtant la faculté de la faire vriller. À commencer par « Tempête », l’une des rares chansons de la Belge à être dépourvue de second degré ou d’un propos distancié. « C’est un texte qui me tient à cœur, où j’évoque les violences conjugales. Avec Tristan, on s’est pas mal pris la tête pour savoir comment l’intégrer au concert. On a alors eu l’idée de créer un jeu de lumière, de sorte à ce que le texte soit mis en avant à ce moment-là, et pas moi. » Pendant plus d’1h30, on ne voit pourtant qu’elle. Ses quatre musiciens, ses sept danseurs et son public prêt à entonner chaque tube gorge déployée n’y peuvent rien : c’est bien Angèle qui brille sur scène, telle une pop-star vouée à fédérer les foules autour d'elle.

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Top, Area. Jean, Phipps. Veste, personnelle.
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Total look, Chanel. Sneakers et chaussettes, personnelles.
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Top en tweed, Chanel. Accessoires, Chanel.
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Total look, Chanel. Accessoires, Chanel.
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Total look, Chanel.

Crédits

Photographer: Maxime Ballesteros 

Stylist: Claire Thomson-Jonville

Directors: Maxime Ballesteros & Sarah Little

Hair and makeup: Ruby Mazuel 

Styling Assistance: Tiffany Pehaut, Agathe Auriffeille 

Merci à Florent Muset et l’équipe Nonante Cinq

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