Courtesy of Aijani Payne

Paris Fashion Week Sessions : Gaia Repossi

Discrète et passionnée, curieuse et audacieuse, la directrice artistique de Repossi, a insufflé à la maison italienne, et au monde de la joaillerie, un souffle de fraîcheur, de féminisme et d’énergie bienvenu.

par Patrick Thévenin
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23 Mai 2022, 3:48pm

Courtesy of Aijani Payne

Passionnée par l’art, l’architecture et le dessin, après des études aux Beaux-Arts de Paris, Gaia Repossi a naturellement suivi le destin familial en devenant directrice artistique de Repossi dès ses 21 ans. Multidisciplinaire, ouverte aux influences et aux collaborations, la créatrice a donné un coup de jeune à la joaillerie, multipliant les influences comme les audaces, féminisant cet univers en majeure partie masculin, tout en le démocratisant et le métissant avec succès.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Gaia Repossi, je suis la directrice de création de la Maison Repossi, spécialisée dans la joaillerie depuis de longues années, plus qu’une décennie d’ailleurs, vu que c’est une entreprise familiale.

Comment êtes-vous arrivée où vous êtes si rapidement ?

Avec une bonne part d’ambition, mais aussi une idée qui me trottait en tête et que je voulais développer qui mêlait créativité, impulsion, liberté et changement ! Je me suis intéressée à l'art très jeune, j’adore dessiner et j’aime les arts plastiques en général.

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Jacket, Miu MIU. Pants, Skims. Flage Ring, Repossi / Robert Mapplethorpe. Rings and bracelet, Repossi.

Qui sont les gens qui vous ont inspiré pour votre travail ?

Beaucoup de personnes qui travaillent dans la joaillerie m’ont donné la force d’y croire effectivement. Il y a, par exemple et pour beaucoup, mon père, même s’il a une approche très masculine du travail, mais ensuite c’est tout un jeu de rencontres inspirantes, comme des ami.es, des artistes ou des architectes célèbres que j’ai eu la chance de croiser ou tout simplement des inconnu.es aperçu.es dans la rue.

Vous pensez apporter quoi au monde ?

Quelque chose de nouveau. J’aime penser à un concept, et y réfléchir, jusqu’à ce que ça devienne surprenant pour les gens qui le découvriront. Par exemple, pour Repossi, j’ai créé des bagues de fiançailles qui sont des classiques totalement revisités et repensées.

Vous trouvez où votre créativité ?

Vous savez, le métier que je fais est un art appliqué et donc, même si je n’ai pas la même liberté qu’un artiste, au bout d’un moment mes yeux sont entraînés, comme dans le domaine de l’architecture, à se concentrer sur une structure métallique qui détonne, une sculpture qui vous inspire, ou par la manière insolite de certaines personnes de porter un bijou. Ça provoque chez moi un effet immédiat, je sais de suite la prochaine pièce que je vais dessiner.

Et ensuite, vous en livrez votre propre interprétation ?

Absolument, mais ça peut aussi passer par des collaborations avec d’autres artistes qui ont des pratiques différentes de la mienne. Je n’en ai pas qui me viennent à l’esprit au moment où je vous parle, mais ces collaborations sont très enrichissantes et j’aime surtout les partager ensuite.

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Top, MIU MIU. Pants, SKIMS.

Vous aimez les échanges créatifs ?

Oui beaucoup. On vient juste de lancer une collaboration avec le photographe Robert Mapplethorpe, j’ai été contactée par sa Fondation, et l’interaction entre son travail et le mien, fruit de longues recherches que j’ai effectuées avec le concours de la Fondation à son nom a été très inspirante.

Une qualité nécessaire pour votre travail ?

Je pense essentiellement à l’humilité et au perfectionnisme car mon travail exige d’obtenir des objets parfaits, mais il ne faut pas que cette rigueur vous empêche de réaliser des choses folles, bien au contraire. Il ne faut surtout pas avoir peur d’être soi !

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

D’y aller, de ne pas avoir peur ! Il faut dire que depuis que je suis enfant, je sais que je voulais travailler dans la joaillerie, et j’ai commencé tôt : j’avais dix-neuf ans. 

Dans le monde incertain dans lequel nous vivons, l’art peut-il rendre le monde meilleur, du moins plus supportable ?

Et pourquoi pas ? C’est un médium, avec un vocabulaire et un message précis et particulier, que les artistes peuvent endosser, c’est certain. J’ai conscience que la période n’est pas forcément la plus adaptée pour exprimer sa créativité, mais il est nécessaire de prendre conscience de la gravité de la situation que nous traversons. C’est peut-être le moment de penser, et repenser aux messages que nous exprimons et diffusons, qui doivent être emplis de plus de conscience, de prudence et d’empathie. Tout ce que nous faisons a une part d’humanité et la créativité est essentiellement humaine, donc la mode doit absolument s’en faire le reflet. C’est pourquoi l’échange, la collaboration et la transmission doivent être des aspects cruciaux de ce domaine créatif.

Vous vivez un peu partout autour du monde, et vous avez notamment passé plusieurs années à Paris. Qu’est-ce que vous aimez particulièrement dans cette ville ?

Surtout son côté classique que j’aime tordre avec les pièces que je réalise, cette élégance typiquement française qui est partout et aussi ce goût du sérieux, trois choses qu’on retrouve beaucoup dans mon travail mais de manière twistée. Ce qui d’une certaine manière témoigne de mon esprit libre.

Crédits

Photographer Aijani Payne

Stylist Dan Sablon

Creative Direction Claire Thomson-Jonville

Videographer Martin Josserand

Groomer Sacha Giraudeau

Video Assistants Tanguy Tworzydlo & Eryl Bounekhla

Video Editor Matthieu Desreumaux

Stylist Assistant Clara Viano

Production Lotti Projects

Remerciements à la Galerie Bourbon.

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