Images courtesy of Supriya Lele, Chopova Lowena and Simone Rocha

Le meilleur de la Fashion Week de Londres AW22 : Nensi Dojaka, Supriya Lele et Simone Rocha

Notre guide ultime des meilleurs défilés de la saison, en direct ou presque.

par Mahoro Seward, Felix Petty, et Osman Ahmed
|
25 Février 2022, 3:05pm

Images courtesy of Supriya Lele, Chopova Lowena and Simone Rocha

Hello babes ! Welcome to London ! Eh oui, c’est déjà le moment de retrouver la capitale britannique dans toute sa splendeur : la Fashion Week de Londres pour les collections automne-hiver est de retour. Après la parenthèse « distancielle » à cause de vous-savez-quoi, c’est la deuxième fois qu’on peut réellement profiter à nouveau de cet événement incontournable où l’on découvre depuis toujours les styles les plus audacieux, les plus créatifs, les plus prometteurs. Et cette édition s’annonce dès à présent comme l’une des plus excitantes et intriguantes de ces dernières années : en l’absence de certains grands noms, c’est une nouvelle génération de talents qui a la responsabilité de donner tout son éclat à la Fashion Week de Londres AW22. Et justement, on adore la plupart de ces créateur·rice·s depuis leurs premiers pas après leurs diplômes : Supriya Lele, Stefan Cooke, Ahluwalia, Saul Nash, Conner Ives, Feben… et beaucoup d’autres encore !

Comme à chaque fois que la planète mode débarque à Londres, c’est ici que vous pourrez dénicher toutes les news immanquables de cette nouvelle semaine de looks et de moments exceptionnels. Nous publierons chaque jour un article récap’ pour vous tenir au courant des toutes dernières tendances : vous y trouverez tout ce qu’il faut savoir pour reconnaître à coup sûr le travail d’une Nensi Dojakas ou d’un Nicholas Daley. Gardez les yeux grand ouverts, darlings ! xoxo

Simone Rocha

C’est une histoire avec des cygnes qui inspire la collection AW22 de Simone Rocha, et comme la plupart des histoires ou des mythes qui évoquent cet animal, tout était sombre, dérangeant, puissant. Les enfants irlandais connaissent bien la « Mort des enfants de Lir », une fable où les quatre enfants d’un roi sont transformé·e·s en cygnes par leur belle-mère jalouse. Condamné·e·s à vivre sous cette forme pendant neuf cent ans, iels habitent successivement dans trois lacs, et meurent lorsqu’iels parviennent finalement à retrouver forme humaine. C’est un mythe plus poétique qu’il n’en à l’air, qui rappelle le Lac des cygnes en un peu plus sombre, et qui se prête tout comme le ballet aux réinterprétations les plus romantiques. Grâce à ses rubans, ses fronces, ses dentelles, ses broderies, ses ornements, Simone propose ainsi des tenues dignes de princes et princesses.

Sa collection extraordinairement sophistiquée reprend le mythe irlandais selon trois moments ou thèmes. D’abord, c’est la métamorphose des humains en cygnes qui inspire des silhouettes où le haut du corps est très chargé, avec des ailes de taffetas froissé et des chaînes tressées en tissu dépassant de grands manteaux. Ensuite, les tréfonds des lacs se retrouvent dans la couleur d’encre outremer de certains velours, et le jeu entre profondeur et surface dans les attaches des robes laissées visibles, les ventres nus sous des transparences d’organza, les jupes courtes ou même tronquées. Enfin, le retour des enfants chez eux peut se lire dans le côté chaleureux de châles façon couvertures ou couettes, et dans la violence soudaine d’un latex couleur rouge sang. On a aussi pu voir quelques tenues portées par des jeunes hommes, et des détails masculins comme des chemises à fines rayures, des inspirations workwear, des cuirs de bikers — ajouts tout à fait naturels au répertoire de Simone, comme elle l’a déclaré. Elle a conçu le défilé comme un film mettant en scène des adolescent·e·s, et c’est vrai qu’on rêverait tous de voir un tel spectacle sur le grand écran.  

Les cygnes procurent une métaphore adéquate au travail de Simone, tant ces oiseaux voguent avec élégance à la surface de l’eau, sans que l’on voie leurs palmes s’agiter frénétiquement pour avancer. À première vue, le défilé semble ainsi exprimer ostensiblement la manière coquette et féminine de son travail, autour de jolis rubans et fronces, de l’organza ou des perles. Mais quelque chose de bien plus sombre remonte à la surface, et de façon tangible quand les pièces, impeccablement structurées en couches et sections équilibrées, deviennent aussi noires qu’un lac sans fond, adoptent l’esthétique des habits de travail des métiers les plus durs ou celle des vêtements de deuil, tout en s’autorisant la révélation dramatique de jambes très nues ici, ou là l’irruption de touches rouge écarlate rappelant les films d’horreur sanglants. On l’aura compris, le style si reconnaissable de Simone Rocha recèle des surprises délicieuses, et ses robes vaporeuses pour adolescentes ne sont innocentes et naïves qu’en apparence. OA

Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha
Simone Rocha AW22
Image courtesy of Simone Rocha

Supriya Lele 

Les premiers défilés londoniens ont établi une chose : la scène locale « émergente » est en train de dépasser cette étiquette. Iels ont fini d’éclore, et beaucoup d’entre elleux ont déjà pu explorer et remettre en question leur propre esthétique, se donnant les moyens de produire des collections qui élargissent leurs horizons au-delà de leurs zones de confort. Supriya Lele, dont vous connaissez sans doute les robes pleines de lanières et de courbes (leur structure s’inspirant des plis et revers des saris traditionnels indiens), fait partie de ces talents. Sa collection la plus récente ajoute des pièces tout aussi remarquables à son répertoire, par exemple des manteaux en cuir (des trenchs taille basse comme des fourreaux tubulaires, des pièces à fermeture-éclair tendance sporty, des pardessus en satin à col cheminée…) ou des choses assez déjantées comme des pantalons cargo en soie aux formes amples et évasées, style pyjama.

Après le défilé, elle nous confiait en coulisses avoir voulu innover cette saison : « Ces nouvelles propositions viennent souvent de mes propres armoires. Il m’a fallu un peu de temps pour les intégrer parce qu’il faut s’appliquer pour réussir ce genre de choses ; j’ai voulu prendre le temps nécessaire pour bien travailler sur l’outerwear ». Son travail est encore plus impressionnant quand on sait que Supriya a réalisé toutes ces tenues à l’économie, avec une poignée d’employées — toutes des femmes — dans son atelier du sud de Londres, et qu’elle n’a pas encore bénéficié de financements importants. Ce qui est sûr, c’est qu’elle et son équipe maîtrisent parfaitement ce qui l’a fait connaître : ces robes aux formes tordues ou entortillées qu’on lace en quelques gestes, ces brassières fines nouées sur l’avant, ces crop top sinueux… le tout décliné dans une palette aux tons délicieusement dépareillés, allant d’un marron chocolat à un bleu paon, d’un jaune canari à un rouge cerise. Ses silhouettes affichent avec détermination une peau dénudée synonyme d’émancipation sexuelle, en écho au minimalisme débrouillard des années 1990 et 2000. Mais Supriya Lele ne se conforme pas pour autant aux normes de beauté du passé, faisant défiler des femmes aux tailles et corpulences diverses, nous rappelant à chaque silhouette combien son travail s’affirme résolument moderne, au service de toutes les femmes, quelle que soit leur apparence.

Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele
Supriya Lele AW22
Image courtesy of Supriya Lele

Erdem

Erdem a présenté sa collection AW22 dans la pénombre de Sadler’s Wells, où seuls de puissants spots installés en hauteur éclairaient la grande salle carrée en dessinant un motif à pois au sol. Annie Yim, une pianiste canadienne née à Hong Kong, jouait Glassworks, partition émouvante et hypnotique de Philip Glass. Son minimalisme tout en maîtrise fournissait une bande-son idéale au défilé qui explorait lui aussi les notions de dissolution, de résolution, d’une sorte de décadence mêlée de mélancolie.

Le show trouvait son inspiration chez des figures féminines des avant-gardes européennes des années 1930 : le livret du défilé cite notamment Jeanne Mammen, Madame d’Ora, Elfriede Lohse-Wächtler, Anita Berber et Valeska Gert. C’est l’atmosphère si particulière de cette époque qui intéresse Erdem, entre jeu et subversion autour de conceptions datées de l’identité de genre et de la sexualité (ce qui mena à des choses nouvelles comme Orlando, Radclyffe Hall, Cabaret, ou Christopher Isherwood…). La collection reflète tout cela en juxtaposant ou en hybridant tenues de journée et tenues de soirée, le formel et le casual, le masculin et le féminin : les habits réussissent à ménager des espaces où ces directions différentes peuvent s’entremêler et cohabiter en bonne intelligence. Par exemple dans la coupe très masculine d’un manteau formel mais rehaussé d’innombrables ornements, dans l’évanescence de robes de dentelle semblant scintiller puis s’effacer dans la nuit, ou encore dans l’exubérance des sequins, des broderies, des motifs jacquard… autant de détails qui captent l’attention.

Les parallèles entre les années 1930 et notre époque actuelle sont faciles à établir, mais il convient de reconnaître que chaque période a son lot de problèmes en termes de politiques de genre ou de géopolitique. Alors plutôt que de vouloir à tout prix décrypter l’analogie évoquée par Erdem, on appréciera surtout la beauté et le glamour des propositions de la marque. C’est bien ce qu’elle fait de mieux, et c’était encore plus convaincant cette saison grâce au choix réussi d’ancrer ce glamour dans une certaine noirceur. FP

ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.
ERDEM AW22
Photography Jason Lloyd Evans. Image courtesy of ERDEM.

Marques Almeida 

Même si Marques Almeida n’a pas présenté de défilé concret à Londres cette semaine, le label autrefois basé dans la capitale anglaise a lancé sa plate-forme, initiative d’envergure qui entend contribuer à une mode durable, au-delà des problèmes historiques du secteur sur cette question. Selon Marta Maques et Paolo Almeida, M’AKERS est un « projet de recherche et de mentorat au service des communautés créatives et de la préservation de savoirs-faire ancestraux ». Le duo ajoute que l’initiative a pour but de « s’assurer que des techniques artisanales ne disparaissent pas au fil du temps, et qu’elles soient au contraire reconnues et réactivées pour que l’époque contemporaine puisse encore en profiter ».

Marta Maques et Paolo Almeida ont invité un large panel d’artisan·e·s et de créateur·rice·s : Aldevina Serpo, artisan de l’île de Terceira aux Açores, Sofia Afonso, sage-femme et artisane à Trás-os-Montes, et Sónia Bárbara, designeuse également basée à Terceira. Cette collaboration a débouché sur une collection, en quelque sorte, qui rivalise en termes de couleur et de vivacité avec celles que produisent habituellement Marta et Paolo pour satisfaire leurs « M’A girls », comme iels disent, cette communauté dévouée d’amatrices de leurs textures psychédéliques, leurs robes-filets, leurs motifs aux allures de collage et leurs détails sophistiqués artisanaux. Le duo explique que : « le lancement d’un projet comme M’AKERS est l’occasion pour nous d’ouvrir une porte sur la recherche, d’apprendre des savoirs traditionnels auprès d’artisan·e·s et d’artistes ; une opportunité incroyable et inspirante qui nous fait voir les collections et la mode sous une lumière bien plus stimulante. Nous sommes conscient·e·s de ce que peuvent nous apporter ces personnes exceptionnelles et donc de ce que nous pouvons et devons faire, à notre mesure, pour préserver une partie de leur âme, de leur savoir, de leur pratique ».

MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida
MARQUES ALMEIDA AW22
Image courtesy of Marques Almeida

Martine Rose

Martine Rose a toujours fait des habits « hyperréalistes » pour des personnes qui le sont aussi, développant avec créativité et une forme d’héroïsme certaines situations de la vie quotidienne. Pendant la pandémie, elle s’est d’autant plus attachée à ce travail, s’inspirant des étranges détails de la vie contemporaine pour peaufiner ses défilés, ses collections et ses lookbooks, et réfléchissant à la façon dont les habits sont effectivement portés, et comment ils permettent d’exprimer notre identité aux yeux du monde. 

Pour sa collection AW22, Martine a plongé dans l’univers incertain que nous avons récemment découvert, fait d’horaires de travail flexibles, d’un new normal bancal, d’un flou généralisé entre bureau, maison, travail, routine, ponctué de quartiers d’affaires désertés et de milliers de chambres à travers le pays où se déroulent autant de réunions sur Zoom. Elle propose : « des habits joyeux pour s’ennuyer, des habits chaleureux pour récupérer, des habits confortables pour l’anxiété et le binge-watching ».

Le décor du lookbook est celui d’un bureau, un espace de travail où les mannequins de Martine arborent cette nouvelle garde-robe : iels sont prêt·e·s à revenir à la vraie vie avec flamboyance, mais aussi un peu émoussé·e·s, froissé·e·s, alenti·e·s par les jours de confinement forcé à la maison. Alors le costume est coupé dans du synthétique genre survêtement de sport, la robe de chambre se réinvente en veste de costume formelle, et l’écharpe se fait aussi mœlleuse qu’une couverture dont on s’enveloppe pour soigner sa gueule de bois au fond du canapé. On y trouve un côté pratique aussi, car Martine Rose a bien senti que personne ne veut plus vraiment faire d’efforts pour composer la tenue parfaite. Des tenues entières semblent pouvoir être enfilées aussi facilement qu’un t-shirt, avec des twinsets cardigan-pull qui deviennent des manteaux surréalistes à plusieurs couches, ou des vêtements double-face, en écho à notre vie numérique radicalement aplatie comme un écran d’ordinateur, qui font qu’un habit de la collection peut se présenter absolument différemment d’un côté ou de l’autre.

Le communiqué de presse affirmait que « les hommes et les femmes Martine Rose ont toujours été fièrement et joyeusement TOTALEMENT non-professionnel·le·s ». C’est une chance pour nous que cela ait abouti à une collection exceptionnelle conçue pour nos nouvelles vies modernes — une époque qui ressemble pourtant étrangement à la précédente, au moins un peu.

Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose
Martine Rose AW22
Image courtesy of Martine Rose

Stefan Cooke

C’est tout le potentiel du vêtement qu’explorent les collections de Stefan Cooke — notons que la marque est issue de sa collaboration avec son partenaire Jake Burt —, au sens où elles déploient tout un univers technique et émotionnel autour des éléments les plus fondamentaux d’une garde-robe : une paire de jeans, un cardigan en tricot, une redingote. Ça pourrait être un truisme, mais le label est l’un des rares à vraiment prêter attention à ces possibilités. Ainsi, lors de la saison précédente, l’identité britannique dans tous ses états inspirait une folle collection à cheval entre Topshop et Buffalo, où le mainstream entrait en collision avec l’underground, inventant un prequel imaginaire au style Indie Sleaze du début des années 2010. Cette ligne est toujours d’actualité pour cette collection-ci, avec un détour par l’ère Hedi Slimane chez Dior Homme — qui a, d’une manière ou d’une autre, influencé une si large part de la mode masculine contemporaine. Mais ces inspirations sont aussitôt déstructurées et mélangées avec des emprunts aux archives du label, avant un réassemblage final plein de virtuosité.

Stefan Cooke et Jake Burt ont notamment plongé dans des collections de costumes pour le théâtre, scrutant les détails techniques ou les trompe-l’œil de tel ou tel costume de scène. Au-delà d’un catalogue de références précises, décortiquées pour être réemployées, ils ont voulu saisir comment une tenue pouvait réussir, de manière immédiate et évidente, à camper voire incarner un personnage entier. Cette notion d’incarnation s’est retrouvée appuyée par la grande maîtrise technique du duo, que l’on retrouve dans certains éléments-signatures comme des pièces en tricot entaillées pour dessiner les diamants d’un motif argyle, ou des cottes de maille en pièces d’argent martelées. De même pour des tours de cou tricotés façon cardigan, des cols détachables et indépendants, une veste en tweed sertie de petits sequins scintillants, des tutus évoquant les ceintures de tissu type cummerbund. Autant de vêtements composés d’éléments mis à nu, retravaillés, exposés, rappelant que les costumes conçus pour la scène subissaient une customisation toujours renouvelée.

Selon moi, le clou du spectacle était l’utilisation d’un denim torsadé, que ce soit pour créer une veste exubérante ou pour orner d’un motif récurrent une paire de jeans. Étonnamment, l’habit réussissait à évoquer à la fois la magnificence du xviiie siècle et la simplicité de la meilleure paire de jeans d’un étal de marché — comme une pièce de seconde main qu’on ne dénicherait que dans le plus beau des rêves. Justement, si l’on pouvait voir à chaque silhouette une grande virtuosité technique, l’intérêt profond de la collection est qu’on a envie de tout porter soi-même. Une fois le défilé terminé, je me suis précipité en ligne pour voir les prix de la collection et commencer tout de suite à économiser.

Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke
Stefan Cooke AW22
Image courtesy of Stefan Cooke

16Arlington

Vers la fin de l’année dernière, nous avons reçu la triste nouvelle du décès de Federica « Kikka » Cavenati, la moitié du couple fondateur de 16Arlington. Au moment de sa disparition, elle travaillait encore sur la collection qui a été présentée aujourd’hui par son partenaire de travail et de vie, Marco Capaldi. Le défilé, intitulé « Tears » [Larmes], rendait hommage à l’œuvre et la mémoire de la créatrice. Mais les trente-huit silhouettes composaient un testament plein de chaleur plutôt que d’accablement, reflétant son « espièglerie », son bel esprit, sa lumière.

Le livret confirmait ce sentiment en rappellant que « Kikka était somptueusement, fabuleusement généreuse », et les tenues présentées s’en ressentaient : les ornements en cristal se retrouvaient partout, des minijupes en laine gris ardoise aux robes-fourreaux à col haut semi-transparentes, jusqu’à une tunique sans manches si chargée de cristaux qu’ils bruissaient à chacun des pas de la mannequin.

Les grandes plumes qui ont fait la réputation de la marque ornaient élégamment certains cols de la collection, leur exubérance luxueuse s’accordant aux petits hauts aux attaches fines et petits sequins scintillants ou aux pantalons souples et évasés faits de cuirs raffinés, le tout rythmé par le bruit lourd des chaussures à talon compensé en bois. Lorsque Marco se montra à la fin du défilé, à la suite de la dernière tenue, le public lui offrit une magnifique standing ovation, pleine de larmes et de sentiments mêlés. Regret et peine bien sûr, mais aussi et sans doute surtout la conviction profonde d’avoir vu aujourd’hui la preuve que, même si elle n’est plus parmi nous physiquement, l’esprit de Kikka est encore bien vivant. MS

B24I4747.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I4798.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I4995.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I5064.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I5243.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I5424.jpg
Image courtesy of 16Arlington
B24I5489.jpg

CSM MA

Pendant la Fashion Week de Londres, votre radar devrait toujours vous aiguiller vers un défilé incontournable, celui des diplômés de Master de Central Saint Martins. La planète (mode) toute entière sait que c’est là qu’on peut voir les talents qui définiront la trajectoire du secteur dans les années à venir — on a pu y assister aux premiers coups d’éclats de créateur·rice·s comme Lee Alexander McQueen ou John Galliano, et plus récemment Craig Green ou Simone Rocha. C’était enfin le retour cette année à un événement en présentiel après deux ans de hiatus pour le Master de l’école londonienne, et ce n’est que logique d’avoir pu y voir le travail d’une promotion élargie, avec trente-deux diplômé·e·s au total, au lieu d’une petite vingtaine habituellement.

La fournée 2022 est pourtant loin de souffrir de la comparaison avec ses aîné·e·s, et le nombre ne fait rien à la qualité du travail montré. En mode masculine, Aaron Esh et Juntae Kim ont présenté des tenues qu’on pourrait mettre dans les magasins directement, sans modification, et ils seraient sold out en quelques jours même au dernier sous-sol du Dover Street Market de Londres… Le premier se distingue par la qualité extrême de ses coupes et des pièces à l’excentricité bien dosée, comme un bomber en cuir rocailleux aux épaules moulées ; le second réussit un mélange harmonieux, à la fois inspiré par un romantisme un peu punk et un certain esprit d’Americana vintage, avec des denims coupés au cordeau et des cuirs qui ont vécu. Au titre des propositions où l’expérimental n’oublie pas d’être raffiné, on compte les très doués Charlie Constantinou, James Walsh et Joe Pearson. Signalons aussi le travail de l’un des deux vainqueurs du prix L’Oréal, Edward Mendoza (l’autre étant Jessan Macatangay) : sa collection taille XXL et kaléidoscopique voulait transmettre, comme il l’écrivait lui-même, un « message inclusif contribuant à la représentation d’hommes aux formes généreuses et à celle de ma famille aux Caraïbes et au Pérou ». MS

James Walsh MA Collection
James Walsh MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Juntae Kim MA Collection
Juntae Kim MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Aaron Esh MA Collection
Aaron Esh MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Charlie Constantinou MA Collection
Charlie Constantinou MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Ed Mendoza MA Collection
Ed Mendoza MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Jesse Macatangay MA Collection
Jesse Macatangay MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.
Joe Pearson MA Collection
Joe Pearson MA Collection. Image courtesy of Central Saint Martins.

Fashion East

Cela fait déjà deux décennies que Fashion East met la barre incroyablement haut, et l’incubateur de talents qui a su encourager l’éclosion de certains des plus grands noms de la mode britannique n’a pas démenti cette réputation lors de cette Fashion Week. Leurs collections AW22 incluaient les débuts de Jawara Alleyne, aux pièces masculines élégantes et distinctives, comme des hauts en tissu deadstock à peine maintenus par des épingles à nourrices, ou des jupes en tissu de coupe-vent upcyclé. Les vêtements sur-mesure de Chet Lo associaient des franges cloutées à de la fausse fourrure bouffante aux teintes bubble-gum, tandis que le finaliste du prix LVMH, Maximilian, a conclu en beauté son séjour au sein de l’incubateur avec une collection explorant l’identité anglaise contemporaine et la ferveur religieuse. Cliquez ci-dessous pour lire notre reportage complet sur le défilé qui a tenu en haleine tout Londres.

Richard Quinn

Le public était extrêmement heureux de pouvoir assister de nouveau à des défilés se déroulant réellement sous ses yeux. Quel que soit le degré de sophistication des innovations technologiques, le numérique ne pourra jamais égaler le sentiment que l’on éprouve à voir soi-même le chatoiement des feux de la rampe sur du latex parfaitement lisse, les plus fins détails des broderies de fleurs ou de plumes, ou à entendre de ses propres oreilles les bruissements des volumineux jupons de taffetas qui craquent et se froissent à chaque pas sur le catwalk. Voilà le genre de buffet sensoriel que le public du défilé de Richard Quinn pouvait déguster dans un imposant salon de Pimlico aux murs intégralement décorés de velours rose poudré. Alors qu’un orchestre symphonique au complet accompagnait le spectacle, ce fut une célébration sans aucune limite, dédiée à la couleur et au travail de la main, une ode à la silhouette. Cette parade enivrante de textures et de formes était en fait familière à celleux qui suivaient déjà le travail du créateur : une abondance de motifs floraux, dans des imprimés aux couleurs saturées, du jacquard, des broderies méticuleuses, le tout appliqué à des manteaux à manches tronquées aux airs Mod, des chimères bottes-pantalons et des robes à manches cloche bouffantes à l’excès. Les silhouettes s’en trouvaient modifiées outrageusement dans une débauche de volumes réjouissants, avec des épaules déstructurées jusqu’à exploser, des crinolines rebondissantes, des plumes montées en ornements façon soliflore. On trouvait aussi du latex, en contrepoint licencieux aux grandes toges semées de pétales, dans des hauts collés aux corps ou dans un duo de tenues complémentaires pour Dominatrix & son toutou, le second rôle étant tenu par Violet Chachki. S’il y avait bien une chose qui nous avait manqué pendant cette période de défilés virtuels qui semblait parfois interminable, c’était sans doute un certain sens du spectaculaire, et c’est exactement ce que nous a offert Richard Quinn la nuit dernière. MS

1371609645.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371608265.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371608141.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371606653.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371606619.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371590128.jpg
Image courtesy of Richard Quinn
1371589706.jpg
Image courtesy of Richard Quinn

Robyn Lynch

Face au climat londonien, la collection Robyn Lynch AW22 tombait à pic. Renouvelant sa collaboration avec Columbia, la créatrice proposait des vêtements capables de nous protéger de la tempête qui soufflait à l’extérieur. Mais le côté pratique se marie toujours chez elle à une certaine excentricité, comme l’ont confirmé les dix-neuf silhouettes de ce qui constituait son premier défilé personnel, après son diplôme en mode masculine à Westminster et deux défilés sous la houlette de l’incubateur Fashion East.

La jeune et prometteuse créatrice avait consacré la moitié des tenues à la collaboration avec Columbia, transformant en doudounes raccourcies des vestes upcyclées à partir de tissus deadstock ou de nylon issu de la dépollution des océans. De telles matières techniques étaient aussi utilisées à des fins plus organiques, débouchant sur des pièces chaleureuses en tricot ou serties de perles et de broderies. En fin de compte, la collection AW22 de Robyn Lynch pourrait aussi bien être portée sur le dancefloor ou à l’arrêt de bus, qu’on soit un·e jeune désœuvré·e cherchant la bagarre ou un·e citadin·e adepte du gorpcore. FP

Robyn_Lynch_AW22002.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22005.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22009.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22012.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22015.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22019.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch
Robyn_Lynch_AW22018.JPG
Image courtesy of Robyn Lynch

Molly Goddard

C’est le retour de Molly Goddard sur les catwalks après qu’elle a eu un bébé — présent dans l’assistance aujourd’hui, sur les épaules de son partenaire à la ville. Sa collection AW22 s’est révélée être avant tout un hymne à la joie, en premier lieu celle de s’habiller. « Le mot-clé était “s’amuser” ; j’avais oublié le volume de travail qu’il faut déployer pour faire un défilé », nous a-t-elle confié en coulisses.

Les vêtements de Molly évoquent depuis toujours une candeur et un enthousiasme enfantins, et le fait de devenir mère n’a sans doute pas eu une influence particulière sur son travail. Elle s’est plutôt inspirée ici de sa propre jeunesse, de ce qui se vendait à Portobello Market dans les années 1980 et 1990, de la scène londonienne de l’époque. Cela donne quelque chose entre Marilyn Monroe et Mick Jones, le guitariste des Clash, un style un peu fifties, un peu punk, un peu glam des eighties, « vestes militaires et chaussures GAT ». 

On peut porter seules et en journée la plupart des pièces composant les tenues de ce défilé virtuose qui a une nouvelle fois montré combien Molly est une figure essentielle de la scène londonienne, où l’exubérance se marie souvent à un certain côté pratique. La première silhouette donnait le ton, d’une certaine manière : un long cardigan-pull couleur blanc cassé tirant sur le jaune, tombant sur les fronces volumineuses d’un ample jupon de tulle sombre. Sans ostentation, le contraste fonctionnait pour créer un ensemble facile à porter quoique sensationnel.

Il y avait aussi beaucoup de pièces tricotées, de motifs Fair Isle, de grandes bottes, de cardigans mœlleux. Et deux couleurs en particulier se retrouvaient dans toute la collection, deux teintes que Molly a su faire siennes au fil de sa carrière : ce jaune-écru si singulier, et un rose éclatant quasi fluo. Une silhouette a fait sensation par sa coupe audacieuse, épaules plus larges que la normale, taille cintrée et sans volume, jupe courte en efflorescence de tulle. Dans une saison londonienne où les grands noms se sont faits assez rares, la collection a rappelé à tout le monde le grand talent de Molly Goddard, et combien ses créations de mode expriment avec brio sa personnalité et son sens du style.

Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard
Molly Goddard AW22
Image courtesy of Molly Goddard

AV Vattev

Au cours des quatre saisons précédentes, Antonio Vattev, basé à Londres, a su construire avec constance un répertoire d’éléments distinctifs, par exemple des bombers compacts mais dont les pans forment des chevrons tournés vers l’avant, des manteaux en cuir avant-gardistes avec des fermetures croisées incrustées de diamants, ou encore des motifs graphiques inspirés des tableaux de David Hockney. À l’occasion de la collection AW22 de son label quasi éponyme, AV Vattev, le créateur a préféré insister sur quelques-uns de ces traits distinctifs plutôt que de trop élargir son vocabulaire vestimentaire : d’amplifier l’existant pour qu’il soit encore plus audible, en quelque sorte. Justement intitulée « Soul Control Vol. 2 », la collection, présentée dans le cadre de la programmation en ligne de la Fashion Week de Londres, pouvait faire penser à un genre d’album collector remixant les meilleurs morceaux du créateur. Ainsi le manteau Jukebox à la coupe audacieuse a-t-il été retravaillé en blazer, ou bien reconnaît-on des motifs découpés au laser lors des saisons précédentes et ici déclinés sur des pièces en tricot, sensuelles, arachnéennes, texturées. La collection réussit à conjuguer l’esprit glam du rock des années 1970 et l’insouciance du street style des années 1990, et satisfait notre goût collectif envers une forme de nostalgie pour la culture d’hier, sans pour autant sembler régressive ou datée. MS

Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev
Av Vattev AW22 show
Image courtesy of Av Vattev

Ahluwalia

Le public de la Fashion Week adore assister aux premiers pas d’un nouveau talent, et cette saison c’était Ahluwalia que nous voulions voir par-dessus tout. D’autant plus que ce « début » n’en était pas tout à fait un, puisque Priya Ahluwalia figure déjà en bonne place au sein de la nouvelle génération de créateur·rice·s britanniques ayant su apporter à la scène locale une épaisseur interculturelle et une certaine ouverture intellectuelle. Ces deux dernières années, elle a raflé plusieurs prix, et pas des moindres, par exemple le BFC Fashion Fund, le prix LVMH en 2020, et cette année elle est en lice pour remporter le prix Woolmark.

Elle a déjà triomphé dans nos cœurs avec sa collection intitulée « From Nollywood to Bollywood », présentée au sous-sol du 180 The Strand, qui rend hommage à ces deux industries cinématographiques uniques au monde. On retrouve l’influence qu’elles ont pu avoir sur la créatrice pendant son enfance, et des références plus directes à des films cultes comme Kuch Kuch Hota Hai d’une part et Games Women Play d’autre part, au fil des échos vestimentaires à leurs similitudes comme leurs différences. 

Priya a cependant su éviter le trop-plein de références, et a réussi à s’approprier cette profusion de récits pour produire, avec une finesse inégalée, des tenues séduisantes, évidentes, et que chacun·e peut porter. Des chemises en soie chatoyantes sont imprimées de couleurs inspirées des aplats inégaux des décors et affiches de Nollywood peints à la main. Des costumes formels aux lignes courbes épousant les formes du corps sont retouchés au moyen de fines rayures pailletées. Des voiles rappelant les saris fusionnent avec des looks échancrés, inspirés du rara, qu’affectionnent les protagonistes les plus audacieux·ses du compte @nolly.babes. Autant de silhouettes qui évoquent subtilement tel ou tel souvenir, personnage ou tradition, et qui sont néanmoins faites pour sortir faire la fête sans paraître trop apprêté·e.

Par sa grande diversité, la collection démontre aussi combien Priya elle-même est consciente de parler à un public très varié, qui enfile non seulement ses tenues légères pour aller danser mais peut aussi arborer un manteau en velours somptueux multipliant les textures et les couleurs (safran, bleu très profond, terre de sienne…). C’est d’ailleurs le cas en mode masculine comme en mode féminine — catégorie que la créatrice a rejointe à la saison précédente et qu’elle a renforcée cette année. Et si vous en voulez encore, vous pouvez vous régaler en ligne auprès de vos aunties préférées, avec une vidéo qui satisfera votre envie d’en savoir un peu plus sur les collections Ahluwalia AW22, bande de veinard·e·s ! MS

Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia
Ahluwalia AW22
Image courtesy of Ahluwalia

Nensi Dojaka

Tout le monde s’arrache Nensi Dojaka en ce moment. La dernière lauréate du prix LVMH — décerné par les plus grand·e·s créateur·rice·s du monde, rien que ça, et doté de 300 000 euro… — a su capter l’air du temps en proposant aux jeunes femmes qui n’ont pas froid aux yeux des robes pleines de lanières et d’ajours, des bricolages sexy pour celles qui essaient d’oublier les confinements en affirmant leurs désirs, grande tendance contemporaine. Mais si l’on pouvait regretter que sa vision de la sexualité soit parfois aussi étroite que les hanches de ses mannequins, sa collection AW22 est l’occasion pour la créatrice née en Albanie d’affiner son propos, élargissant son répertoire pour devenir encore plus inclusive, et donc encore plus en phase avec son époque. Robes aux tons fauves et ocres, doudounes sculpturales et superpositions de pièces de haute couture et de lingerie composaient une magnifique parade de vêtements aguicheurs jusqu’au voyeurisme mais conçus pour toutes les femmes et toutes les corpulences, comme l’affirmait Nensi. Paloma Elsesser et des modèles aux formes généreuses rendirent ce message explicite, de même que Maggie Maurer, son ventre rond pris dans une longue robe sequinée qui laissait apparaître en transparence un string scintillant (Rihanna semble toute désignée pour prendre la suite de la mannequin enceinte… !). Comme toujours, attaches, lanières, plis et plissés soulignaient avec délicatesse la topographie du corps féminin, avec un port plus aisé et une main plus souple que par le passé grâce à l’introduction de matières plus malléables et douces que l’organza, auparavant plébiscité par la créatrice. Faire en sorte que les femmes puissent affirmer sereinement une sexualité conquérante, mais aussi veiller à ce que leurs robes moulantes soient des habits confortables ?! Voilà une idée qui vaut des millions. OA

Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka
Nensi Dojaka AW22
Image courtesy of Nensi Dojaka

Matty Bovan

Le créateur Matty Bovan est tout à fait britannique, si l’on peut dire. Pas le genre d’Anglais sourcilleux ou hautain qui ne jurerait que par la croix de saint Georges, mais plutôt celui qui réussirait à vous rendre fier des fragments d’histoire qu’il mobilise dans ses créations. Celles de Matty sont clairement les héritières de Vivienne Westwood et ses séries Anglomania, mais mâtinées d’un peu de Derek Jarman, avec un soupçon de William Morris. Le créateur parvient toujours à trouver une radicalité chez des choses qui, à première vue, n’offrent aucun angle aigu, aucune aspérité, comme le tricot, le fait-main, l’artisanal, le local, et la rêverie. Tout cela pour dire combien on ne s’attendait pas à ce que ses rêves se tournent vers les États-Unis cette saison.

C’était pourtant le cas au premier jour de la Fashion Week de Londres, où Matty a renoué avec les catwalks après deux ans de hiatus, pour un défilé-événement à la bande-son grandiose, conçue en collaboration avec Derek Piotr. Sa collection AW22 s’inspire largement de son séjour dans le Connecticut et de ses recherches à la bibliothèque Mark Twain sur le folklore états-unien au sens large.

Les symboles parfois contestés de l’Americana se retrouvent ainsi dans ses silhouettes : débardeurs moulants à motifs patriotiques, robes en tulle volumineuses évoquant la bannière étoilée, blousons de sport universitaires mis en pièces et raccomodés dépareillés… Autant de bricolages empruntant à des pièces classiques comme les jeans ou les bombers, et retravaillant des marques légendaires comme Calvin Klein ou Converse. Au lieu du casting habituel de top-modèles des défilés de Matty, des mannequins jocks aux larges épaules et mâchoires carrées arboraient les assemblages si particuliers du créateur, à l’exception de la formidable Irina Shayk qui mit la touche finale au spectacle.

Matty a intitulé la collection « Cyclone », non sans ironie, en écho au Covid-19 (et non pas à la tempête Eunice qui faisait rage au même moment sur l’Angleterre) et à la façon dont la pandémie avait apporté le chaos et la destruction à la planète. Mais le créateur y voit aussi une promesse, un espoir que le malheur mène à la beauté. C’est d’ailleurs bien le cœur de son travail : sa collection compilait en quelque sorte tous les symboles fatigués de la mode états-unienne. Malmenés, déstructurés, déchiquetés, ils peuvent ensuite être rafistolés et mélangés par Matty Bovan pour créer une tornade optimiste, faite de positivité, de savoir-faire artisanal, et de beauté. FP

Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan
Matty Bovan AW22
Image courtesy of Matty Bovan

Conner Ives

Conner Ives a reçu son diplôme de Central Saint Martins à une période qui restera dans les annales comme l’une des moins favorables depuis longtemps. Le monde entier se confinait, on suspendait les événements comme la Fashion Week, les magasins fermaient, et les créateur·rice·s, quelle que fût leur envergure, se battaient à grand-peine contre les ruptures de chaîne de production et les difficultés des usines et réseaux industriels qui sous-tendent le secteur de la mode. Même s’il avait réussi à montrer sa première collection en ligne, c’était cette semaine la première fois que le créateur né à New York pouvait faire défiler ses silhouettes. En coulisses, il confiait avoir regardé à nouveau son film préféré sur la mode, Unzipped!, un documentaire sur les tumultes de l’industrie dans les années 1990 racontés à travers le regard d’Isaac Mizrahi. Avec une excitation sensible dans la voix, il continuait en disant avoir voulu créer « un spectacle de mode, réjouissant, exubérant… Une occasion de célébrer la mode, la raison pour laquelle nous avons tous commencé notre carrière ». 

Sa collection fait la part belle aux pièces upcyclées, puisant dans la chaleur des sentiments caractéristique du mouvement artistique du milieu du xixe siècle qui donne son nom à l’ensemble, « Hudson River High », vue à travers les filtres plus récents de la télé-réalité, des séries à l’eau de rose pour lycéens, des comédies romantiques hollywoodiennes. Conner est un vingtenaire avec un humour marqué par l’ironie, mais aussi doté d’une affection sincère pour la télé-poubelle, les séries Z et la culture internet qui l’ont vu grandir — un régime auquel nous avons tous et toutes été soumis·es, non ?! Du coup, ses tenues sont extrêmement bien faites et méritent de connaître enfin les catwalks, mais elles sont aussi pleines d’humour, célébrant délicieusement les stéréotypes états-uniens les plus égocentriques et les plus essentiels. C’était donc une collection reposant sur un double upcycling : celui de tissus deadstock et celui de références datées de la pop culture.

On a pu savourer une galerie de personnages nous ramenant au bug de l’an 2000 avec leurs jeans bootcut, leurs jupes amples en touches de piano, leurs t-shirts à patchwork rétrécis au lavage… quand ce n’étaient pas les notes et descriptions qui faisaient directement référence aux tropes contemporains de l’Americana. Parmi les mannequins qui glissaient et virevoltaient sur scène, on pouvait ainsi reconnaître dans la « Vogue Girl » une version du personnage d’Anne Hathaway dans Le Diable s’habille en Prada : une jeune new-yorkaise aux dents longues qui assortit sa petite gapette bouton d’or et son caban croisé fait d’un assemblage de couvertures militaires polonaises — et qui, bien sûr, assortit de même son rouge à lèvres à ses boutons dorés. Ou les candidats pleins d’espoir de télé-crochets tels qu’America’s Next Top Model : hauts blancs aux détails de nuisettes, jeans bootcut bien bleus, et talons aiguilles… (Associer un haut classe et une paire de jeans ? Ça rappelle grave l’an 2000 !) Ou encore les mères au foyer coincées dans leurs pavillons périurbains, les auto-stoppeur·se·s hippies des années 1970, les vice-présidentes en tailleur, les princesses de Park Lane, les starlettes du Motown. Il y avait même des silhouettes évoquant Jackie Kennedy — une grande robe longue s’évasant en trapèze, à motif traditionnel en patchwork — et sa belle-fille Caroline Basette Kennedy — une robe de mariée en soie aux découpes en travers et en biais. Autrement dit, chacun·e pouvait y trouver son compte, quoique toutes ces filles apparaissaient résolument exotiques ici au milieu de notre bonne vieille Londres. OA

Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Image courtesy of Conner Ives
Conner Ives AW22
Images courtesy of Conner Ives

Nicholas Daley

Plusieurs créateur·rice·s semblent s’être soucié·e·s de l’accompagnement musical de leurs défilés cette saison, et en premier lieu Nicholas Daley. C’est loin d’être une coquetterie pour celui qui a toujours placé le son et une forme de performance et d’enthousiasme communicatif au cœur même de son travail, que ce soit dans ses collections sous son label éponyme, ou dans le choix des lieux où il les présente — ce qui leur a valu une solide réputation dans le calendrier de la Fashion Week de Londres comme événements immanquables et réjouissants. D’ailleurs, même s’il n’a présenté ses créations qu’en ligne cette année, on pouvait néanmoins ressentir cette énergie tout au long de sa collection AW22, intitulée « Dark Haze » [Brume ténébreuse]. Dans ce qui est peut-être sa collection la plus sombre et tourmentée, Nicholas rend hommage à la guitare électrique et son « pouvoir de séduction venu d’un autre monde », explorant le monde du punk et du rock, où le brouillard et la fumée estompent les lueurs rouges de signaux d’alarme. On y croise ainsi un blouson en cuir à franges et un bomber à empiècements, touches de flamboyance rock’n’roll, mais aussi des tartans boucletté, aux teintes naturelles, travaillés en manteaux compacts, en jupes et même en poncho oversize, qui jonglent entre hommage sincère et iconoclasme punk. On se retrouve dans la fosse en septembre, les gars ! MS

Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley
Nicholas Daley AW22
Image courtesy of Nicholas Daley

Saul Nash

C’était à Saul Nash que revenait l’honneur d’ouvrir officiellement la semaine de festivités. Sa collection fut préfacée d’un film de FX Goby, filmé dans un salon de barbier du quartier londonien de Kensal Rise et qui, selon un communiqué, « explore la spiritualité et le folklore qui unissent les communautés ». Justement, les pièces du créateur s’appuyaient sur les émotions et sensations qui contribuent au sentiment d’appartenance, au fait de se sentir connecté aux autres, à un lieu, à une culture. Pour Saul, cette recherche passait par la Guyane, dont la culture a profondément marqué son adolescence dans le nord de Londres, et d’où sa mère est originaire. Des tuniques sans col étaient floquées du nom du pays, des pièces fonctionnant en duo accordaient leurs imprimés et leurs teintes flous, mêlant du jaune canari au vert des feuilles de palme ou au brun du bois brûlé, et on pouvait reconnaître Jemanja au détour d’un motif, déesse de la mer et des eaux présente dans plusieurs traditions folkloriques afro-caribéennes. Mais c’est en étendant sa panoplie de talents à un style plus formel que le créateur a montré les signes de progression les plus remarquables. Si son sens de la coupe était déjà aiguisé, son tout premier costume témoigne de cette belle trajectoire, campant une silhouette bancale aux manches détachables en CombatWool (mérinos et nylon) à l’éclat parfaitement mat. MS

Saul Nash AW22 - 2.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 4.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 8.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 12.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 14.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 16.jpg
Image courtesy of Saul Nash
Saul Nash AW22 - 19.jpg
Image courtesy of Saul Nash

Harris Reed

À la veille de l’ouverture officielle de la Fashion Week de Londres se tenait déjà un grand spectacle : le défilé de Harris Reed. Tandis que Sam Smith chantait « Kissing You » de Desirée, on pouvait voir une myriade de mannequins s’alanguir en poses variées parmi les étoiles et nuages d’un décor olympien. Harris nous offrait une vision paradisiaque de la mode, où des amazones glam de genre fluide défilent dans des robes à longue traîne faites de matières splendides. La marque éponyme du créateur présente une collection pour la troisième fois — quoiqu’il ait multiplié les collaborations et les collections-capsules —, un événement qui marque un tournant audacieux dans son développement. En effet, plutôt que de produire du prêt-à-porter pour des revendeurs ou des grossistes, le natif de Californie veut mettre sur pied un modèle économique entre haute couture et sur-mesure, en inventant des pièces uniques destinées à des client·e·s VIP en particulier. La collection empruntait son titre, « 60 Years a Queen » [Reine pendant 60 ans], au livre de sir Herbert Maxwell sur le règne de la reine Victoria, paru en 1897, et une certaine opulence victorienne était palpable dans les silhouettes proposées. Des tailles corsetées côtoyaient des costumes à très larges revers, des brocarts richement décorés empruntaient leurs couleurs à des joyaux (de la Couronne) et d’énormes nœuds de taffetas rivalisaient en taille avec d’immenses chapeaux. Il faut noter que la plupart de ces pièces très travaillées procédaient d’upcycling, exécuté par les ateliers d’Italie du nord de la famille Bussandri, experte en tapisserie et restauration depuis un siècle. Moitié ère victorienne, moitié glam rock, la collection faisait penser au revival byronien auquel on avait assisté dans les années 1960, quand Mick Jagger et consorts adoptaient les plissés victoriens et les chemises à jabot pour remettre en question l’identité masculine. Aujourd’hui, les créations de Harris contribuent à faire avancer le débat non seulement sur l’identité de genre et sa possible fluidité, mais aussi sur le potentiel et la mission de la mode dans le champ culturel au sens large. Il est certain que ces vêtements ne sont pas ceux de la vie de tous les jours, qu’ils sont loin des basiques d’une garde-robe fonctionnelle. Mais leur écho se répercutera dans d’innombrables photos et vidéos partagées en ligne, et on les retrouvera sans doute sur les tapis rouges quand viendra le temps des cérémonies et des galas. Car les stars ne s’y tromperont pas : ces tenues sont faites pour les étoiles ! OA

Look 1_Harris Reed_February 22_Marc Hibbert.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 2_Harris Reed_February 22_Marc Hibbert.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 4_Harris Redd_February 22_Marc Hibbert.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 6_Harris Reed_February 22_Marc Hibbert.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 7_Harris Reed_February 22_Marc Hibbertjpg.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 8_Harris Reed_February 22.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed
Look 9_Harris Reed_February 22_Marc Hibbert.jpg
Photography Marc Hibbert. Image courtesy of Harris Reed

Charles Jeffrey Loverboy

Même si la marque n’a jamais vraiment mis en avant cette facette-là de son travail, la musique a toujours beaucoup compté pour Charles Jeffrey Loverboy. Ses premiers pas dans l’est de Londres l’avaient consacré comme ambassadeur pour la mode au sein des bacchanales sans fin de l’underground queer. Il figure désormais parmi les maisons les plus prometteuses et ambitieuses de la capitale britannique, grâce à des looks affichant fièrement leur exubérance à grand renfort de tartans maison flirtant avec le punk, de silhouettes nonchalantes et de pièces en tricot savamment déstructurées. Sa petite musique continue de résonner singulièrement dans nos têtes, et s’amplifie au fil des années pour nous procurer un sentiment bien particulier, jusqu’à la profusion offerte par cette collection AW22, justement intitulée « Art of Noise » [L’art du son].

Charles et son équipe ont choisi comme point de départ le documentaire Wild Combination: A Portrait of Arthur Russell, qui retrace la vie de l’artiste et violoncelliste aujourd’hui disparu, pour se lancer dans l’exploration de la résonance culturelle et phénoménologique de la musique à travers un triptyque mêlant art et mode. Un premier temps, « The Physical », s’inspirait d’artistes comme Pablo Picasso période cubiste ou Claes Oldenburg, reprenant les formes d’instruments de musique pour dessiner les courbes et contours de manteaux en laine épaisse à motif plaid ou de jupes pinceau en tartan. Ensuite, « The Cultural » évoquait les biographies des musicien·ne·s elleux-mêmes, en particulier les iconoclastes de la No Wave new-yorkaise émergeant à la fin des années 1970 avec le post-punk, comme Lydia Lunch et James Chance. Enfin,  « The Emotional » était sans doute la section la plus illustrative du thème musical, chaque silhouette essayant de donner forme à tel ou tel sentiment que peut procurer la musique. Une symphonie faite de hauts raccourcis faits de petits sequins, de manteaux compacts en polaire monogrammée dans des couleurs primaires, de costume trois-pièces en tartan froncé all-over, ou encore des volutes de tulle brodés de zigzags. MS

00001-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00005-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00008-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00012-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00027-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00041-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy
00043-charles-jeffrey-loverboy-fall-22-RTW-credit-brand.jpg
Image courtesy of Charles Jeffrey Loverboy

Paolina Russo

On ne s’attendrait pas à rencontrer une princesse-guerrière tout droit sortie de Final Fantasy dans un lotissement périurbain où rien ne détonne. Mais c’est bien cette esthétique que déploie « Relics », la collection la plus récente de Paolina Russo. La Canadienne basée à Londres téléporte dans les rues monotones de la grande banlieue où elle a grandi cette farouche héroïne issue de l’univers des jeux vidéo et aujourd’hui au cœur de sa vision artistique. On retrouve la signature de la créatrice dans les pièces moulantes en tricot côtelé (justaucorps, leggings, t-shirts à manches longues), ici réinventées par l’utilisation de fil simple de laine dans des teintes naturelles, évoquant les couleurs de la terre ou du gazon retournés. On sent aussi toute la puissance de poses athlétiques grâce aux mini- et midi-jupes à taille basse dont les pans rejaillissent au niveau de la cuisse, aux corsets faits de baskets recyclées, aux ponchos raccourcis aux motifs Fair Isle qui viennent protéger les épaules comme d’adorables petites pièces d’armure. À la fois confortablement vêtues et prêtes à en découdre, les silhouettes de Paolina sont décidément à la pointe du chic. MS

Paolina Russo AW 22 1.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Paolina Russo AW 22 3.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Paolina Russo AW 22 6.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Paolina Russo AW 22 8.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Paolina Russo AW 22 12.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Paolina Russo AW 22 13.jpg
Photography James Robjant. Image courtesy of Paolina Russo
Tagged:
London Fashion Week
AW22