Quand l’envie vous prend : 7 baisers iconiques à la française 

i-D invite Love French Movies à lui livrer les pépites du septième art. Retour sur 7 cultes « french kisses ».

par Camille Laurens
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12 Octobre 2020, 11:41am

Si la France est aux yeux du monde, le pays de l’amour, les romances se nourrissent de cet imaginaire. En passionné du genre, i-D est allé à la rencontre de Victoire et Hugo, férus de cinéma français, qui ont monté un Instagram dédié : focus sur les fameux baisers dans le septième art. Le cinéma raffole de ces instants précieux ! Ces scènes recèlent de facettes, tels des diamants dont il faut découvrir le travail d'orfèvre, parfois subtil. Les réalisateurs, fort de leur réputation de lovers, excellent dans l’exercice, et nombre de films marquent à jamais les fantasmes des spectateurs, séduits par des embrassades qui résonnent en eux. Si elles peuvent être des machines à fantasme, les romances sont aussi de véritables outils thérapeutiques. Et si l’on enrobe le tout d’un étau français, le chic n’est jamais loin ? Tant pis pour les stéréotypes. Retour sur 7 baisers cultes qui font retomber in love.

1- Le plus libre

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Capture d'écran - À bout de souffle / Jean-Luc Godard / 1960

Un jeune rebelle en fuite, Michel. Une étudiante américaine, Patricia. La Sorbonne. Une course poursuite sur fond d’histoire d’amour et de meurtre. Le couple Belmondo et Jean Seberg propose du fantasme sur pellicule. Le désir enfoui d’un Bonnie and Clyde 2.0 sur les routes de France avec un baiser dans le cabriolet qui vient sublimer la tension sensuelle entre les deux héros. D’abord réticente, et résistante face aux avances du fougueux Michel dont elle pense être un simple objet de convoitise, le baiser vient sceller le destin tragique du fugitif. Aussi symbolique qu’une scène intime, cette tendresse échangée dans la décapotable est à l’image de leur amour : libre, sauvage, impalpable. Dans le film, on peut entendre entendre Godard questionner « Est-ce que les femmes sont plus sentimentales que les hommes ? ». Celui-ci répond : « Les sentiments sont un luxe que peu de femmes s’offrent. ». A voir …

Le baiser dans la voiture de À bout de souffle / Jean-Luc Godard / 1960

2- Le plus adultère

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Capture d'écran - Amour l’après-midi / Eric Rohmer / 1972

Installé dans une histoire d’amour paisible, père comblé et mari accompli, rien ne préfigure la scission sentimentale qui attend Bernard Verley. Rohmer, tel un Balzac ou un Flaubert, vient dépeindre avec subtilité les tréfonds du désir et de la fidélité. A la suite de la rencontre de la sauvage Zouzou, les fondations s’étiolent. Entre raison et passion, l’amour simple vient se cogner à la tentation incarnée par la nouveauté faite femme. Le baiser est ici une symbolique de l’impossible, à découvert, dans un bistro parisien, à l’image de la relation fusionnelle qui bouleverse la tranquillité de son héros : loin de la chambre à coucher classique, il est à la volée, privé d'intimité mais impossible d’y résister, comme un instinct animal lové dans un bistro parisien, une douceur !

Le baiser sur un coin de table dans l’Amour l’après-midi / Eric Rohmer / 1972

3- Le plus sensuel

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Capture d'écran - La piscine / Jacques Deray / 1969

Attention chef d'oeuvre du cinéma ultime, la piscine est une clé de voûte dans la symbolique du baiser et de sa puissance collatérale. Dans ce quatuor amoureux, les performances envoûtantes d’un Alain Delon et d’une Romy Schneider, sublimées par la lumière méridionale, sont à couper le souffle. Anciennement couple vedette à la ville, la Piscine scelle les retrouvailles passionnées des deux amants, 5 ans après leur séparation. Une osmose facile à percevoir tant la symbiose des acteurs transpire de l’écran. Un baiser sauvage aux abords de la piscine, la scène s’érige comme cultissime. Une piscine comme une actrice majeure de cette romance tragique. A voir absolument.

Le baiser au bord de l’eau dans La piscine / Jacques Deray / 1969

4- Le plus vertigineux

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Capture d'écran - Le genou de Claire / Eric Rohmer / 1970

Héros hédoniste, qui voit son été comme la période propice à l’amour et aux découvertes épicuriennes, Jérôme, interprété par Jean-Claude Brialy, est au centre d’un méli-mélo amoureux mis en lumière au prisme de rôles féminins forts, singuliers et puissants. Avec une campagne sauvage en arrière-fond, le pittoresque des scènes offre une esthétique picturale léchée, avec la scène de l’escabeau comme apothéose. En pleine cueillette de cerises, le baiser entre l’amoureux et Laura est à la fois troublant et émouvant, car ce baiser est accompagné du regard de Jérôme en bas de l’escalier, la caméra érotisant le genou de la jeune femme comme objet de désir. Une façon d’aborder la sensualité novatrice, ou le genou prend vite des allures de “jeu”- “nous”: à l’image de la Nouvelle Vague, ce baiser ultra-graphique se joue de nous avec poésie et beauté !

Le baiser en haut de l'escabeau dans Le genou de Claire / Eric Rohmer / 1970

5 - Le plus parisien

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Capture d'écran - Amélie Poulain / Jean-Pierre Jeunet / 2001

Quelques notes de musiques suffisent, les coeur palpitent et les sourires se lisent sur les visages, merci Yann Tiersen. Le film culte a connu une renommée mondiale, sans précédent. Des personnalités atypiques, sur fond de Montmartre et une histoire d’amour aux allures de chasse aux trésors, Amélie Poulain est un ovni, ce genre de films qui vous redonnent foi dans le hasard et vous pousse à faire attention aux petits détails. Alors lorsque, finalement, les deux héros énamourés, après des péripéties d’un poétisme inégalé, finissent par fusionner, et à s’embrasser tendrement, le public est conquis. Toujours dans la retenue, on aperçoit juste les ombres des héros. Sans jamais tomber dans le pathos, et en suivant le destin parallèle de ces amants, on suit la quête d’Amélie, qui, à la recherche du fantôme du métro, tombe peu à peu amoureuse de ce visage qu’elle devine. Un final intense qui préfigure THE histoire d’amour. Audrey Tautou se voit garantir une notoriété internationale et incarne aux yeux du monde le romantisme à la française !

Le baiser par la fenêtre dans Amélie Poulain / Jean-Pierre Jeunet / 2001

6 - Le plus à la volée

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Capture d'écran - Pierrot le fou / Jean-Luc Godard / 1965

Repris comme affiche officielle du festival de Cannes, le baiser entre le Bébel et Anna Karina est un des baisers les plus visuels du cinéma français. Pris entre deux cabriolets, les héros se délestent de tout ce qui les séparent pour mieux sublimer l’instant. Considéré par la critique comme un film qui promeut l’"anarchisme intellectuel et moral", le spectateur y voit quand à lui un échange passionné entre des êtres libres. A l’image d’un Sailor et Lula, ou d’un Thelma et Louise, Pierrot le Fou s’offre comme road movie, ou les deux héros désabusés préfèrent faire le grand saut et tout quitter sur les routes. Eux, leur voiture, et l’amour comme simple moteur. Des héros rebelles et indomptables qui réinventent la love story façon Rock&Roll, et on adore.

Le baiser entre deux péages dans Pierrot le fou / Jean-Luc Godard / 1965

7 - Le plus sauvage

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Capture d'écran - 37°2 le matin / Jean-Jacques Beineix/ 1986

Une Béatrice Dalle au summum de sa sensualité, 37°2 le matin est hors-compétition tant le charisme de l’actrice électrise toutes les scènes du film. On oublie vite les troubles psychiatriques joués par le personnage et l’on admire le naturel, la fusion, l'abandon total auquel se livre ce couple qui sombre peu à peu dans la destruction la plus totale. Sujet à des troubles, le couple est aussi fascinant qu’effrayant et l'énergie corrosive de cet amour vient saisir le spectateur, hypnotisé. Un amour à l’acide qui offre au film une puissance inégalée, Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle sont les amants terribles de notre sélection et leur baiser dans le désert est à l’image de leur histoire : torride, étouffant, vibrant, fusionnel.

Le baiser dans le désert de 37°2 le matin / Jean-Jacques Beineix/ 1986

Le bonus :  Le plus musical

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Capture d'écran - Les demoiselles de Rochefort / Jacques Demy/ 1967

Demy, ou le parolier des chansons d'amour. Le réalisateur parvient avec brio à rendre à la fois poétique, virevoltant, amusant son film tout en préservant le romantisme et la douceur des personnages. Nappé dans les décors graphiques d’un La Rochelle estival, le spectateur suit les aventures de deux jumelles, en quête du grand amour, qui s’amusent de leur succès et se languissent de trouver leur moitié. Catherine Deneuve, et Françoise Dorléac, soeur à l’écran comme à la scène, illuminent la pellicule, à la fois joueuses et solaires. Une comédie musicale aboutie, entre chorégraphies léchées et mise en scène digne de Broadway. Jouant sur la quête de son idéal, de son alter ego, Jacques Demy offre au marin, le fabuleux Jacques Perrin, les épaules de celui qui fera vibrer le coeur de Delphine, et à Michel Piccoli, la carrure de l’amant de Delphine. Quand finalement les destins lient nos héros, c’est l’effusion de sentiment, une fête vibrante qui saisit la ville. Un classique du genre, dont on sort avec l’envie d’aller danser dans les rues, au rythme du fameux “Nous sommes deux soeurs jumelles”.

Le baiser entre Françoise Dorléac et Jane Kelly dans Les demoiselles de Rochefort / Jacques Demy/ 1967

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