Courtesy of Jochem Van Grunsven 

Entretien avec Alexandre Mattiussi, le créateur de AMI, avant son défilé SS21

Pour cette saison SS21 si particulière, Alexandre Mattiussi a tenu à présenter sa nouvelle collection sur les podiums de la Fashion Week de Paris lors d’un défilé mixte célébrant un vestiaire cool et sophistiqué.

par Claire Thomson-Jonville
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05 Octobre 2020, 10:24am

Courtesy of Jochem Van Grunsven 

Seulement dix-neuf marques ont tenu à défiler cette saison à Paris, la pandémie rendant incertaine la présentation des shows physiques. Parmi elles, le label parisien AMI et son créateur, Alexandre Mattiussi, désireux de présenter cette nouvelle collection sur des mannequins issu d’un casting sauvage afin de mettre en lumière les silhouettes éclectiques de son vestiaire Printemps-Été 2021. Ancrer ses vêtements dans la réalité, c’est l’un des objectifs d’AMI dont les créations se vendent aux quatre coins de la planète. Hier soir, lors de son défilé, le designer a souhaité privilégier l'interaction humaine et l’énergie créative. En choisissant pour cadre les quais de Seine, à la nuit tombée, les invités ont pu admirer le spectacle depuis un bateau tandis que les curieux pouvaient l’observer depuis un pont. Un défilé symbolique au cœur de la capitale qui célèbre le style parisien qui fait l’ADN d’Ami depuis ses débuts.

Conversation entre Alexandre Mattiussi et Claire Thomson-Jonville, directrice de la rédaction i-D France, à la veille de son défilé Printemps-Été 2021 à Paris. 

Claire Thomson-Jonville  : Hello Alexandre, nous sommes la veille de la présentation de ta collection SS/21 où se mêlent un vestiaire féminin et masculin. Peux-tu nous raconter quel a été le point de départ de cette collection troublée par la pandémie ? 

Alexandre Mattiussi : Le confinement. On était à la maison, moi j’étais au bureau et il a fallu improviser une collection. Je dis improviser parce qu’au départ les usines et fabricants de tissus étaient fermés, on devait participer à la Fashion Week de juin pour le défilé homme mais on a très vite compris qu’il n’y aurait pas de défilé. Je n’avais pas envie de faire de digital, je me suis dit que ça allait être une goutte d’eau dans la mer et que ça n'aurait pas l’effet escompté. Je crois toujours que le défilé reste le meilleur endroit pour introduire une collection parce que c’est physique, les mannequins bougent, le format est impeccable pour comprendre le vêtement, la silhouette, l’histoire, la musique, la lumière et je trouve que le digital peut venir après, mais pas au début. Ce sont nos valeurs depuis neuf ans, Ami habille pleins de gens autour de la planète avec un vestiaire cool, sophistiqué, réel et c’était très important pour moi de garder ce concept de réalité.

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Courtesy of Alessandro Lucioni

CTJ : Le confinement a certainement changé nos habitudes vestimentaires et nous avons dû adapter nos looks à ce nouveau quotidien. La période que nous vivons a-t-elle influencé ton processus de création et la conception de cette nouvelle collection ? 

AM : Oui, je crois. La simplicité, les couleurs, les matières et en même temps ce côté très sophistiqué parce que je défile le soir. Je l’ai sû tôt et j’ai eu envie de garder une certaine sophistication, en tout cas chez la femme parce que c’est encore « work in progress ». Quelque chose un peu « Belle de jour » à la Catherine Deneuve et en même temps un truc super romantique. Cette collection est très Paris, j’essaie de montrer les parisiens, de toujours me dire « Qu’est ce que le style français et le style parisien ? » et je pense être un des seuls à faire ça. J’ai eu envie de remettre ce style un peu nuit, un peu Palace dans les années 80, remettre de la beauté dans nos vestiaires. Des vêtements, il y en a partout et il y en a trop. Si tu investis dans un vêtement c’est pour longtemps. Si je fais ce trench cognac, tu vas le porter pendant dix ans, cette veste doit être impeccable. Il y a cette idée de garder l’idée du vestiaire, il y a plein de choses dans un vestiaire, tu as un manteau bleu marine mais aussi un smoking, un jogging, un sweat-shirt que tu traines depuis vingt ans.

Même dans le casting, je ramène toute une génération de gamins que je n’avais pas vu depuis longtemps. Je commençais un peu à m’embourgeoiser et je trouve qu’il n’y a rien de pire que de s’embourgeoiser pour un créateur parce que, d’un seul coup, il se coupe du monde.  Je ne veux pas parler d’inclusivité pour dire, je ne veux pas remplir des colonnes et cocher des cases. Je veux de l’énergie, j’ai toujours été inclusif et aujourd’hui, j’ai envie de montrer ces gens qui ne sont pas dans les défilés normalement. 

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Courtesy of Alessandro Lucioni

CTJ : Au fil des années, as-tu beaucoup changé ton approche créative et ta manière de concevoir une collection ? 

AM : Le sentiment de liberté, de me connaître mieux, de mûrir, j’ai eu quarante ans la semaine dernière donc aussi c’est de se dire que j’ai de l’expérience, que je me sens bien dans ma peau. J’ai travaillé sur moi, mon physique, mon corps, je suis amoureux. Je n'ai jamais cru à la création tordue, dans la souffrance. Je fais des vêtements, c’est agréable et comme je ne me mets pas la pression, je pense que ce confinement m’a rassuré dans le fait que tout va bien, qu’on fait de belles choses. Restons humbles, restons connectés les uns aux autres, soyons gentils, soyons polis. Je me suis occupé de mes équipes, j’ai 160 salariés maintenant donc il faut quand même gérer tous ces gens-là, c’était ça pour moi le plus important. Ça a changé ma créativité, je suis plus précis, plus rapide et je vais droit au but. 

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Courtesy of Alessandro Lucioni
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