et si le newcomer le plus talentueux de 2019 était diddi trix ?

Avec une voix reconnaissable entre mille, un délire West Coast rare de nos jours et l’aide de DJ Kore, Diddi Trix a réussi à se placer parmi les meilleurs espoirs du rap français pour cette nouvelle année.

par Brice Miclet
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30 Décembre 2019, 11:22am

Le journalisme musical est bourré de lieux communs : « vent de fraîcheur », « nouveau souffle », « remise au goût du jour »… Des expressions qui sont mobilisées dès qu’un artiste parvient à faire du neuf avec du vieux. Pour qualifier la musique de Diddi Trix, il serait tentant de tomber dans ces travers. Mais évitons. Ce que l’on peut dire, cependant, c’est que le délire ponctuel West Coast du newcomer est aujourd’hui unique en nos contrées. Sortez les Moog, faites jaillir les basses g-funk… Et mettez un jeune sans calcul, fort d'une voix singulière pour souffler un vent de fraîcheur sur le son rap francophone. Mince, on n’échappera pas aux lieux communs finalement.

Trêve de digressions. Diddi Trix, 22 ans, fait partie des quelques rappeurs nouveaux venus qui ont su se détacher du lot courant 2019. Car au milieu de la masse, voire de la mélasse, il faut une sacrée originalité pour sortir la tête de l’eau. Son premier vrai-faux album, Trix City, a avant tout connu un succès d’estime, suivi d’une volée de millions de vues. Et c’est important, car les choses sérieuses vont commencer en 2020, avec un album, un vrai cette fois, à venir, et produit entièrement par DJ Kore, l'architecte de sa musique. Il a conçu Trix City, sorti mars dernier, puis son projet gratuit Cartel de Bondy, qui date d’octobre (auquel un autre vétéran, le dj Lord Issa, a amené sa touche en mixant les morceaux et en transformant le tout en mixtape). C'est DJ Kore qui a amené la jeune pousse vers ces sonorités. « C’était surtout une idée de mon label, Awa (le label de Kore, donc, ndr). Je ne saurais pas vraiment expliquer d’où ça vient, c’est un délire. Je n’écoute pas beaucoup de sons West Coast, ça s’arrête à Tupac et Snoop Dogg, point barre. Mais c’est assez selon moi. Quand j’ai parlé de ce type de sons à mes gars, c’était un peu pour la blague. Et ils l’ont pris au sérieux (rires). Deux ou trois jours après, ils sont revenus avec des instrus, c’était énorme. »

Alors, qu’on ne s’y trompe pas : « Cartel de Bondy » est effectivement une petite ode g-funk, un kif passager que les morceaux « J’traîne » et « Jm’enfume » (en duo avec Driver), « Yeah Yo » ou la petite tuerie « Money Cash » illustrent à merveille. Mais le son originel de Diddi Trix reste tout de même bien plus ancré dans son époque. Trix City ressemblait bien plus à l’archétype trap, mais couronné par cette voix malicieuse, drôle, qui singe les voyelles. Qui, selon l’intéressé, lui a valu quelques moqueries : « Mais ça ne m’étonne pas du tout. Forcément, certains n’aiment pas, à un moment donné je pensais même que ça n’allait pas le faire, que j’allais être bloqué par cette voix. Mais j’ai bossé, on a bossé. Je ne le prends pas mal, ma voix a un côté marrant, inhabituel. Sauf qu’avec l’album qui arrive, pleins de gens vont changer d’avis, ça je te le garantis. Il y aura plus de mélodies, c’est ce que je préfère bosser. Il y aura de la g-funk, de la trap, mais surtout de la mélodie. »

Vous l’aurez deviné au nom de son dernier EP gratuit, le bonhomme vient de Bondy, plus précisément du quartier du Radar. D’abord encarté dans le groupe Batara Gang complété par des gars de Malakoff, Sartrouville et Sevran, il s’est émancipé pour balancer ses premiers sons en solo, dont le terrible « Gang Boy » en 2017. « Je n’ai pas quitté le groupe d’un coup. On était déjà deux à vouloir faire des choses en solo, on en a parlé, on a estimé que c’était mieux. Et encore, quand Batara Gang s’est arrêté, j’ai attendu deux ans avant de sortir quelque chose. J’étais dans l’ombre. Toute ma vie j’ai aimé le rap : chez moi, dans la rue, en studio… Je ne me suis pas arrêté pendant cette période. » Diddi commence à mettre des « trix » partout : « J’avais ce délire avec mes potes, je disais tout le temps « matrixé », « trix » etc. C’est comme ça que je suis parti en couille sur ma voix, ça n’était pas fait exprès. A force d’être dans le délire, c’est devenu mon truc. Sur Gang Boy, on sent que ma voix commence à faire des choses bizarres, il y a quelque chose qui arrivait. C’est vraiment avec le freestyle La Puenta que j’ai pris conscience de tout ça. »

Le délire West Coast arrive donc plus tard : « Ca n’est pas du tout pareil de poser sur une instru trap ou g-funk. Une fois que j’ai commencé à poser sur des instrus plus old-school, j’ai eu du mal à m’arrêter. Alors quand je revenais à la trap, il y avait ce côté assez joyeux qui ressortait automatiquement. C’est de là que vient ma voix. » Pour rendre compte de cette ravissante tambouille et de ses avancées, Diddi Trix vient de publier un nouveau clip, « La Cité ». Un aperçu de ce que pourrait bien donner ce premier album, qui devrait, espérons-le, faire prendre au bonhomme une dimension plus grande que celle d’espoir du rap français.

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