Les i-D News music de la semaine

Sortie du deuxième EP d’Iliona, FKA Twigs en plein trip dans sa nouvelle mixtape, Crystal Murray qui revisite le mythe d’Adam & Ève dans son dernier clip, une playlist concoctée par Uèle Lamore. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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14 Janvier 2022, 4:48pm

Avec son nouvel EP, Iliona compose des chansons attrape-cœurs

Ses origines bruxelloises vaudront certainement à Iliona d'être comparée (à tort) à Angèle, mais c'est bien son savoir-faire mélodique qui lui attirera les comparaisons qui marqueront les foules : la Belge, 21 ans, s’inscrit en effet dans une tradition d’artistes qui, de Françoise Hardy à Juliette Armanet, en passant par Polnareff et Barbara, subliment la mélancolie dans des chansons qui tiennent finalement plus de l’orfèvrerie artisanale que de la grosse production boursouflée. Cette capacité à faire de chacune de ses mélodies un moment d’une rare beauté, à la fois romantique et vaguement nostalgique, est sa marque personnelle. C’est ce qui fait l’originalité, la délicatesse et la force de son deuxième EP sidérant, porté par quelques tubes qui donnent envie de (re)tomber amoureux, des ballades à faire chialer les durs à cuire et une flopée de titres qui dévoilent des horizons sonores à peine explorés jusqu'alors (« Wherever You Hide, The Party Finds You », entièrement instrumental, clairement électronique et très nettement inspiré par les musiques de films).

En neuf chansons à peine, toutes joliment ficelées, Iliona impose un constat : il suffit d’une écoute de « Si tu m’aimes demain », « Garçon manqué » ou « Tête brûlée » pour comprendre que la jeune artiste, auteure-compositrice-productrice-interprète, a scandaleusement été avantagée au moment de la distribution de talent.

Odezenne raconte les coulisses de son dernier album, 1200 mètres en tout

« Début 2020, on était à New York et on ne s’imaginait pas du tout retourner en studio dans la foulée. Seulement, différents évènements ont eu lieu, comme le cancer de la sœur d’Alix, des propositions de collaboration ou le confinement. Très vite, de nouveaux morceaux ont donc commencé à émerger, par nécessité, par envie de poser certaines émotions. On était tous les soirs dans notre studio à Bordeaux, on faisait de la musique et on faisait la fête tous ensemble. On avait même un Google Doc où on balançait toutes nos idées. Pourtant, à ce moment-là, on n’imaginait pas du tout faire un disque, d’où le côté très désordonné des morceaux, avec des ambiances très différentes d’une chanson à l’autre.

Le défi, ça a donc été de trouver une cohérence, de mettre de l’ordre dans toutes ces propositions. Puis il y a eu « Hardcore », où on a compris que l’on tenait là les prémices d’un cinquième album. Mais il y a surtout eu ce titre, 1200 mètres en tout, qui symbolise assez bien les reliefs d’une vie, tous ces hauts et ces bas que l’on peut traverser, ces moments où l’on a l’impression de planer et ceux où on est au plus bas. Ça définissait assez bien ce cinquième album, traversé par des pensées joyeuses et d’autres nettement plus sombres, notamment suite au décès de la sœur d’Alix. Tout n’a pas toujours été facile, mais on sait que l’art sert aussi à appréhender ce type de peines, à traduire en mélodies des douleurs parfois indescriptibles avec de simples mots - d’où « Caprice », qui est né dans la foulée d’une mauvaise nouvelle que l’on venait d’apprendre.

En quelque sorte, 1200 mètres en tout est venu apaiser certaines choses, en permettant notamment le partage de moments très forts, et assez joyeux, comme sur « Palavas-les-flots », inspiré d’une écoute du « I Wanna Dance With Somebody » de Whitney Houston, ou encore « San Pellegrino », probablement le seul titre que l’on n’a pas enregistré à 4 heures du matin… Celui-ci est né en gueule de bois. Ça explique sans doute son côté ballade, mais ça symbolise surtout la liberté que l’on s’accorde au moment de créer. »

The Weeknd inonde les ondes avec Dawn FM

Au sein d'un monde où l’ensemble de la population est coincé dans un tunnel, en plein embouteillages, une seule station de radio semble à même de guider le peuple vers la lumière. Son nom ? Dawn FM, soit le titre du cinquième album de The Weeknd, produit aux côtés de quelques amoureux des machines (Max Martin et Daniel Lopatin, mais aussi Calvin Harris et l'ex-Beach Boys Bruce Johnston), et toujours autant porté sur le rétrofuturisme et la mise en scène de soi - la pochette du disque en atteste, le Canadien s'impose comme un adepte de la transformation, au même titre que Jim Carrey, qui narre les différents interludes de l'album.

C'est rempli de clins d'œil (à Michael Jackson, à Depeche Mode, à Daft Punk, aux 80’s ou à la pop culture, de Blade à Tron), ça s'appuie sur des mélodies synthétiques et un casting de luxe (Tyler, The Creator, Lil Wayne, Quincy Jones), et ça contient une nouvelle fois suffisamment de tubes pour susciter l'adhésion. Pensons à « Take My Breath » et son rythme emprunté à Giorgio Moroder ou à « Sacrifice » et son groove imparable. Pensons à « Out Of Time », une ballade langoureuse qui orchestre la rencontre longtemps fantasmée de George Michael et du roi de la pop - avec Prince en témoin. Enfin, pensons à « Less Than Zero », qui fait plaisir à la joie toute bête de siffloter un air que l’on pense connaître depuis toujours. Ces chansons, qu’elles servent à l’avenir de bande-son à un teen-movie ou qu’elles prolongent l’euphorie d’une nuit de fête, resteront. C’est une certitude.

La newsletter de Dua Lipa

L'information remonte à plusieurs semaines, mais il n'est jamais trop tard pour prendre de bonnes résolutions : depuis fin novembre, Dua Lipa a mis en place sa propre newsletter, intitulée Service95. L'idée ? Permettre à la pop-star, 26 ans, de poster chaque semaine ses conseils, ses bons plans, ses habitudes quotidiennes et des discours inspirants, prônés par différentes militantes ou diverses célébrités. C'est gratuit, et c'est également l'occasion d'entendre Dua Lipa interviewer un certain nombre d'artistes émergents.

Partager un Capri Sun avec FKA Twigs

Le parcours de FKA Twigs n’est pas fait de « ou », mais de « et ». Être avant-gardiste ET populaire (rappelons que son premier album a été nominé aux Mercury Prize et aux Brit Awards). Incarner une forme de sensualité ET dégager une puissance rare. Affirmer une indépendance d'esprit ET s'autoriser des collaborations de prestige. Sur sa nouvelle mixtape, CAPRISONGS, on retrouve ainsi Pa Salieu, Daniel Caesar, Jorja Smith, Shygirl, Arca et The Weeknd. Autant dire qu’il faut être sacrément talentueuse pour parvenir à réunir un tel casting tout en incarnant avec justesse un son extrêmement personnel, qu’elle se plaît à définir comme du « R&B aérien ». L'auditeur aura quant à lui l'intelligence de comprendre que l'on ne peut limiter l'Anglaise à cette esthétique, tant elle passe avec légèreté et aplomb du hip-hop à l'indie, du banger au baroque, de l'électro à la pop, en ne s'interdisant jamais de détourner ces genres, d'y ajouter des curiosités sonores, des fantaisies rythmiques.

Reste simplement à comprendre où elle veut en dire quand elle parle de sa mixtape en ces termes : « Caprisongs… c’est de la poudre bronzante dans l’évier, de l’alcool à côté, une sucette aux cerises, du jus de pomme quand tu as soif, des amis dans le parc, ta personne préférée, cette phrase que quelqu’un t’a dit un jour qui a tout changé, un avant-match de club, ta meilleure amie qui est toujours en retard mais qui apporte le plus à la fête, rencontrer un ami à l’aéroport, juste de la convivialité. »

5 albums communs de rappeurs français

Peut-être ne le savaient-ils pas, mais lorsqu’ils ont décidé de sortir un projet commun (SVRN), Kaaris et Kalash Criminel se sont inscrits dans une tradition nettement moins répandue en France qu’aux États-Unis. Pour l'occasion, on en a tout de même retenu cinq, tous tenus à l'écart des grosses réussites commerciales, mais tous hautement respectés par le public rap (si tant est que ce terme signifie quelque chose).

  • Ol Kainry & Dany Dan : deux albums (le premier en 2005, le second neuf ans plus tard), des passe-passe venus de l’espace, des clins d'œil à l'histoire (« Lalala » et son hommage appuyé à « Séquelles » de MC Solaar) et des schémas de rimes à faire fantasmer votre rappeur préféré.
  • Alibi Montana & LIM : là encore, deux albums en commun (Rue et Rue 2). Deux disques qui transpirent le bitume, racontent la vie dans les quartiers et font la nique à toute forme de bienveillance.
  • Vald & Heuss L’Enfoiré : Sans être un album culte, Horizon vertical, sorti en 2020, contient suffisamment d'idées pour tenir en respect : un sample de chant bulgare, des riffs de guitares, des inclinaisons funk et une bonne fournée de punchlines bien senties : en 37 minutes, les deux rappeurs du 93 rappellent que le hip-hop est aussi une question d’alchimie.
  • Joe Lucazz & Eloquence : L'enfer ou l'eau chaude et L'enfer remonte à la surface confirment ce que trop peu de gens savent : les deux Parisiens sont de fines plumes, capables de poser un univers foisonnant en à peine quelques rimes.
  • Lacrim & Mister You : Celui-ci n'est pas encore sorti, mais il arrive très vite, et nul doute que l'association de ces deux malfaiteurs du rap français, adeptes de la rime canaille, ont préparé un projet à leur image. C’est-à-dire libre, joueur et profondément connecté à la rue.

Les meilleurs films sur la musique sont au FAME

Pour sa huitième édition, le festival international de films sur la musique reprend la formule qui a toujours fait sa force : des projections, des rencontres et des performances. Du 16 au 20 février à la Gaîté Lyrique, le FAME confirme un constat de plus en plus évident : le journalisme musical est rarement aussi passionnant que lorsqu'il privilégie la voie du storytelling, lorsqu'un groupe, une scène ou une génération d'artistes permet de formuler un récit qui dit quelque chose d'une époque, d'un geste créatif, d'un mode de vie. Ici, plusieurs documentaires nourrissent cette ambition, à commencer par Why Versailles?, réalisé par le musicien Marc Collin, dont la volonté est de comprendre comment la ville française a pu devenir, de Air à Phoenix, la vitrine de la pop hexagonale.

Citons également Hard ♡, où le clippeur Kevin Elamrani-Lince (Oklou, Lala &ce, Alkpote) suit le collectif Casual Gabberz, In My Own Time, centré sur l'injustement méconnue songwritrice folk Karen Dalton, Alone Together, qui narre la création d'un disque en plein confinement aux côtés de Charli XCX ou encore Mirano 80 - L'espace d'un rêve, consacré à une discothèque bruxelloise qui, dans les années 1980, se voulait être la concurrente belge du Studio 54 ou du Palace.

Sur le tournage de « Other Men », le dernier clip de  Crystal Murray

« Fin 2019, j’avais ce morceau dont j’avais écrit trois couplets d’une traite, sans savoir pourtant comment le finaliser. Puis, il y a eu le confinement, que j’ai passé avec Le Diouck. On s’entend super bien, j’adore son personnage, sa façon d’approcher la musique, c’était donc naturel de le faire figurer sur « Other Men ». C’est peut-être la première fois où on l’entend chanter… Pour le clip, je voulais quelque chose de tout aussi original.  Alors quand Ceheivi m'a contacté, c'était l'occasion à saisir. Elle a fait beaucoup de pochettes d'albums ces dernières années (Bonnie Banane, Jimmy Whoo, etc.), mais c'est la première fois qu'elle réalise un clip. Elle avait vu mon Colors, m'a envoyé un message, on a discuté autour d'un café et elle m'a présenté son univers, assez mystique avec ses références au tarot ou à l'astrologie. Pour le clip d'« Other Men », elle a pensé à une femme pendue sur un arbre. Il n'y avait pas de références à d'autres photos issues d'Insta, pas de moodbard, juste ce dessin. Puis elle en a réalisé d'autres, un par plan, jusqu'au moment du tournage, qui s'est déroulé sur une journée.

Au début, je regrettais d'avoir manqué de temps pour insérer telle ou telle idée, mais j'ai fini par comprendre que la force de ce clip se trouve dans sa simplicité, dans l'espace qu'il laisse à l’imagination du spectateur, à tel point que des internautes ont déjà écrit un tas de théories possibles autour du clip…. Ça prouve son côté assez inédit, mais surtout son aspect légèrement intemporel, ne serait-ce que dans le fait que l'on n'avait que peu de références en tête au moment de le réaliser : il y a ce côté sérénade, cette référence au fruit défendu ou encore ce clin d'œil à l'histoire d'amour entre le Joker et Harley Quinn lorsque je souris à la fin, mais tout a été pensé dans un processus créatif très libre. »

3 raisons pour lesquelles il faut écouter SICK!, le nouvel album d’Earl Sweatshirt :

  • Parce que l’ex-Odd Future possède la même faculté que son compère Tyler, The Creator à se réinventer à chaque projet. « Tabula Rasa », dit l’un de ses dix nouveaux morceaux. Difficile de le contredire.
  • Parce que l’album devait à l’origine s’appeler People Could Fly, et que SICK! correspond davantage à l’ambiance pesante de notre époque.
  • Parce que même si SICK! a visiblement été réalisé avec peu de moyens, ce nouveau long-format héberge des émotions inédites, favorisées par la production de quelques proches (notamment Black Noi$e, ex-DJ de M.I.A.).

Le coin lecture : Dilla Time: The Life and Afterlife of J Dilla, the Hip-hop Producer Who Reinvented Rhythm

Tenu à l'écart des radars populaires, J Dilla n'en reste pas moins un producteur-compositeur influent, un virtuose des machines, un novateur capable dans les années 1990 et 2000 de chambouler le paysage hip-hop (notamment indépendant) avec ses beats décalés et son traitement des samples. Il était donc nécessaire de lui consacrer un ouvrage, un récit capable de remettre sa carrière en perspective (et donc de raconter Détroit, l'apparition du hip-hop), de raconter en longueur un parcours quelque peu mouvementé, (entre des contrats frauduleux et la présidence d'une boîte de strip-tease), d’évoquer sa mort (à 32 ans, suite à une maladie sanguine rare), mais surtout de poser une analyse poussée et réfléchit sur sa musique. Dilla Time: The Life and Afterlife of J Dilla, the Hip-hop Producer Who Reinvented Rhythm est parfois très technique, très souvent éclairant, mais le propos de Dan Charnas (déjà auteur du classique The Big Payback) vaut surtout le détour pour l’éclairage qu’il propose autour de la discographie de J Dilla. Un artiste qui n’avait rien d’un prophète (on ne parle pas de 2Pac ici), ni d’un génie incompris : James Dewitt Yancey était simplement un passionné de sons, un producteur qui a toujours envisagé la mélodie comme mode d’expression existentiel plutôt que comme accessoire de mode.

À voir : JEEN-YUHS, le documentaire Netflix consacré à Kanye West

On en parlait il y a quelques semaines, c'est désormais officiel : le documentaire sur Kanye West sortira le 16 février sur Netflix. Un film réalisé par Coodie & Chike, étalé sur trois semaines, où Yeezus est filmé au plus près, sur scène comme en studio. L’occasion de se plonger dans une carrière longue de 21 ans, rythmée par des moments douloureux (le décès de sa mère), improbables (sa candidature à la présidence des États-Unis en 2020) ou tout simplement géniaux - à la vue de Pharrell dans le teaser, impossible de ne pas se rappeler que les deux ont un jour monté un groupe ensemble, et de se dire que Kanye West est de la même trempe que son homologue : un génie de la musique.

Playlist de Uèle Lamore, dont le nouvel album, Loom, est prévu pour le 18 février

Floating Points - « Falaise »

 « Floating Points fait tellement de collaborations (Pharoah Sanders, récemment) et de disques solo hyper intéressants et novateurs. Il y a une vraie continuité et un véritable désir de recherche dans sa discographie. »

 SUUNS - « Fiction »

« Je suis fan SUUNS depuis que je suis ado, j’ai grandi avec ce groupe. Ils ont un son tellement reconnaissable, et en live c’est juste une tuerie. » 

Miles Davis - « Prayer (Oh Doctor Jesus) »

« Miles Davis est mon artiste préféré. Il a fait tellement de choses dans tellement de styles différents. Il ne se posait pas de limite de genre et de style, à une époque où le monde du jazz n'était vraiment pas très ouvert d’esprit. »

The Last Shadow Puppets - « My Mistakes Were Made For You »

 « Au-delà de leur musique, j’aime le fait qu’ils se sont créés un univers et se sont complètement jetés dedans. Leur premier album est vraiment pour moi un disque total, qui nous absorbe dans un monde imaginaire. »

Massive Attack - « Teardrop »

 « Énorme influence de mon dernier album, Loom. J’étais vraiment hypnotisée par le son de Massive Attack : tout est si épuré, mais à la fois complexe. Surtout, je ne connais rien qui sonne comme eux. Massive Attack c’est juste Massive Attack. »

Four Tet - « Spirit Fingers »

« Je suis très fan de Four Tet. Tous ses disques me plaisent et je les écoute souvent. J’aime beaucoup la manière dont il mélange l’acoustique et l’électronique. »

The Strokes - « Heart In A Cage »

« L'album ‘First Impressions Of Earth’ est une grosse influence sur mon disque. L'énergie qui s’en dégage m’a toujours vraiment marquée et inspirée. Et j’adore les guitares sur celui-ci en particulier. »

BadBadNotGood - « Signal From The Noise »

« Un autre groupe que j’écoute depuis ses débuts. Ils se sont réappropriés le jazz et font partie de ces groupes qui sont à l’origine de l’immense renaissance que connaît le style depuis quelques années. »

Iceage - « The Holding Hand »

« J’ai énormément écouté ce morceau en faisant mon disque. J’ai vraiment été surprise par le changement de direction de Iceage, et c’est pour ça que j’aime tant ce groupe. »