Courtesy of Maxime Bony

Glen E Friedman : créateur d'images iconiques

Pour revenir sur ce qui a fait de Glen E Friedman un photographe incontournable des scènes skate et musicales des années 70 au début des années 90’s, nous revenons avec lui sur ce qui l’anime, et le pousse à créer ses images à l’impact sans pareil.

par thomas Busuttil
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28 Septembre 2021, 4:53pm

Courtesy of Maxime Bony

Dans certains milieux, il n’est même plus besoin de le présenter, tant certaines de ses photos ont pu être iconiques et tant son travail à traversé les époques sans prendre une ride dans l’expression de ses sujets. En tant que président du jury du PSSFF à la veille de la projection de son film, Glen prend le temps de répondre à nos questions.

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​Courtesy of Maxime Bony

Avec la profusion d’images à laquelle nous sommes soumis, comment construire une image forte? Quelle en est son essence?

Du début à la fin, produire une image forte c’est toujours la même chose. L’importance repose dans le personnage, la composition et aussi… de l’émotion.. Créer quelque chose que seulement vous êtes capable de faire; c’est ce qui va créer une image forte. Si quelqu’un d’autre peut le faire alors ce n’est pas une image si incroyable. Il faut savoir se détacher du sujet et plus que cela il faut être capable de raconter l’histoire d’une journée entière en 1/500ème de seconde, permettre de relier cette émotion pour tous ceux qui vont regarder cette image. Voir même leur donner envie d’en voir plus ou les inspirer.

Pour vous, qui avez côtoyé ces deux mondes sur une longue période, où se situe le point de rencontre entre les cultures du skateboard et de la musique?

Le skateboard et la musique que j’ai photographié ont toujours été liés à l’attitude. Cela représente une grande partie de l’image. L’attitude qu’ils incarnent, à travers la rébellion, l’esprit d’individualité tout en tenant compte du respect de la/leur communauté. C’est une chose centrale et c’est sûrement la rencontre des deux qui est ce qui me frappe le plus et que tout le monde peut comprendre même s’ils ne font pas partis de ces cultures.

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​Courtesy of Maxime Bony

Avant d’avoir vu votre premier film, que vous présentez en avant première au  PSSFF, quel type de relation avez-vous encore avec les Zboys restants, avec qui vous avez fait le film et qui en sont le sujet ?

Je suis toujours ami avec tout le crew. On a tous grandi ensemble dans un certain sens et j’étais le plus jeune d’entre eux. On a traîné dans les mêmes cours d’école et on skatait ensemble mais je n’étais pas aussi bon qu’eux sur un skate et j’ai commencé à faire des photos. Créer des photos d’eux qui ont permis d’instaurer un respect mutuel. Ils m’inspiraient et je voulais partager cette inspiration. J’avais une vision, qui je pense, permettrait de raconter cette histoire et inspirer d’autres personnes. Ce fut une sorte de point de départ. Après que le premier film soit sorti une partie des membres du crew de départ n’étaient pas forcément contents du résultat du coup j’ai pensé “Wow, Vingt ans après, et si nous retournions les voir, savoir si ils ont changé d’avis?”… Et pour la plupart d’entre eux c’est le cas! Il y avait quelque petites choses, des petites choses qu’ils voulaient voir et qui n’étaient pas présentes dans la première version. Ce qui m’importait c’était de voir c’était de voir les retombées de ce film sur la vie de chacun. Tout le film est vraiment mauvais mais il a vraiment eu des conséquences sur leur vie et je voulais aussi revenir sur certains qui nous ont quitté.

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​Courtesy of Maxime Bony

Après avoir photographié certains des artistes les plus impressionnants des 70’-80’s et début des 90’s, quel personnage représente assez fortement un mouvement culturel, pour pouvoir encore vous inspirer?

Aucun musicien, aucun skateur… La politicienne Alexandria Ocasio Cortez est une des personnes qui m’inspire en ce moment. Je n’ai pas encore réussi à la prendre en photo mais j’aimerais beaucoup faire un portrait d’elle. Cela fait deux ans que j’essaye mais je n’ai pas encore réussi. Maintenant je suis aussi un peu plus vieux, il y a certainement des choses qui inspirent les plus jeunes et c’est ça qui compte. C’est eux qui doivent faire des photos, pas moi. J’ai photographié ma génération et je pense que c’est important qu’ils documentent la leur. Je n’ai pas besoin de le faire, c’est à eux de le faire.

Vous avez également photographié certaines des Pussy Riot ?

Oui, les Pussy Riot ont fini au putain de GOULAG pour leur convinctions ! Tu ne peux pas faire plus Hardcore que cela et c’est ça qui me touche. Leurs actions me stimulent. Elles ont essayé de dire des vérités à propos de certaines réalités du pouvoir, comme personne ne le fait de nos jours. Je veux dire (dans mon groupe d’amis), nous avons tous fait et dit des choses mais elles l’ont amené à un autre niveau face à un dictateur très puissant. C’était très courageux. C’est comme si je leur devais de créer une belle image. Elles essayent de changer le monde, le moins que je puisse faire c’est de leur consacrer un beau portrait.

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Quelle photo de cover d’album vous a le plus marqué, à shooter?

Je ne me rappelle pas de la plus mémorable… J’ai shooté tant de cover d’album, plus d’une centaine, mais aussi des photos pour des magazines, beaucoup de concerts entre autres. Aucune n’a jamais été planifiée pour être une cover d’album. Je faisais simplement mes sessions photos pendant lesquelles je prenais des photos parce que j’étais inspiré. Éventuellement, par la suite elles devenaient couverture d’album. Cela me fait penser à Public Enemy, nous savions que nous devions faire la photo de la cover. Il y avait beaucoup de respect mutuel, d’affection pour le travail de chacun… pour les Beastie Boys aussi, même si nous passions notre temps à rigoler quand on travaillait ensemble… Mais pour moi, comme ces artistes m’inspirent je me sens obligé de partager cette inspiration avec les lecteurs tout en les respectant ainsi que l’artiste original.

Vos photos ayant une représentant une réelle histoire, un moment particulier, y-a-t-il une photo en particulière que vous êtes fiers, de n’avoir pas loupé ?

Il y a plein d’images que j’ai dû manquer, même si j’étais là à l’instant T. Il y en a pas mal que j‘ai du louper mais en même temps c’est compliqué quand tu photographies en pellicule, tu ne sais jamais vraiment quel va être le résultat tant que les films n’ont pas été développés… Du coup, je n’y pense pas trop et je suis surtout fier de mes livresn je pense qu’ils racontent une belle histoire qui peut inspirer les gens. Parfois je regarde le livre ‘My Rules’ ,ou même certains autres, et je n’en reviens toujours pas d’avoir créé ces photos. Je mets beaucoup d’inspirations artistiques, de passion dans ce que je fais et quand tu reviens dessus vingt ou trente ans après parfois je me dis “Wow!” je n’en reviens pas et je suis heureux de l’avoir fait.

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​Courtesy of Maxime Bony

A votre avis, une photo est plus importante si elle est montrée seule? sans attirail autour, ou dans un corpus ?

Une image, si elle est vraiment bonne, doit être capable de s’exprimer toute seule. Dans un livre ou dans une exposition tu dois sélectionner une série de photos mais une bonne photo en elle-même est celle qui exprime tous ces moments avant et après., même en jouant avec les superpositions, la façon dont elles sont ordonnées ou le graphisme dans un livre, une vraiment bonne photo, doit pouvoir se lire seule et garder sa force séparément.

Citation de Ian Mackaye tiré de l’introduction de son livre photo, THE IDEALIST : “Des fois, on peut se tromper soi-même, mais au moins on est pas là pour tromper les gens”. Quand on parle de création d’image, trouvez-vous que cette phrase prend encore plus de sens, 25 ans après?

Cela faisait sens pour nous à l’époque et encore plus maintenant. C’était assez facile à comprendre. De nos jours, cette éthique ne devrait plus s’appliquer seulement qu’aux professionnels mais à tout le monde..Nous nous prenons tous en photos, essayant de raconter des choses qui ne sont pas tout le temps la vérité.

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​Courtesy of Maxime Bony

Que pensez-vous que la tendance grandissante du selfie et de l’auto-représentation, exprime sur notre époque?

Je ne vois pas cela nécessairement d’un mauvais œil. Je peux prendre des selfies avec ma famille. par exemple, pour me souvenir de certains moments. Il y a une façon naturelle de le faire mais il peut aussi y avoir un processus narcissique. L’acte en soit peut être spontané mais il a clairement une ligne à ne pas franchir entre documenter quelque chose pour soi et te montrer sous le meilleur angle possible pour créer quelque chose qui s’éloigne de la réalité ou qui la fasse passer pour meilleure qu’elle n’est.

En tant que président du jury du festival, vous avez déjà put voir tout ou partie des films en compétition, y en a t il certains qui ont déjà retenu votre attention?

J’ai déjà pu en voir une grande partie avant d’arriver à Paris, il y en a de vraiment très bons. Il y a déjà un film suédois qui m’a beaucoup touché, Live to Sea de Maceo Frost, Henning Sandstrom et Freddie Meadows. J’ai presque fini de voir tous les courts métrages, et j’ai hâte de découvrir les films restants durant les prochains jours.

A look back to the Zboys , à voir en ligne sur le site Thrasher.

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