Les i-D News music de la semaine

Sortie du premier album Laïla de Khali, Tommy Genesis sur le capot d’une Lamborghini, Nelick en pleine rupture amoureuse, une playlist concoctée par YNDI. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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03 Juin 2021, 2:30pm

Luv Resval : l’étoile noire du rap français

Egérie Lanvin lors de la dernière Fashion Week, auteur de plusieurs singles remarqués (« Smith & Wesson »), aussi à l'aise en studio qu'en freestyle au micro de Radio Nova, sollicité par des anciens (Kore, Alkpote, JeanJass) tout heureux de pouvoir compter sur un rappeur qui semble envisager chacun de ses morceaux comme un film à part entière, avec son univers, toujours très spatial, et ses effets spéciaux. Autant dire que tout va bien pour ce rappeur de 23 ans, dont le planning chargé ne l'empêche pas de revenir sur la genèse de son premier album, Étoile Noire : Brise-Monde.

« J’ai vraiment pensé ce disque comme un album qui développe une même ligne, un univers où les morceaux évoluent dans un même bâtiment, avec des portes qui donnent sur d’autres ambiances, parfois calmes, d’autres fois violentes ou lourdes. Ça a nécessité plus d’un an de travail, avec quelques ralentissements mais rien de suffisamment grave pour m’empêcher de réaliser ce que j’avais en tête. J’ai la chance d’être bien entouré (Kore, Alkpote), mais je suis quand même quelqu’un de très solitaire, qui avance à l’instinct et qui préfère parler de l’état du monde plutôt que de lui. C’est pour ça qu’Étoile noire : Brise-Monde est un album très visuel : c’est un monde en soi, avec des musiques très différentes - d’où la présence de « Les Borgia » en intro et « Jusqu’au lendemain », nettement plus moderne, en conclusion – et un tas de références. J’aime bien faire de ce genre de clin d’œil : aux dessins animés, à Dragon Ball ou encore à Star Wars. Pourquoi ? Tout simplement parce que le rap est comme une grande guerre des étoiles. C’est à celle qui brillera le plus, et je compte bien être celle-ci. »

À voir : le clip confiné de Nelick 

Être enfermé dans sa chambre, dans l’attente du coup de fil de l’être aimé est un sentiment bien connu de tous. Nelick en fait aujourd’hui le thème de son nouveau single, « ALLÔ ? », qui saisit cette douce folie qui touche celles et ceux qui s’aiment, se cherchent et finissent par se perdre. Avec une certaine faculté à faire sonner des réflexions que l'on imagine universelles : « Quand j'vois ton blase sur mon 'phone, j'sais pas pourquoi ça m'affole / Qu'est ce que je suis censé faire moi ? /Putain t'es folle ou quoi ? J'sais pas si j'décroche ou pas ? » L’EP arrive, il s’appelle Tatoo, et on espère qu’il sera tout aussi lascif que ce « ALLÔ ? », en équilibre stable entre rap et pop, entre sensibilité et autodérision.

Kanye West x GAP

Yeezy et GAP, c’est une histoire d’amour qui dure depuis plus d’un an et qui, après une longue période de gestation, devrait éclater au grand jour d’ici fin juin, avec la mise en vente de cette collection collaborative. Pour le moment, à peine sait-on que Kanye West a signé un contrat de dix, empoché quelques millions d’euros et dessiné lui-même les vêtements (hommes, femmes, enfants) de cette capsule. Ça fait beaucoup d’argent, mais ça marque surtout une forme d’aboutissement pour Ye, lui qui avait travaillé étant plus jeune dans un magasin de la marque à Chicago. 

S’allonger sur une Lamborghini blanche avec Tommy Genesis

Quand on pense au Canada, et qu'on aime les clichés, on pense aux caribous, aux chemises de bucheron et aux policiers à cheval (merci encore à la série Un tandem de choc pour tous ces stéréotypes !). On oublie pourtant que, malgré le froid, la neige et les longs hivers, certain.e.s artistes du cru prônent la sensualité. Tommy Genesis, par exemple : en 2018, déjà, la rappeuse de Vancouver, égérie du label Fenty de Rihanna, faisait de son hip-hop un ascenseur vers l’extase, une musique « fétichiste », qui préfère la provoc’ à la retenue. Aujourd'hui, l'ambition de « peppermint » est similaire : « Je suis le genre de fille à prendre ton argent et ton âme sans laisser de traces », chante-t-elle sur ce nouveau single, allongée sur le capot d'une Lamborghini blanche. Traduction : la musique de Tommy Genesis est tellement sexuelle qu’elle devrait être commercialisée avec quelque mise en garde. Sa classe et son pouvoir de séduction peuvent mener rapidement à l’orgasme.

3 raisons pour lesquelles l’album Laïla de Khali est un grand moment de rap français 

  1. Parce que ce premier album est semblable à un immense terrain de jeu, fertile, où hip-hop, électronique et synth-pop ont grandi ensemble, se nourrissant les uns des autres, sans calcul, ni cynisme. Avec, toujours, un vrai travail de production, riche en variations et en textures.
  1. Parce que sa voix nasillarde déploie un univers singulier, moins sexuel que celui d’Hamza, plus anxieux et mélancolique que celui de Laylow.
  1. Parce que les onze morceaux réunis sur ce disque semblent former une même toile. Pas un hasard, donc, si le premier single se nomme ainsi (« La toile ») et si la pochette de l’album dévoile une peinture, qui n’est pas sans rappeler la cover du dernier album de Kid Cudi, Man on the Moon III: The Chosen.

Le coin lecture : Oasis ou la revanche des ploucs

De façon assez simpliste, on pourrait être tenté de résumer Oasis ainsi : l’histoire de deux jeunes hommes mal équipés pour les sentiments qui, devenus rockstars, se contentent de frasques légèrement clichés et continuent de surfer encore et encore sur leur gloire passée, entretenue par la diffusion massive de leurs hymnes fédérateurs (« Wonderwall », « Don’t Look Back In Anger », « Live Forever »…). Cet essai, rédigé à quatre mains par les journalistes Benjamin Durand et Nico Prat, dépasse aisément cette analyse pour en proposer d’autres, plus sociales, plus politiques. Lire Oasis ou la revanche des ploucs, c’est en apprendre davantage sur la classe ouvrière de Manchester, dont sont issus les frères Gallagher ; c’est plonger dans les années Britpop ; c’est comprendre à quel point Oasis a incarné pour toute une génération de britanniques en manque de perspectives un espoir de réussite, la possibilité de tourner le dos au thatchérisme et d’enfin rêver. D’où l’intérêt de ces 129 pages qui, plutôt que de faire des frères Gallagher des messagers politiques (ce qu’ils ne sont absolument pas), envisagent leur immense réussite comme le symbole d’une nouvelle ère. Que l’on serait donc tenté de nommer : « la revanche des ploucs ».

Mathilde Fernandez nous emmène dans les coulisses de son dernier clip, « Temple sourire »

« Le texte de ce single est un peu fou, un peu bizarre, il fallait donc un clip du même acabit. On pourrait bien évidemment tisser des liens entre celui-ci et le clip d'« Oubliette », sorti il y a deux ans. Sauf qu'il n'est pas question d'enfermement ici. L'idée, c'est plutôt de déborder, de symboliser un personnage trop grand pour les espaces dans lesquels elle évolue. Au sein d'une société qui nous lisse au point que plus rien ne dépasse, je trouve ça chouette d'affirmer que l'on déborde d'émotion, de sensibilité, d'amour, etc. Le clip de « Temple sourire », que j’ai réalisé avec Robin Knudsen, symbolise cette ambition. Avec pas mal de références à d’autres œuvres nichées au cœur de la vidéo : il y a bien évidemment Alice au pays des merveilles, notamment les versions cinématographiques des années 1970, assez effrayantes sans que ce soit voulu, mais aussi les films de Miyazaki, comme Le château dans le ciel et Le voyage de Chihiro

Pour cela, je tiens à remercier la chef déco, Louise Vandervorst, dans le sens où c’est un clip qui repose sur divers éléments décoratifs. Il a fallu construire cette maison, donner vie à des versions miniatures de bâtiments célèbres (Westminster Palace, l'Arc de Triomphe, le Palais Royal de Madrid…), designer ce chapeau-château pailleté qui était hyper lourd à porter. J'ai même failli tourner de l'œil tellement j'avais chaud avec… C'est une vidéo qui a nécessité un mois de préparation, qui a été couteuse et qui demandait beaucoup de précision, mais je suis fière qu'elle puisse exister. »

Partir en virée nocturne avec le podcast Culture Club

À défaut de pouvoir aller s'oublier chaque week-end dans des salles obscures transformées en lieux de fête où le rapprochement des corps est fortement conseillé, Jack, le média musique de CANAL+, propose de jolie virées nocturnes avec le podcast Culture Club. Soit six épisodes d'une dizaine de minutes narratives, forcément immersives, qui reviennent sur l'histoire de ces clubs mythiques (Le Rex à Paris, l'Haçienda à Manchester, le Studio 54 à New York, etc.), qui ont toujours engendré bien plus que des lendemains de cuite. Certains ont démocratisé l'acid-house, d'autres ont remis un peu de glamour au sein de villes rongées par la crise et les inégalités, mais toutes racontent une même histoire : celle d'une musique (peu importe laquelle) capable de créer un lien entre les classes sociales, d'encourager l’affirmation de soi et d'accompagner des révolutions culturelles.

Ça y est, Poté peut s’asseoir à la grande table de la pop music 

Ce n'est tous les jours que l'on sent chez un même artiste des connexions avec Bonobo (qui l'a signé sur son nouveau label : OUTLIER), Damon Albarn (invité à performer sur le single « Young Lies »), Laurent Garnier, Little Dragon (le temps d'un remix : « Hold On ») ou le touche-à-tout Pierre Kwenders. Comme quoi, les gens qui savent tout faire ne sont pas forcément désagréables ou énervants. Au contraire : Poté, désormais installé à Paris, est un nouvel ami à qui l’on ne veut que du bien, tant il paraît sincère au moment d’évoquer ses angoisses, sa peur de l'isolement et sa vulnérabilité le temps d'un A Tenuous Tale of Her extrêmement séduisant. C'est qu'il est rare d'entendre une telle débauche de liberté, d'audace et de sincérité dans des morceaux qui osent tout, y compris l’effacement : « Je voulais écrire quelque chose qui pourrait presque vivre sur scène sans moi, sans que je sois présent ». À l'écoute d'A Tenuous Tale of Her, on comprend aussi que Poté a souhaité s'ouvrir ici à de nouvelles perspectives et à des sonorités qui mélange sans retenue la pop, le R&B et la bass music : c’est réussi et, mieux encore, c’est terriblement addictif.

La playlist de YNDI 

Martinho Da Vila - « Festa De Umbanda »

« Ma grand-mère m’a donné ce vinyle que mon grand-père a écouté jusqu’à l'usure. « Festa De Umband » est une suite de plusieurs chants et rythmes de la tradition orale afro-brésilienne, c’est un morceau qui m’a accompagné pendant l’écriture de l’album et continue de m’inspirer. »

Lafawndah - « You, at the End »

« Cet hiver, j’écoutais cet album en boucle. J’ai énormément de respect pour les artistes qui créent leur propre style, font une musique totalement singulière : Lafawndah en fait partie. »

Bikôkô - « Get Up »

« C’est une jeune artiste que je trouve tellement talentueuse : elle chante, compose et produit sa musique. Sa façon de mélanger tradition et modernité m’inspire énormément. Si j’avais un label, je la signerais sans réfléchir ! »

Keiichi Okabe - « City Ruins (Rays Of Light) »

« J’écoute souvent la bande-originale de ce jeu inoubliable qu’est Nier Automata. J’essaie de me nourrir des émotions que je ressens à travers les jeux vidéos pour les transmettre dans ma musique. Mon clip « Nuit » est en grande partie inspiré des jeux qui m’ont marqué. On a d’ailleurs développé un jeu autour du morceau. »

Mc Cabellinho - « Zona Sul »

« “Zona Sul” est un hit brésilien de MC Cabelinho. J’adore écouter cette version guitare-voix en ce moment pour accompagner le retour des beaux jours ! C’est un morceau qui donne tout de suite le sourire ! »

Jean Michel Rotin - « Lé ou Lov »

« Jean-Michel Rotin est une légende du zouk, et cette chanson est l’une de ses meilleures. L’alchimie est parfaite entre sa voix, le rythme et l’instru. Un jour, j’aimerais faire des parallèles entre les musiques brésiliennes et les musiques des Caraïbes. »

Colourbox - « Tarantula »

« Colourbox est un groupe génial des années 80 qui a été injustement oublié. Dans ce morceau, ils ont parfaitement réussi à mélanger du reggae, du post-punk, de la musique électronique. »

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