BLOODROOT par House of Aama. Photographie Jordan Tiberio

culte vaudou et romantisme créole, découvrez la marque house of aama

Akua Shabaka et Rebecca Henry célèbrent la puissance et la résilience des Afro-américains à travers leur nouvelle collection BLOODROOT.

par Sarah Gooding
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29 Novembre 2017, 9:24am

BLOODROOT par House of Aama. Photographie Jordan Tiberio

House of Aama est une marque qui parvient à mêler histoire personnelle et spiritualité tout en conservant une approche très moderne. Akua Shabaka et sa mère Rebecca Henry ont commencé à recycler des vêtements vintage en 2013, alors qu’Akua n’avait que 16 ans, et elles ont rapidement décidé de créer leurs propres designs. Urban Nomad, leur première collection capsule sortie en 2014, combine coupes contemporaines, kenté ghanéen et tartans kenyans, ainsi que des symboles Maasai d’Afrique de l’Est et des régions Ashanti d’Afrique de l’Ouest.

Ce travail tourné vers la jeunesse a attiré l’attention des organisateurs d’Afropunk, qui ont invité la marque à tenir un stand lors du festival new yorkais. Mais une fois sur place, Akua et Rebecca ont réalisé que les designers utilisant des tissus africains étaient très nombreux et ont donc décidé de privilégier une approche plus nuancée de leur identité culturelle. « Nous voulions raconter des histoires qui n’impliquent pas nécessairement le kenté, qui peuvent inclure des pièces modernes et montrer qu’elles contiennent une histoire appartenant aux Noirs », explique Akua.

Photographie Jordan Tiberio

Elles affinent leur démarche alors qu’Akua est encore lycéenne à Los Angeles. Mais ce n’est pas avant qu’Akua déménage à New York en 2015 pour intégrer la Parsons School of Design – laissant Rebecca à L.A, où elle travaille en tant qu’avocate – que les choses commencent à réellement bouger pour la marque. Pourtant, le duo n’a jamais laissé la distance géographique ou ses trente années d'écart avoir raison de sa motivation. « Nous avons des perspectives différentes et des goûts différents en termes de mode. Mais grâce à la puissance de notre connexion, nous avons trouvé comment en faire une force pour notre marque », affirme Akua.

Le tandem s’attèle donc à refondre la marque et à créer une nouvelle collection. Question pratique, Rebecca fabrique les vêtements et Akua prend en charge la direction créative et les missions commerciales. La collection automne/hiver 2017 est disponible sur leur site depuis lundi. Baptisée BLOODROOT, elle puise son inspiration dans les salons de beauté du Sud, chez les diseuses de bonne aventure et dans le style des bluesmen à travers des robes Victoriennes aux couleurs vives, des costumes rayés en velours côtelé, des crop tops dos-nus ou des blouses en soie à cols lavallière. Derrière le travail esthétique, c’est toute la spiritualité créole et les racines africaines des designers qui s’expriment.

Photographie Jordan Tiberio

Ami de longue date d’Akua, ancien camarade de classe de son école d’arts de Los Angeles, Ashton Sanders aide à donner vie à cette histoire culturelle. La star de 22 ans révélée par Moonlight apparaît dans la campagne d’House of Aama, réalisée par Kanya Iwana et imaginée par Akua lorsqu’elle travaillait en tant que mannequin (depuis qu’elle a déménagé à New-York, Akua est apparue dans des campagnes pour Gucci et Valentino). « Kanya et moi sommes de très bons amis. J’avais 14 ans lorsque je l’ai rencontré. J’ai vu sa vie changer, c’est complétement fou ! Nous sommes très fiers. Il a toujours soutenu House of Aama et il est aussi enthousiaste que nous », dit-elle. Les six vignettes de la campagne dépeignent différentes femmes, des hommes bluesmen ou militaires dans le Sud profond, errant dans des marécages, pratiquant des rituels en se révélant dans une liberté nouvelle.

Le nom de la collection fait référence à la sanguinaire, une plante rare au sujet de laquelle Akua affirme qu’elle était utilisée par « les guérisseuses et les vaudous » comme médecine alternative. Élevée en Louisiane, Rebecca en buvait tous les jours une tisane préparée par sa mère, pour se prémunir contre les maladies. Akua rappelle que la sanguinaire était considérée comme « une puissante gardienne de la famille », mais qu’elle n’était pas au courant de sa propre histoire familiale avant que sa mère ne la lui raconte en feuilletant un livre de guérisseuses pour trouver de l’inspiration.

« Il y avait le nom de différentes herbes utilisées dans lors de pratiques spirituelles dans le Sud, et quand la sanguinaire est arrivée, ma mère a dit : ‘Attends ! C’est exactement ce que me donnait ma grand-mère’, raconte Akua. Je me suis dit qu’on venait vraiment de cette longue lignée de sorcières vaudous qui avaient imposé leurs pratiques jusque dans le Sud. »

Photographie Jordan Tiberio

Rebecca n’a pas perpétué la tradition avec sa fille, mais Akua insiste sur le fait qu’elle a été élevée dans un respect de cette spiritualité ancestrale. « Nous étions dans un foyer où différentes pratiques traditionnelles africaines avaient leur place, comme le vaudou ou la prestidigitation. Je n’ai pas vécu l’expérience typique d’un Noir-américain, j’étais beaucoup plus centrée sur le Sud, sur la diaspora africaine, entre la nature et la spiritualité. »

Ce n’est pas une coïncidence si son père, Jamaiel Shabaka, est aussi un artiste. Acclamé comme un batteur d’avant-garde (qui a un jour joué avec le grand jazzman Sun Ra), il a aussi ramené une dimension spirituelle à son travail. Akua dit : « Une grande part de mon identité culturelle vient de lui, particulièrement dans le fait de ne pas se mentir à soi-même et d’avoir une forte identité. Mon père, quand il entre dans une pièce, vous savez d’où il vient et qui il est. Je pense que c’est très important, particulièrement pour une personne noire, parce que nous nous devons d’avoir une sorte d’identité, une sorte de connaissance de nous-mêmes et de notre histoire. C’est quelque chose que je lui dois. »

Photographie Jordan Tiberio

La fierté noire est une composante essentielle de BLOODROOT. Akua considère les créations comme le reflet d’un Sud des États-Unis marqué à jamais par la guerre – une époque où ses ancêtres « se sont émancipés de l’esclavage et ont lutté pour affirmer la légitimité de leur place avec détermination et dignité. » Les deux créatrices veulent se focaliser sur cette période car « c’était un moment particulièrement important pour les personnes noires, explique Akua. Je viens d’un foyer où l’Afrique tient une place forte, un arrière-plan caribéen, et de ce côté de mon héritage, les choses sont très apparentes. Mais j’ai l’impression que la culture noire américaine évacue beaucoup d’éléments de cet héritage et que nous en négligeons beaucoup d’aspects. Je voulais montrer la dualité qui existe chez les gens et que même si nous sommes dans une vraie recherche esthétique avec ces pièces, elles sont aussi porteuses d’une grande richesse culturelle. »

BLOODROOT est profondément personnelle, mais aussi politique ? Pour Akua, il y a urgence à valoriser et célébrer les Afro-américains. « Cela va au delà de cette période historique ; notre représentation est juste nécessaire dans l’industrie. Sans ça, que serait la mode ? » En racontant leurs histoires, les créatrices de House of Aama parviennent à rendre hommage à leurs ancêtres et à inspirer leurs contemporains.

houseofaama.com