et childish gambino entra dans l'histoire des grammys

Sans y assister.

par Antoine Mbemba
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11 Février 2019, 11:36am

La semaine dernière, i-D publiait la série photo de ses « vraies victoires de la musique » pour parer les carences habituelles de la cérémonie française du même nom - historiquement peu diverse, artistiquement peu courageuse et porteuse d'un snobisme institutionnel dont le rap aura souvent été la première victime.

Hier soir aux États-Unis se tenaient les Grammy Awards, rendez-vous dont le seul tapis rouge fait pâlir les organisateurs des Victoires, mais qui présente, malgré tout, les mêmes anomalies. Les rappeurs y sont majoritairement ignorés depuis des années, quand ils ne sont pas cantonnés à des catégories limitantes. Depuis André 3000 pour The Love Below en 2004 (dont on peut débattre qu'il est un album rap ou non), aucun rappeur n'avait remporté le prix de « L’album de l’année » aux Grammys. Et il aura fallu attendre 2019 pour qu'une femme, Cardi B, décroche celui du « Meilleur album rap ».

Pas étonnant alors, que cette année, Childish Gambino, Drake et Kendrick Lamar aient gentiment refusé l'invitation des Grammys à faire un live. Kanye et Jay-Z (reparti bredouille après 8 nominations l'an dernier), les deux rappeurs ayant le plus gagné aux Grammys, étaient également aux abonnés absents. Entre une vague rap qui n'en finit pas et une cérémonie qui ne comprend pas qu'elle se noie depuis longtemps, le paradoxe a trouvé un nouvel apex hier soir. Childish Gambino devenait le premier rappeur de l'histoire à remporter le prix « Song of the Year » et « Record of the Year » pour « This is America ». Et il n'était pas là pour recevoir les sésames.

Comme si ça ne suffisait pas, Drake - tout de même présent pour récolter son prix du « Meilleur morceau rap de l’année » - s'est fait le porte-parole des absents et perdants au moment de son discours :

« Je veux profiter de cette opportunité pour parler aux jeunes qui nous regardent, qui veulent faire de la musique, et à mes pairs qui font de la musique sincèrement. […] On est dans un business où les gens qui décident ne comprennent pas toujours le succès d’un métisse du Canada, d’une hispanique new-yorkaise [Cardi B] ou de mon frère Travis Scott. Mais, vous avez tout gagné si les gens chantent vos chansons par cœur ou si vous êtes des héros dans votre ville. Si des gens lambdas, avec des jobs alimentaires, bravent la pluie, la neige, et dépensent leurs économies pour venir à vos concerts, vous n’avez pas besoin de ça. Vous avez déjà gagné. »

L'apparition de Michelle Obama pour l'instant girl-power de la soirée et les tenues stratosphériques de Cardi n'auront pas suffi à effacer cette dichotomie des Grammys. This is America...

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