Photographie Lorenzo Agius. 

les 5 fois où björk a prédit l'avenir

Encore plus perspicace que madame Soleil.

par Wendy Syfret et Isabelle Hellyer
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31 Janvier 2018, 10:13am

Photographie Lorenzo Agius. 

Fin 2017 sortait Utopia, le dixième album studio de Björk. On apprenait dans la foulée qu’elle était la tête d’affiche du festival We Love Green 2018, et cette semaine, qu’elle endosserait le même rôle pour l’éminent Primavera Sound (dont le line-up a cassé l'internet). L’occasion pour nous de revenir sur une parcelle de la carrière de cette éternelle extraterrestre, qui daigne venir nous visiter sur scène cette année. On est donc allé regarder son passé en contemplant l’avenir et la relation de l’artiste avec le futur. Constamment en avance sur son temps, la chanteuse islandaise a toujours eu un flair incroyable, sachant ce que la musique, les arts et l’humanité deviendraient bien avant le reste du monde. Vous en doutez ? Voici cinq moments où Björk a su ce dont on avait besoin avant même que l'on s’en rende compte.

Elle a su que l’électro et la pop étaient faites pour s’entendre
Avant qu’ils ne se retrouvent sur le premier album d’une Björk adulte, Debut (1994) – et bien avant son succès critique et commercial – les deux genres étaient considérés comme très différents, voire opposés. Mais dès les premières lumières de sa carrière solo, Björk s’est donné pour objectif de briser les barrières créatives et de montrer que l’élitisme n’avait pas sa place dans le processus de création musicale. Le succès de la chanteuse et de son alchimie pop/electronica a inspiré de nombreux musiciens partout dans le monde, Madonna la première. La superstar a emprunté le même chemin que Björk pour son sixième album studio, Bedtime Story, sorti un an après Debut. C’est d'ailleurs Björk qui a écrit la chanson phare de l’album, sur laquelle Madonna chante doucereusement « Let’s get inconscious, honey. » Si l'accueil public et critique est resté mitigé, c’est grâce à cette phase que Madonna a pu s'élancer vers Ray of Light – un album à l'origine de l’une de ses nombreuses renaissances artistiques. Mais la collaboration avec Madonna est loin d’être la plus étonnante de la carrière de Björk. Sur Volta, son sixième album studio, elle a collaboré avec Timbaland, et a failli travailler avec Beyoncé sur Medulla. Malheureusement, leurs calendriers respectifs ne l’ont pas permis. Mais qui sait, il reste encore un peu de temps avant la fin du monde.

Elle a su que Michel Gondry deviendrait un dieu du clip musical
Si on est tous aujourd’hui au courant que le réalisateur français oscarisé est le saint patron des clips expérimentaux, en 1993 il ne faisait que commencer. Avant que Björk ne fasse appel à lui pour réaliser le clip de « Human Behavior », Gondry n’avait réalisé qu’un seul clip pour le groupe français Oui Oui – dont il était aussi le batteur. Mais les deux artistes se sont immédiatement entendus, et ont finalement travaillé ensemble sur plusieurs clips de Björk. Le recrutement de Gondry n’est évidemment pas l’unique preuve du flair artistique de la chanteuse. C’est elle qui, en 2009, présentait au monde Micachu & the Shapes en partageant leur magnifique morceau « Turn Me Well » sur sa chaîne YouTube. « Ça fait toujours du bien de faire les choses différemment, écrivait-elle. Et voici quelque chose de nouveau. » Dix ans plus tôt, en 1997, elle demandait à Alexander McQueen – tout juste arrivé à la tête de Givenchy – de créer pour elle les vêtements qu’elle porterait sur la couverture de Homogenic.

Elle a su que les albums deviendraient des projets transmédia...
Avant Lemonade, il y avait Biophilia. Sorti en 2011, l’album était un projet multimédia qui faisait fusionner la musique et la technologie d’une manière encore jamais vue auparavant. Et peut-être pas revue depuis. On l’appelle encore souvent le premier « app album » – Björk avait créé dix applications différentes liées à des chansons spécifiques, à des écrits, à des paroles, aux détails des découpages des morceaux et même aux versions instrumentales de certains. En plus, c’est David Attenborough (le héros de Björk) qui souhaitait la bienvenue aux utilisateurs. Et, last but not least, Biophilia a eu l’honneur d’avoir été la première application téléchargeable à rejoindre la collection permanente du MoMa.

...et elle a su que les choses ne s’arrêteraient pas là
Après Biophilia, Björk a poussé l’expérience média, technologique et imaginative un cran encore au-dessus avec Vulnicura, en s’attaquant à la réalité virtuelle. La chanteuse peut se targuer d’avoir été la première à sortir un clip à 360°. C’était en 2015, pour le morceau « Stonemilker ». Mais bien sûr, ce n’était pas tout. Elle crée aussi à l'époque une couverture d’album en mouvement, et sort sept autres clips sur des plateformes de réalités virtuelles. Au même moment, elle monte l’exposition Björk Digital, un show itinérant qui permettait à ses fans de découvrir ses vidéos comme elle les avait pensées : avec des casques de VR, encore très, très rares dans les salons familiaux. Plus rares qu'aujourd'hui, c'est dire. Depuis cette expérimentation de Björk, The Weeknd s’est essayé au clip en réalité virtuelle, à l'instar de Duran Duran, Jack White ou Avicii. Dans la même démarche que lorsqu'elle a fusionné la pop et l’électro, Björk a lié la musique et la technologie comme aucun autre artiste ne l’avait fait avant elle. Un exploit dont elle ne semble pas s'impressionner particulièrement. En 2014, elle expliquait sa vision des nouvelles technologies dans un post Facebook : « Les mots ‘nature’ et ‘technologie’ veulent dire la même chose… par exemple, une petite cabane dans les montagnes, un singe trouve ça technologique, futuriste, mais pour nous c’est devenu une partie de la nature. » Björk ne fait que regarder les choses sous un angle différent. « On doit apprendre à vivre avec les deux, concluait-elle. C’est très important. On ne peut pas être que nature ou que technologie. »

Ah, et on a parlé de son look ?
Il n'y a pas qu’en matière de musique que Björk est en avance sur son temps. Son esthétique devance tout le reste de la planète. Mais vous le saviez sûrement. Ses chignons de l’espace font leur retour dans la mode tous les deux ou trois ans avec une efficacité constante, et elle a adopté le style bien avant Gwen Stefani, entraînant une armée d’adolescentes du monde entier à faire de même. Plus récemment, elle a collaboré avec l’artiste James Merry, derrière la plupart de ses couvre-chefs extravagants portés en concerts ou DJ sets. Après ça, plus rien ne devrait vous étonner, mais la chanteuse a également été l’une des premières à explorer les possibilités offertes par l’impression 3D dans le monde de la mode. Ces dernières années, sa garde-robe a été quasi exclusivement remplie de pièces de la créatruce Iris Van Herpen, qui peut être raisonnablement décrit comme une pionnière de l’impression 3D dans la mode. Björk porte ses robes depuis 2009 (et sa pièce de l’automne/hiver 2010, Synesthesia) et leur relation continue d'être florissante. Van Herpen a fait office de costumière pour le clip épique de dix minutes de « Black Lake ». Et en fait, à ce niveau-là, Björk est encore très en avance sur nous, parce qu’on attend toujours que la mode 3D entre dans le mainstream.