les 17 titres qui ont fait notre mois de novembre

Tommy Genesis en ange de cuir démoniaque, Tengo John en alien et Jazzboy en trader fou... Voici les meilleurs sons et les plus beaux clips de ces dernières semaines.

Freeze Corleone - Intro

Il est impossible de choisir un morceau parmi les onze qui composent le festival de punchlines Projet Blue Beam, dernier album de Freeze Corleone. Si vous ne connaissez pas le bonhomme, c’est que votre curiosité d’amateur de rap ne vous a jamais mené jusqu’au Mordor – comprenez les tréfonds de Soundcloud, où les basses vrillées ponctuent les rimes au lean, cryptées et salées à la théorie du complot. La tête pensante du crew 667 vit dans un vortex entre la France et le Sénégal, et sa discrétion n’a d’égal que sa réputation auprès d’un public conquis à tous les coups par sa technique et un univers sombre construit depuis quelques années en mixtapes denses (les Vieilles Merdes, F.D.T, Thc). Ce mois-ci, Freeze nous livrait son disque le plus abouti – l’intro devrait vous en convaincre.

Penya - Cham Bomb

Jouez-le, encore et encore, sans vous arrêtez. Passez-le à votre collègue, à vos parents, au boulanger du coin même, réécoutez-le ce soir, ne vous en lassez jamais. Par ce que ce titre risque de faire beaucoup de bien à la musique en générale – et au monde aussi peut-être. Sa construction confine à la perfection et son rythme, en équilibre entre une afro-house et un répertoire néo-jazz, fait l'effet d'un sort. Un sort magique. Cham Bomb jouait il y a quelques mois sur les planches du Worldwide festival avant de rejoindre les Sons of Comet en première partie de leur concert au Brainchild Festival. Leur premier EP, Super Liminal, a été pensé pour le dancefloor et conçu comme une traversée des sept mondes.

Rosalía - De Aquí No Sales

Ah, le mois de mai 2018. Il commence à faire chaud et chaque nouvelle perle musicale s’annonce comme la bande-son d’un été savoureux, où nous n’allons rien faire que laisser le soleil brûlant lécher notre peau. Et en ce mai dernier, une chanson s’est imposée, venue d’Espagne, au croisement du flamenco et du r&b : « Malamente », de Rosalía, déjà connue dans son pays au moment de la sortie, mais devenue phénomène mondial avec ce tube. Une aura confirmée ce mois-ci avec son magnifique deuxième album El mal querer. Là où les premiers morceaux pourraient laisser penser à un virage commercial assumé et pas désagréable, la chanteuse nous prend de court avec « De aquí no sales », morceau déconstruit avec des moteurs de moto en guise de basses.

Saint DX - I Still Care

Son nom de scène est un hommage au synthé DX7 de Yamaha qui a révolutionné la musique dans les années 1980. Celui sur lequel il a composé un tas de chanson et avec qui il partage des moments intimes, introspectifs et sincères. Celui sur lequel il a également composé son troisième single « I Still Care » et que l'on découvre en star dans son clip éponyme. Sensible, vulnérable et confesse, Saint DX s'y révèle dans un registre hyper sensuel dont les fondations ont été posées par des artistes comme Sade, Teddy Riley ou encore Prince. Au rythme d'un clavier voluptueux, le monde ralentit, juste un peu, pour notre plus grand bien.

Tengo John - Hyakutake

Dans One Piece, le manga le plus long de l’histoire des mangas, le héros Luffy souhaite devenir le roi des pirates. Dans son aventure, il est secondé par Zoro, teigne aux cheveux verts qui combat avec trois sabres. Il a son homonyme dans le rap français. C’est Tengo John, tignasse verte de temps en temps, qui s’est notamment fait un nom depuis quelques années avec sa série de freestyles-références « Trois Sabres ». Cette année, le jeune rappeur du Val-de-Marne aura régalé. D’abord avec sa superbe Multicolore Mixtape en avril puis avec Hyakutake (le nom d’une comète) ce mois-ci. Deux projets qui confirment sa technique, sa subtilité et sa musicalité. C’est un à-côté mais, ses covers d’albums suffisent à faire voyager. Et le clip de « Hyakutake » vous fera au moins le même effet.

Oktober Lieber - The Attaker

Pardonnez-nous d’avance pour cet arrangement avec le calendrier : le premier album d’Oktober Lieber n’est pas sorti en novembre mais au mois d’octobre - le 31 pour être exact, soit le jour d’Halloween (penser qu'il s'agit d'une coïncidence a encore moins de sens que de croire au paradis mais on vous laisse vous faire votre propre avis). Mélange de cold wave, de nappes ténébreuses et de voix caressantes, le projet formé par Charlotte Boisselier et Marion Camy-Lou navigue entre Phantom of Paradise et Suspiria, mais il pourrait aussi être l’album que Carrie écoute en boucle avant de découvrir sa vocation de reine de promo. Bref, pas le genre de son qu’on vous recommande en période d’insomnies – mais la bande-son idéale de toutes vos prochaines nuits en enfer.

Tommy Genesis - God is Wild

On attend toujours le nouveau clip de Tommy Genesis avec la même impatience que Noël. Et quand on se rend compte, avant même d'en lancer la lecture, qu'elle nous a préparé une vidéo façon court métrage de 5 minutes et 42 secondes, on perd forcément les pédales. Dans « God is Wild », Tommy fait se côtoyer les totems de sa culture ciné : un mélange entre Kill Bill, Une Nuit en enfer, Buffy contre les vampires et Blade. Du cuir, du sang, des cornes démoniaques, des lentilles de contacts fantaisistes et des monstres méchants. Dans tout ça, Tommy se fait balloter entre enfer et paradis. Ange ou Satan ? Ne lui demander pas de choisir.

Jazzboy - Just Like We Did It (Dr1gs)

En découvrant en 2017 le clip du titre éponyme de Jazzboy, on s’est demandé quel grain de folie avait pu pousser dans la tête de Jules Cassignol pour échapper un premier cri en solo aussi kitsch et barré. L’ex-membre de Las Aves donnait une forme concrète à ce cri-là, avec un EP, Jesus Jazz, promenade hallucinée en sept titres qui font attention de ne jamais s’enfoncer trop profond dans un genre précis. Plus que s’accrocher à un style musical, l’exigence de Jazzboy est la suivante : parvenir à accrocher l’oreille en expérimentant. À l’écoute, le pari est selon nous relevé. Si ça ne suffisait pas à nous rendre accro, Jules fait aussi très attention à son image, ses clips. Quand les planètes se réunissent, ça donne « Just Like We Did It (Dr1gs) ».

Slimka - A Plus, A Ciao feat. Di-Meh

Il y a les rappeurs qui sont là pour faire des ronds, ceux qui sont là parce qu’ils ont vu de la lumière, ceux qui espèrent que ça leur offre une carrière d’acteur, et ceux qui sont là pour l’amour pur et total du rap. Di-Meh et Slimka sont de cette dernière catégorie. Il suffit de voir les monstres qu’ils sont en live ou en freestyle pour s’en convaincre. Ils sont fous. Fous de musique, et leur folie est sacrément contagieuse. Les suisses ont extrait de leur collectif SuperWak une dream team, les XTRM BOYZ (Di-Meh, Slimka, Makala, récemment interviewé par nos confrères de l’Abcdrduson) que l’on vous conseille urgemment (vraiment) d’aller voir sur scène. Et on vous prévient : si vous les entendez dire, à la fin du concert, « à plus, à ciao », ne partez surtout pas.

Mariah Carey - Giving Me Life feat. Slick Rick & Blood Orange

Si on vous avait dit en début d’année que Mariah Carey serait à l’origine d’un (très) bon album et d’un des morceaux les plus surprenants de l’année, vous nous auriez ri au nez, non ? Eh bien voilà, nous y sommes, ce mois-ci, la diva sortait Caution, son 15 ème (!) album, et une réussite incontestable. Soyons honnêtes, tous les lauriers ne lui reviennent pas. L’apogée du disque – les 6 minutes de « Giving Me Life » – est produit par l’inénarrable Dev Hynes, aka Blood Orange. Mariah n’avait pas semblé aussi en phase avec son temps depuis un petit bout de temps, et on est heureux de voir qu’il lui en reste sous le capot, et sa pop, sa soul, sa voix collent parfaitement aux élans mélodiques de l’artiste britannique. Et puis tout cela fini de nous convaincre d’une chose : les vraies icônes ne meurent jamais.

Issam - Trap Beldi

On ne présente plus la scène rap marocaine. Elle a réussi en quelques mois à s’imposer à nos oreilles avec une efficacité remarquable, aidée notamment par le collectif NAAR, dont l’obectif est clair et concret : exporter cette scène et ses artistes dans le monde entier. Parmi ces artistes, il y a Isaam, enfant d’internet nourri à Young Thug, dont nous vous parlions du morceau « Caviar » - justement issu de la compilation à venir de NAAR - il y a quelques semaines. Le rappeur nous est revenu ce mois-ci avec « Trap Beldi », dont le clip a été réalisé par Issam himself. Un bijou de plus pour cette scène à qui il ne manque rien, artistiquement, pour conquérir le monde.

Takeoff - Casper

On ne le dira jamais assez, mais Takeoff, le cadet des Migos, est le meilleur rappeur du groupe – même son oncle le dit. Alors quand on apprenait à la rentrée que les trois mousquetaires d’Atlanta s’apprêtaient à sortir un projet solo chacun, notre cœur a bondi. En octobre, l’album solo du « leader » Quavo, Quavo Huncho, a déçu à peu près tout le monde. Ce mois-ci, son neveu est venu rattraper le tir avec le très bon The Last Rocket, dont on retiendra l’incroyable technique, placide et précise du rappeur, et l’envoûtant « Casper ». Le clip du morceau confirme ce que l’on pensait : Takeoff est loin devant. Si les Migos venaient à se séparer du moins, on miserait sans hésiter sur lui. À voir si le solo d’Offset, prévu en décembre, nous fera changer d’avis.

Aya Nakamura - Pookie

Choisir un titre du dernier album d’Aya Nakamura, c’est un peu comme demander à des parents de choisir leur enfant préféré (il y en a toujours un, mais on est jamais vraiment sûr de vouloir dire lequel). Notre cœur balançait entre « Sucette », « Whine Up » , « Pompom » et « Ça fait mal » mais on a fini par se laisser convaincre par « Pookie », ses vibrations frénétiques et ses paroles dont on n'arrive toujours pas - après 49 écoutes - à restituer deux syllabes. Ne vous y trompez pas : si son titre semble évoquer une nouvelle spécialité de la Mie Câline, « Pookie » fait référence à l’être aimé (à moins qu’on se soit planté – ce qui est possible et qui n’enlève rien à ce morceau génial).

Tommy Cash - X - RAY

Tommy Cash, c’est ce rappeur estonien de 27 ans qui semble venir du futur tout en ayant grandi dans le passé. Son dernier clip, « X-Ray », est à l’image de cette ambivalence extraterrestre : eurodance, rap et chants sacrés s’y mélangent, jusqu’à atteindre une harmonie étrange – et disons-le, un peu badante. Dans un bâtiment d'architecture soviétique, on le découvre en gourou vêtu d’un costume de satin. Autour de lui, ses adeptes se prosternent ambiance secte du soleil quand ils ne se concentrent pas sur des postures de yoga (si vous souhaitez les imiter, agissez sous la surveillance d’un tiers). Il fait aussi des massages télékinésiques et galvanise les foules jusqu’à les faire pleurer. Le tout, dans un décor digne d’un défilé Gucci. On vous aura prévenus.

Jon Hopkins - Singularity (ANNA Remix)

En mai dernier, Jon Hopkins livrait un album hypnotisant qu’on ne saurait mieux résumer qu’à travers les mots de Pascal Bertin, situant sa musique dans « cet espace vacant entre le dancefloor et la méditation ». Car si elle résonne immanquablement de manière cérébrale, la techno d’Hopkins est habitée par une force sismique – de celles qui donnent envie de se rapprocher de la Terre, d’y enfoncer ses pieds et de danser. Si « Singularity » vous faisait un effet de cet ordre, écoutez son remix par la Dj brésilienne Anna. Toujours sur Terre, un peu plus près du volcan.

Nelick – Robe Rouge

Récemment, en discutant avec Muddy Monk, on se rendait compte qu’il formait avec ses potes Myth Syzer, Ichon, Bonnie Banane, Hamza et consorts une scène musicale. Celles des romantiques. On ne sait pas si une collaboration est en voie avec ceux-là, mais Nelick est à classer là-dedans. Après avoir marqué son petit monde en 2017 avec son « Ocean 2077 », après avoir accompagné pendant un temps Lord Esperanza, distillé des sons solo au fil des mois et sorti une mixtape en début d’année, le jeune rappeur s’installe dans le paysage ce mois-ci avec son premier album Dieu Sauve Kiwi Bunny, sorti aujourd’hui. Sur la pochette, Nelick pleure des larmes de Candy Up, et nous, on se réjouit que ses plaintes soient aussi douces et sucrées.

Flohio - Toxic

Quand Naomi Campbell vous désigne comme l’une des « 10 femmes qui feront demain », il y a de quoi se dire que le monde vous appartient. C’est précisément ce qui est arrivé à Flohio, rappeuse d’origine nigériane basée au sud de Londres qui, du haut de ses 26 ans, séduit à peu près tous les micros qu’on lui tend. Engagée et percutante, tout le monde est parti pour se la disputer. Il y a deux jours, le duo allemand Modselektor lâchait un featuring intitulé « Wealth ». Un titre dans lequel Flohio leur volait complètement l’affiche, sans même avoir l’air de s’en rendre compte. Merci Naomi.

Koffee - Toast

Il y a des personnes dont on préférerait ne pas connaitre l’âge pour éviter de se dire qu’on a raté sa vie. Koffee a 18 ans et si son premier single n’était pas aussi GENIAL, on lui en voudrait d’être aussi précoce à l’heure où nous sommes nombreux à chercher un sens à notre existence (coucou les étudiants en sociologie). Originaire de Spanish Town en Jamaïque, elle livre avec ce morceau la deuxième meilleure nouvelle du mois pour son pays, dont le reggae vient d’entrer au patrimoine culturel de l’humanité. À écouter en boucle, tous les matins - le seul risque présenté par l’écoute de « Toast » étant celui de marcher en souriant.

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