6 films à (re)voir au festival les étoiles du documentaire

Ce week-end, au Forum des Images à Paris.

Partant du constat qu'il est difficile de faire le tri dans une offre toujours plus grande (coucou Netflix, Arte et autres plateformes de VOD), le festival Les Etoiles du documentaire vous propose ce week-end une sélection des pépites que vous auriez pu rater cette année. Deux jours de projections qui se tiendront au Forum des Images à Paris, une trentaine de films ponctués de rencontres et un vote du public couronnant celui qui aura fait battre son coeur le plus fort. Alors pour vous aider à y voir encore plus clair, on vous a concocté une petite liste de conseils. Attention ouvrez-bien les yeux : votre étoile se cache peut-être parmi les six films qui vont suivre.

Vivre Riche, Joël Ajkafou

Rolex le Portugais est un jeune homme d’Abidjan qui rêve en grand. Avec ses amis, il vit de petites arnaques, de ruses sur internet et de virements bancaires soutirés malicieusement à des Occidentaux ou des Européennes en mal d’amour. Pour tous ceux qui ont été un jour victime de cette économie informelle, que l’on nomme aussi « broutage », ce documentaire est une invitation au pardon. Car derrière la manigance se cache des rêves, des ambitions étouffées, une dette coloniale injuste, une transition sociale qui n’aboutit pas et les cicatrices d’une guerre civile qui ne passe pas. Le documentaire de Joël Ajkafou, formé au cinéma au Burkina Faso, s’impose comme le plaidoyer d’une jeunesse pleine d’ambivalences et de raisons.

La Parade, Madhi Ahoudig et Samuel Bollendorff

La Parade est un contre-récit dressé comme un rempart face aux clichés qui collent à la peau du Nord de la France. À travers les passions d’une majorette appliquée nommée Cloclo, d’un fou de tunning, Jonathan, ou de Freddy, un éleveur de coqs de combat et de pigeons voyageurs, le duo de réalisateurs Madhi Ahoudig et Samuel Bollendorff proposent un nouveau regard sur les traditions et cultures populaires du Nord de la France, et tentent de redorer un passé travailliste souillé. Et ce, sans ne jamais se contenter de planquer le gris social caractéristique de la région sous un tapis joli. Pas besoin. Sous le poids de l’empathie, les clichés finissent toujours par tomber.

Swagger, Olivier Babinet

Ne vous faites pas avoir : avant d’être, comme on a pu vite le dire, un « film de banlieue » ou « sur la banlieue », Swagger est un teen movie, un portrait d’ados, l’histoire de leurs histoires - un documentaire déguisé en fiction, qui donne la parole à onze collégiens d’Aulnay et de Sevran, dans le 93. Ils y racontent leur vie, leur vision du monde, leurs aspirations et angoisses. Onze visions du monde, onze caractères, onze récits. Grâce à un travail d'immersion, Babinet est parvenu à faire parler les timides comme les frimeurs, à extraire tout ce que leur pensée a de pertinent à travers les filtres cinématographiques de la comédie musicale, de la science-fiction, du fantastique. Tout est au service de l’imaginaire de ces ados, qui composent un film solaire.

Nothingwood, Sonia Kronlund

Qui de mieux placé que Sonia Kronlund pour évoquer la richesse du documentaire ? Son visage ne vous est peut-être familier mais sa voix vous dira quelque chose si vous aimez bercer vos trajets en métro, à pied ou en voiture par la mélodie des podcasts. Depuis 15 ans, son émission Les Pieds sur terre offre un écrin à des voix que l'on entend (trop) peu, livrant des récits singuliers, subjectifs et passionnants sur les ondes de France Culture. L’an dernier, elle passait derrière la caméra et présentait Nothingwood à la Quinzaine des Réalisateurs, portrait d’un acteur-réalisateur-producteur de films de série Z afghan. Un ovni kitsch, politique et exubérant qui sera présenté dans le cadre du festival et suivi d’une discussion avec sa passionnante réalisatrice.

Cassandro the Exotico, Marie Losier

En 2011, Marie Losier livrait l’histoire de Breyer P-Orridge Genesis – un artiste américain ayant décidé, par amour pour sa femme, de tout faire pour lui ressembler. Intime et touchant, le documentaire s’écartait du sensationnalisme pour évoquer le geste d’amour au cœur de ce récit extraordinaire. Dans son dernier film, elle retraçait la fin de parcours de Cassandro, figure emblématique des exoticos – des catcheurs gays qui par leurs cascades, brisent le plafond de verre de la société mexicaine. Renoncer à l'adrénaline du ring quand c'est le lieu où s'affranchir de la violence du monde alentour ? C'est tout le dilemme auquel se confronte Cassandro dans ce documentaire dont la beauté plastique n'évacue jamais la profonde bienveillance.

Braguino, Clément Cogitore

Auréolé d’un succès à la mesure de son (grand) talent, Clément Cogitore navigue entre art et cinéma avec la même force de frappe : à travers des images sidérantes, il vient dissoudre les frontières qui séparent la fiction du documentaire. Braguino en est le témoignage le plus troublant : en pleine Sibérie, des familles vivent en totale autarcie, s’accommodant de la forêt dense et des animaux sauvages qui rodent autour. Entre elles, c’est tout le poids des traditions et la peur de l’altérité qui se rejouent, sous le regard lucide des enfants. Une fable aussi incisive qu’envoûtante, à (re)voir d’urgence.

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