twiggy, jackie kennedy, diana ross : les mères du féminisme ?

Une exposition berlinoise rend hommage aux grandes dames qui se sont soulevées contre le système patriarcal et pour le droit de toutes les femmes au États-Unis – des icônes pop aux premières dames de la maison blanche.

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08 Septembre 2016, 8:45am

© Steve Schapiro, Andy Wahol, Edie Sedgwick and Entourage, New York, 1965

Jacqueline Lee Bouvier, fille émérite d'un riche businessman de Wall Street, était tout sauf une fille comme les autres. À 18 ans, elle échafaudait, dans son cahier d'école, ses plans pour le futur : "Ne jamais devenir femme au foyer." 12 ans plus tard, elle devenait Première dame des États-Unis et première femme de John F. Kennedy. Le Kennedy Museum, à Berlin, est à l'origine d'une exposition collective, réunissant les portraits des grandes et puissantes dames politiques, aux côtés des icônes de la pop culture telles que Marlene Dietrich, Katharine Hepburn ou Barbra Streisand, entre autres. L'exposition, Decades of Change: Iconic Women of the 1960s and 1970s, se tiendra jusqu'au 16 octobre. Et vous avez plein de bonnes raisons d'y faire un saut.

Le musée, installé dans le quartier très chouette de Mitte, a réuni 60 portraits de femmes - de Grace Kelly à Twiggy - qui ont façonné la culture de leur époque, inspiré et encouragé les mouvements féministes les plus engagés.

© Thomas Billhardt, Angela Davis, Berlin, 1973 

La directrice du musée et curatrice de l'exposition, Alina Heinze, a choisi de présenter le portrait des femmes puissantes dont la voix s'est un jour soulevée contre la misogynie et pour le droit à l'avortement, la pilule, le droit d'exister indépendamment d'une tutelle masculine. Bref, des femmes fortes dont les paroles résonnent encore aujourd'hui et qu'il est important de se rappeler.

L'exposition s'inspire du rôle qu'a joué Jacqueline Kennedy lorsqu'elle était première dame, de 1961 à 1963. « Dans les premiers écrits journalistiques de Jackie Kennedy, on perçoit, entre les lignes, son engagement politique et progressiste. Son image médiatique de mère au foyer et de mère parfaite était certes, aux antipodes des convictions féministes prônées dans les sixties et les seventies, confie Heinze. En réalité, cette image lisse et rangée ne la représentait qu'à moitié. Jackie était bien plus qu'une mère et qu'une épouse. »

© Steve Schapiro, Katharine Hepburn, London, 1972 

En tant que première dame, Jackie Kennedy a promu et préservé l'histoire de l'art, son enseignement et la culture, au sens le plus large qui soit. Passionnée de peinture française, elle fait la rencontre de Malraux, qui lui prête la Joconde afin qu'elle soit exposée à Washington. Elle collabore également avec Andy Warhol, qui signe plusieurs portraits d'elle, devenus iconiques. Elle curate également, au sein même de la Maison Blanche, les oeuvres qu'elle souhaite faire figurer, à l'aide d'historiens de l'art. Heinze précise : "Notre société a toujours été à la recherche de mentors. Ces femmes doivent être reconnues pour ce qu'elles étaient et faisaient."

Que font les actrices hollywoodiennes aux côtés des grandes dames de la politique ? Leur engagement personnel mérite d'être cité. C'est le cas de Katherine Hepburn qui, "plutôt que de suivre les traditions, a choisi de divorcer en 1934 avant de se concentrer, seule, sur sa carrière d'actrice, souligne Heinze. Elle s'est ouvertement déclarée favorable à l'avortement et la contraception dans les années 1960 et 70."

Heinze remarque à ce propos que l'actrice a vécu comme le personnage qu'elle incarne dans Flamme Sacrée, sorti en 1942, indépendante et féministe, aux côtés de Marlene Dietrich, qui a tenu tête à l'industrie hollywoodienne lorsque sa fille est née : les producteurs voulaient taire sa maternité pour conserver son aura d'icône sexy. 

© Steve Schapiro, Mia Farrow et un enfant, Bora Bora, 1978 

On retrouve également dans l'exposition la chanteuse et compositrice Diana Ross, qui a connu la gloire en tant que chanteuse principale de The Supremes, certainement le girls-band le plus populaire des années 1960, et de tous les temps. Heinze rappelle que la réussite de la carrière solo de Ross fut si grande qu'elle était en mesure de concurrencer les Beatles. « Ross est devenu l'idéal de la femme moderne. Sa chanson I'm Coming Out de 1980, dans laquelle elle narre sa libération de la domination masculine à Motown Records, est considérée comme un hymne féministe. »

On trouve aussi une section bien fournie consacrée aux photos de l'actrice récompensée et chanteuse Barbara Streisand. Elles montrent une version d'elle assez rarement vue - plus décontractée, plus intime, dans son bain ou à table. « Pendant de longues années elle a soutenu est s'est exprimée pour le droit des femmes, » rappelle Heinze. « C'est une vraie féministe, qui s'est régulièrement plainte publiquement de la discrimination faite aux femmes aux Etats-Unis. »

Les photos ne sont pas toutes mises en scène. Une photo de l'actrice et activiste Mia Farrow la montre enlaçant un enfant dans ses bras. En tant qu'ambassadrice de l'UNICEF qui a 14 enfants (dont 10 adoptés), Farrow se bat pour les droits de l'Homme et les droits de l'enfant en Afrique. Elle a également réalisé des documentaires sur les génocides du Rwanda et du Darfour. 

© Steve Schapiro, John et Jacqueline Kennedy, Washington, D.C., 1963 

« La photo donne un aperçu de l'évolution de Farrow : de sa vie glamour et fausse dans l'industrie du cinéma à son investissement personnel dans des problématiques et tragédies de la vraie vie, » explique Heinze.

Un truc cloche, par contre. Quasiment toutes ces photos de femmes ont été prises par des hommes - Richard Avedon, Helmut Newton, Will McBride. Et leur représentation en est grandement modifiée. Le point de vue est masculin. L'exposition présente le travail d'une seule photographe, ave une photo de l'allemande Charlotte March, qui met en scène l'actrice franco-allemande Romy Schneider, connue pour son rôle d'Impératrice Elizabeth d'Autriche dans la trilogie Sissi (1955). Elle est également célébrée pour ses prises de risques féministes, sa défense publique de l'avortement dans les années 1970.

« En préparant l'exposition, j'ai bien évidemment cherché des femmes photographes, spécifiquement, » raconte Heinze. « Mais les hommes dominaient la photo à ces époques, et ça n'a pas vraiment changé depuis. Mais l'an prochain nous exposerons le travail des plus grandes photographes. »

© Steve Schapiro, Diana Ross, Los Angeles, 1974 

Credits


Texte Nadja Sayej