Maison Martin Margiela fall/winter 2000-2001, Photo: Marina Faust

margiela chez hermès, un règne trop longtemps incompris

Le passage de Martin Margiela chez Hermès a été largement mécompris par la presse à l'époque. Pourtant, ses collections pour la maison française sont autant de façons de redécouvrir la vision du créateur belge. Le MoMu lui dédie une exposition.

par Charlotte Gush
|
03 Avril 2017, 10:40am

Maison Martin Margiela fall/winter 2000-2001, Photo: Marina Faust

Membre émérite des six d'Anvers (avec Ann Demeulemeester, Dries Van Noten ou Walter van Beirendonck), le créateur Martin Margiela, diplômé de la prestigieuse Académie Royale des Beaux-Arts d'Anvers, a passé les décennies 80 et 90 à parfaire sa réputation dans le milieu de la mode. Avant-gardistes, ses pièces déstructurées continuent d'inspirer les jeunes générations. Rien d'étonnant donc à ce que sa nomination en tant que directeur créatif chez Hermès en 1997 ait suscité autant d'attention médiatique. « [Les journalistes] s'attendaient à ce qu'il déconstruise l'héritage d'Hermès. Ils espéraient qu'il coupe le Birkin en deux ! » s'amuse Karen van Godtsenhoven, l'une des curatrices de l'exposition Margiela: The Hermès Years, qui a ouvert ses portes vendredi dernier au (MoMu) d'Anvers. Contre toute attente, Martin Margiela en a profité pour réinventer l'élégance d'Hermès à travers des matières fluides, une palette de beige, taupe et camel pour sa première collection automne/hiver 1998. 

Hermès a pris un risque en se tournant vers le créateur. À son arrivée dans la maison, Martin Margiela n'a pas hésité à confier qu'il ne ferait pas de carrés de soie, l'ultime symbole de la maison française - un pari osé à l'époque où les collections prêt-à-porter étaient plus que limitées, inimaginable aujourd'hui quand on sait l'influence d'Hermès sur le marché. Etonnamment, le travail de Margiela chez Hermès était l'exact opposé de son travail chez Maison Martin Margiela. En disposant les différentes pièces conçues par le créateur côte à côte - les créations pour MMM sur des murs blancs, celles pour Hermès sur des murs oranges - l'exposition au MoMu fait le pari d'exposer la continuité du travail de Margiela.  « C'est à force de recherches que l'on a constaté l'évolution d'une même vision, exécutée différemment, affirme Van Godtsenhoven. Chez MMM, il a [mis un point d'honneur] à rendre visible le travail artisanal nécessaire à la conception des pièces à travers l'utilisation de doublures apparentes, par exemple. Chez Hermès, au contraire, il rendait invisible.Les lignes étaient minimales, dans le sillon de l'esthétique japonaise, explique la commissaire avant de conclure : Le même maître, les mêmes éléments, utilisés à des fins différentes. »

L'exposition s'ouvre sur un paysage sonore : il s'agit des Compliments de Marie-Hélène Vincent-Choukroun, écrit en 1995. Pendant 14 minutes et 25 secondes, on peut entendre un homme enchaîner les compliments en Français : « Tu es assurée, tu es belle... » etc. La directrice du MoMu, Kaat Debo, explique que les recherches nécessaires à la conception de cette exposition ont mis en lumière le profond respect du créateur pour les femmes. D'anciens mannequins lui ont d'ailleurs confié que Margiela s'intéressait à la manière dont elles portaient leurs vêtements au quotidien. « Il remarquait, par exemple, que certaines d'entre elles ne boutonnaient pas leur veste mais les maintenaient, » explique-t-elle. Rien d'étonnant donc à ce que Margiela ait conçu des vestes reversibles qu'on pouvait porter comme des capes. Dans ce sillon, les tops Vareuse avaient de profonds cols V qu'on pouvait aisément nouer autour de la taille ou aux épaules. Finis les cheveux en bataille à force de retirer son sweatshirt par le haut. Des images d'archives, des coupures de presse, des vidéos présentant les différentes façon de porter telle ou telle pièce, rythment cette exposition. En mettant côte à côte les silhouettes de Margiela pour Hermès et les pièces maîtresses conçues pour MMM (dont les tabi boots ou le sweatshirt punk tricoté par la mère de Martin), le MoMu révèle le génie de Margiela et propose une lecture inédite de son passage chez Hermès.

"Margiela: The Hermès Years" au MoMu d'Anvers, jusqu'au 27 Août. 

Hermès A/W 2001-2002 veste sans col, pullover à col haut en cachemire et soie, écharpe 'Losange' en crêpe de soie Le Monde d'Hermès, Photo: Ralph Mecke

Maison Martin Margiela S/S 1996, Photo: Marina Faust

Hermès A/W 1998-1999 Vareuse réversible en cachemire, pullover col haut sans manche en cachemire, jupe mi-longue en laine de Shetland et bottines en cuir de veau, 'Le vêtement comme manière de vivre' Le Monde d'Hermès, Photo: John Midgley

Maison Martin Margiela A/W 1996-1997, Photo: Anders Erdström; Hermès A/W 1998-1999, Photo: Studio des Fleurs

Maison Martin Margiela S/S 2009, Photo: Marina Faust

Maison Martin Margiela S/S 2009, Photo: Giovanni Giannoni; Hermès S/S 1999, Photo: Studio des Fleurs

Maison Martin Margiela A/W 1991-1992, Photo: Marina Faust; Hermès A/W 2002-2003 'Les Gestuelles', Photo: Marina Faust

Credits


Texte : Charlotte Gush
Images courtesy MoMu Fashion Museum Antwerp