bindies, cheveux bleus et baggies : leçon de style avec gwen stefani

Comme beaucoup d'ados, mes années collège ont été marquées par une icône. À l'âge de 11 ans, j'ai jeté mon dévolu sur Gwen Stefani. Cette période, je l'appelle ma période "Gwennabe" et pour tout vous dire, je n'en suis jamais vraiment revenue.

|
déc. 28 2016, 10:30am



Je suis tombée amoureuse de Gwen Stefani avant même de savoir à quoi elle ressemblait, le jour où son tout premier morceau est passé à la radio. Sur le chemin de l'école, des mois durant, ma mère et moi chantions à pleins poumons les paroles de "Spiderwebs" et mettions un point d'honneur à terminer la chanson avant que je ne descende de la voiture pour aller en cours.

Nous étions en 1995 et j'avais 11 ans. Je ne faisais pas partie de ces pré-ados "hyper matures" comme certaines filles de ma classe qui présentaient déjà des formes de femme, trainaient avec leurs mecs le weekend et se lissaient les cheveux tous les matins. J'étais plutôt du genre planche-à-pain maigrelette, je n'avais jamais embrassé un garçon et je m'habillais encore chez Du Pareil Au Même. Je parvenais quand même parfois à composer avec ma garde-robe et me concoctais un style pseudo-grunge en enfilant un pull crop col roulé bleu fadasse accompagné d'une jupe portefeuille et de chaussettes montées jusqu'aux genoux.

Bref, j'étais encore une (très) jeune fille.

Ma famille venait de faire l'acquisition d'un décodeur, ce qui me permettait de mater des chaines hyper stylées à l'époque (et un nombre infini de dessins animés). Un soir - de pleine lune probablement - alors que je zappais sans but, les premières notes de la chanson qui m'obsédait depuis plusieurs moi se sont échappées de la télé et là, je l'ai vue. Des cheveux blonds peroxydés, des strass collés sous les yeux, un crop top estampé "GWEN", des bottes de guerrières, un bindy au milieu du front et des bretelles de soutifs pailletées apparentes.

Voilà. Je venais de découvrir MTV pour la première fois et tout un monde s'ouvrait à moi tandis que cet instant précis allait définir à tout jamais ma définition du cool.

Fini les dessins animés. Je scrutais l'écran de la télé en espérant retomber sur des clips de Gwen Stefani. Je voulais analyser plus longuement sa tenue, son attitude et celles de ses confrères du groupe No Doubt. Ma mère avait acheté des cassettes vidéo vierges pour que je puisse enregistrer ses clips et ses lives. Je me souviens d'une interview de Gwen Stefani menée par la mannequin Shalom Harlow pour l'émission House of Style. Un autre moment fatidique. Dans cet entretien télévisé Gwen détaillait son sens du style et Sahlom Harlow eut la chance d'enfiler le manteau de Gwen devant la caméra. Un sentiment d'immense jalousie m'a alors envahie.

Je refusais désormais d'aller à l'école sans me dessiner un bindy sur le front, souligner mes yeux d'un trait de crayon vert pétard (oui, vert pétard) et tartiner mes paupières d'une substance visqueuse argentée. J'avais également fait l'acquisition d'une immense collection de barrettes et grigris en tous genres pour tenir mes cheveux.

En dehors de l'école, mon délire "Gwennabe" allait encore plus loin. Ma mère avait accepté de m'acheter un soutien-gorge effet denim, l'élément phare de mon nouveau style jusqu'à ce qu'il se fasse détrôner quelques mois plus tard par un soutien-gorge vert acide. Les bretelles de mes soutifs dépassaient d'un débardeur à fines bretelles bleu que je portais avec un pantalon kaki trois fois trop grand pour moi, resserré à la taille à l'aide d'une ceinture en chanvre. Ma tenue était parfaite par une paire de Vans bleues hyper cool ornées de bandes fluorescentes sur les côtés (je pense à elles encore aujourd'hui). Voilà. Je m'étais enfin trouvée.

Cette tenue, je l'ai arborée tellement de fois qu'un ami m'a même demandé un jour si j'avais d'autres vêtements.

Oui, j'en avais, mais ce look représentait tellement bien l'essence même de ma nouvelle identité qu'il m'était impossible de porter autre chose.

Niveau musique, je faisais preuve d'un peu plus de diversité. Gwen Stefani ne possédait pas le monopole de mon cœur mais elle était la seule à incarner la jeune femme que je rêvais de devenir. J'adorais Courtney Love aussi mais je n'étais pas assez sauvage pour m'identifier à elle. J'admirais Shirley Manson mais je ne possédais pas cette sensualité qui la caractérisait. De surcroît, ma meilleure pote avait déjà mis le grappin sur elle et l'avait déclarée "icône de sa vie". En fait ce que j'admirais par-dessus tout chez Gwen c'est qu'elle était un peu masculine, carrément badass et sexy sans le vouloir. Sur scène, elle déployait une énergie dingue et sautait dans tous les sens. Je savais déjà à cette période que je ne deviendrais jamais une femme hyper sensuelle. Elle non plus, ce qui ne semblait poser aucun problème et me rassurait énormément.

Au fil des années, mon style a changé mais Gwen Stefani en sera toujours l'initiatrice, le premier maillon, la matrice. Au collège, mes jeans sont devenus de plus en plus moulants, mes chaussures de plus en plus pointues et fines. Plus tard, en déménageant à New York, j'ai troqué mes Doc Martens pour des bottines Acne, mes débardeurs contre des t-shirts oversized Alexander Wang. Le manteau Shrimp rose que je porte aujourd'hui tous les jours semble être l'évolution logique de mes années Gwennabe. Et sous toutes ces couches, je dois vous avouer que je porte encore et toujours un soutien-gorge bien trop flashy.

Credits


Texte Laia Garcia
Photographie Jeff Kravitz / Getty Images