grandir dans une ville minière d'angleterre

La Side Galerie de Newcastle présente le travail de plusieurs photographes, autour du thème de l'adolescence. i-D a rencontré Karen Robinson, partie documenter la jeunesse de Durham, en proie à la crise et l'ennui.

par Matthew Whitehouse
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30 Septembre 2016, 8:20am

À Newcastle, la légendaire galerie Side réouvre enfin ses portes au public avec une exposition qui explore, à travers le medium photographique, la complexité du monde adolescent. CHILDHOOS rassemble le travail de photographes contemporains et les archives d'Amber - le collectif de cinéastes et photographes à l'origine de l'ouverture de la galerie en 1977 - la série de Kai Wiedenhöfer sur les enfants réfugiés, Forty Out of One Million, et celle de Dean Chapman de skids du sud avec Shifting Ground.

Une autre série est présentée au sein de l'expo. Il s'agit de All Dressed Up, qui réunit des portraits d'adolescentes originaires des villages miniers de l'Est Durham, réalisée par Karen Robinson. À travers cette série, la photographe explore les problématiques sociales auxquelles les jeunes filles sont confrontées : des paysages marginalisés, des communautés souvent méprisées par le reste du monde. Mais la photographe y parle surtout d'amour, de solidarité et d'amitié.

Quand est-ce que tu t'es mise à photographier cette série ?
La galerie Side m'a commissionné en 2005. Il m'était demandé de réaliser un reportage sur les anciens villages miniers. J'avais envie d'en parler en me concentrant sur la vie intime et quotidienne des adolescentes qui y vivent. Comprendre et appréhender leur monde, leurs rêves.

Comment as-tu choisi les modèles qui sont sur tes photos ?
J'avais une idée en tête - ne photographier que les ados à l'aise avec le projet, l'objectif et ma présence. J'ai rencontré une jeune fille, un soir, enceinte de trois mois. Elle ne savait pas qui était le père, elle se tenait à l'écart des autres, un peu en retrait. Elle est devenue par la suite une mère formidable et très aimante.

Comment es-tu parvenue à gagner leur confiance ?
C'était difficile et ça m'a demandé beaucoup de temps. Ils ont commencé par m'offrir une petite place au sein de leur univers, et au fur et à mesure ils se sont confiés à moi. Chacune de leurs histoires était fascinante, bouleversante. Elles avaient toutes un gang, un endroit où elles se retrouvaient le soir. Elles étaient un peu sceptiques au départ et doutaient de mes intentions. Mais au final, elles oubliaient que j'étais là à leurs côtés et se laissaient aller. C'était très naturel et instinctif.

Qu'attendaient-ils de l'avenir ? Avaient-ils des rêves, des espoirs pour le futur ?
La vie n'est pas simple dans ce genre de villes. La pauvreté et le chômage sont en sont en hausse chaque année. Nous n'avons jamais évoqué le futur ensemble. De manière générale, ces kids vivent au jour le jour. Ils ne parlaient jamais du lendemain. Seulement de l'instant présent.

Qu'est-ce qui t'a le plus fasciné chez eux ?
Leur sens de l'humour. On a beaucoup ri ensemble. J'étais aussi très intriguée par leur innocence. Malgré les expériences très dures qu'ils vivaient tous, ils gardaient en eux cette candeur et cet émerveillement soudain face au monde.

Quel souvenir gardes-tu du bal de promo ?
C'était vraiment un truc immanquable : le grand soir ! Tout le monde passait un temps fou à se préparer, dépensait des petites fortunes en sapes, en maquillage etc. pour une nuit, ils s'offraient le luxe d'être quelqu'un d'autre, d'échanger leur quotidien contre une soirée luxueuse. J'ai senti leur joie et leur exaltation à se faire photographier ce jour-ci.

As-tu une image préférée, une qui te rappelle un souvenir, une anecdote heureuse ?
Gemma et Tony étaient très amoureux. Il avait intégré l'armée et s'était absenté pendant longtemps avant de la retrouver pour une soirée. C'était un moment très beau et très doux.

Tu sais ce que ces kids sont devenus aujourd'hui ?
C'était déjà difficile pour moi de ne pas les perdre de vue pendant la réalisation du projet. Mais j'ai réussi à garder contact avec une de mes plus belles rencontres, Aimee. Elle était passionnée par l'art et elle me trainait toujours dans sa chambre pour me montrer ses derniers dessins. Aujourd'hui, elle est devenue tatoueuse professionnelle et elle passe son temps à "dessiner, dessiner, dessiner". 

Childhoods à la galerie Side Gallery, Newcastle du 1er octobre au 27 novembre. 

Credits


Texte : Matthew Whitehouse

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