mia goth, l'enfant terrible qui sublime le cinéma indépendant

Mannequin pour Miu Miu, apprentie nymphomane pour Lars von Trier et bientôt à l'affiche de The Survivalist et du nouveau film de Claire Denis, Mia Goth trace sa route et n'a pas froid aux yeux. Rencontre avec une fille qui pense le cinéma comme un...

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14 Mars 2016, 1:55pm

Mia Goth n'aime pas les selfies. Elle n'en a jamais pris. "Je trouve ça vain. L'amour propre, c'est sain mais à outrance, ça devient néfaste. J'erre sur les comptes Instagram des gens avec une certaine incompréhension. C'est étrange, ce phénomène d'auto-promo, vous ne trouvez pas ?" Quand on y pense, normal que Mia, à tout juste 22 ans, rejette ce phénomène actuel - des photos d'elle, elle en a plein et pas des moindres. Adolescente, elle a fait ses débuts dans le mannequinat, peu de temps avant que Lars von Trier ne la sacre à l'écran avec Nymphomaniac: Vol II. Avec son amoureux Shia LaBoeuf, le moindre de ses mouvements est capturé par une horde de paparazzis, toujours au fait de sa routine quotidienne. 

Une collection d'images, donc, qui la rend tantôt subjuguante et inquiétante, tantôt boudeuse et renfrognée comme une pré-ado. Dans les pages people des magazines, Mia fait la gueule. Pour Miu Miu, elle prend la pose avec une candeur désarmante. Innocence que Lars von Trier sublimait dans son film, elle qui jouait à la perfection l'ingénue trahie par Jo (Charlotte Gainsbourg) dont elle est tour à tour le jouet sexuel, la confidente et la maitresse. 

Nudité, sexe explicite et érotisme achevaient de parfaire ce premier rôle taillé pour une grande. Tellement bien interprété qu'on a du mal à croire que Mia puisse encore être intimidée par quiconque ou quoique ce soit dans ce monde. En vrai, Mia n'a rien de l'adolescente bougonne et renfrognée qui lui colle à la peau dans les médias. Mia est une vieille âme. Ou, comme elle l'explique d'elle-même : "Une grand-mère. Je préfèrerai toujours une vraie discussion face à face à un vulgaire selfie. C'est ma façon de communiquer. Le reste, je le laisse aux autres.

C'est justement la grand-mère de Mia, cette grande actrice brésilienne, qui lui donne envie de faire du cinéma. Née à Londres, d'une mère brésilienne et d'un père canadien, Mia a la bougeotte dans les veines, comme un écho à son prénom de naissance 'Mia Gypsy'. Dans les quartiers de Catford, où elle passe son adolescence aux côtés de sa mère, la photographe Gemma Booth la repère. Elle signe son premier contrat de mannequinat à l'agence Storm Model Management. Aujourd'hui, Miu Miu la consacre dans sa dernière campagne. Mais ce qui fascine Mia, c'est le jeu. 

"À Los Angeles, je me réveille tous les matins avec l'envie de faire des tonnes de choses. C'est une ville qui m'aide à me sentir bien." Elle venait d'emménager et de passer l'équivalent de son bac lorsque Lars von Trier l'appelle. À l'époque, elle comptait s'orienter vers une école de théâtre. À la place, elle est tombée sur Charlotte Gainsbourg : ''La meilleure prof que j'aurais jamais pu avoir. Et ma meilleure partenaire de danse, jusqu'à maintenant. Charlotte m'a offert ce qu'aucun prof n'aurait jamais pu me donner. En fait, la meilleure façon d'apprendre, c'est d'observer. Descendre dans la rue et s'intéresser aux gens dehors, c'est en observant qu'on apprend."

Sa motivation l'a poussée jusqu'à Stephen Fingleton, le réalisateur de The Survivalist, nominé aux BAFTA, un thriller apocalyptique qui plante son décor dans un futur proche où règnent famine et horreur. Dans le film, Mia devient Milja, une enfant sauvage qui tente d'échapper aux forces obscures qui hantent le monde et trouve refuge, avec sa mère, dans une cabane au fond des bois habitée par le curieux Martin McCann. Autour de ce triangle forcé se noue un marché un peu glauque qu'instaure le résident du refuge. Milja devient son objet sexuel, un rôle dans le sillon du nihiliste Nymphomaniac. 

Mijla, son personnage, est un monstre de froideur qui retrouve son humanité dans la passion et le désir. Hors-cadre, l'actrice s'est surpassée pour comprendre ses attentes. Elle a dormi dans les rues, arrêté de se laver, arrêté de manger, ou presque, pour avoir cet air de fin du monde qu'elle prend tout au long du film. "J'ai vraiment ressenti des émotions très fortes pendant le tournage, révèle-t-elle. Je devais tenir un régime hyper stricte. J'ai découvert qu'Olwen Fouere [ l'actrice qui joue sa mère à l'écran] n'ingurgitait que 1000 calories par jour pour s'adapter aux conditions apocalyptiques du scénario. Du coup, on se motivait l'une et l'autre pour tenir nos objectifs."

Elle s'assombrit quand on ose évoquer son absence sur les réseaux sociaux. Elle jette pourtant un oeil à Twitter de temps en temps, histoire de se renseigner sur l'actualité cinéma. ''Je regarde juste ce que font les autres'', avoue-t-elle. "Le travail des autres me booste et me donne envie de faire encore mieux. C'est mon carburant."  Parce que Mia ne joue pas. Elle boxe. "J'écoute Mick Jenkins, Kendrick Lamar, J. Cole, Kanye West... Leur musique me rappelle qu'on peut se réinventer tous les jours." Comme partenaire idéal, Mia rêve de Tom Hardy, Michael Fassbender ou encore Joaquin Phoenix. "J'aime les acteurs qui puisent dans leur côté obscur pour faire vivre leurs personnages.'The darker the better,'" s'esclaffe-t-elle malicieuse.

Comme un écho à cette force obscure qui l'anime, Mia sera à l'affiche du film d'horreur A Cure for Wellness, aux côtés de Dane DeHaan et s'apprête à tourner avec Claire Denis pour High Life, avec Robert Pattinson et Patricia Arquette. Elle y jouera "une astronaute un peu bizarre dans l'espace" et c'est tout ce qu'on peut en tirer pour l'instant, si ce n'est qu'après l'interview, Mia se rendra au Musée des sciences pour ''faire des recherches sur l'astronomie et les planètes.'' 

Un personnage fantasque à son image. "Jouer c'est comme combattre. On peut toujours lire des bouquins sur la boxe, s'intéresser à ce qui a été fait avant, on tombe toujours de haut quand on met le pied sur le ring pour la première fois." On ne s'en fait pas pour la chute, Mia est déjà taillée pour le combat. 

Credits


Texte : Colin Crummy
Photographie : Alasdair McLellan
Coiffure Mark Hampton at Julian Watson Agency using Toni&Guy Hair Products
Maquillage Hiromi Ueda  at Julian Watson Agency using Sisley Skincare & Cosmetics