les nouveaux visages de la mode viennent de manchester

L'agence de mannequins Brother sort des sentiers battus pour trouver ses nouveaux poulains, dans les rues de Manchester, et impose une nouvelle exigence de diversité.

|
18 Mai 2016, 11:15am

Le photographe Michael Mayren a un nouveau bébé : Brother, une agence de mannequins homme, née à Salford et dont l'influence se rapproche rapidement de Londres au point que même Usain Bolt a besoin d'attraper le bus pour faire épaule-épaule avec. Le projet est clair : injecter une identité et une esthétique northern soul et une étincelle de diversité dans l'industrie de la mode. Michael a expliqué au styliste - et plus que chouchou d'i-D - Elgar Johnson ce qui l'a conduit à cette approche si singulière du casting. Et l'importance d'avoir des bros.  

Finis cette phrase : "He ain't heavy…"
"He's my Brother" !

Bien joué. Pourquoi ce nom, Brother ?
Je voulais un nom qui sous-entende immédiatement l'exclusivité masculine de l'agence. J'aime le mot "brother", ça représente la solidarité, la famille.

Á quel moment tu as décidé de monter ta propre agence, et pourquoi ?
Ça s'est développé naturellement, parce que dans mon boulot j'ai toujours fait des castings ; j'ai toujours fait du street cast pour trouver mes propres modèles. Je suis parti de Londres et revenu à Manchester juste avant Noël, et j'ai fait passer beaucoup de castings pour mes shootings. J'ai réuni 10 mecs géniaux. Je me suis dit, autant en faire quelque chose de personnel et concret. 

Que penses-tu des castings, actuellement ? Quels changements aimerais-tu y voir apparaître ?
Pour Brother, ça a été la partie la plus simple, le casting. Ce sont les autres éléments, relatifs au lancement d'une entreprise qui ont été plus complexes. Tout ça est nouveau pour moi. Après, je suis d'accord sur le fait qu'il devrait y avoir plus de diversité - pas juste pour faire du bruit, mais pour que ça devienne la norme. J'aimerais plus de diversité raciale, d'âge et de corps dans l'industrie. C'est primordial d'avoir une représentation fidèle au pays dans lequel nous vivons.

Sur ce sujet, la représentation fidèle : c'était important de monter Brother à Manchester ? Il y a un type de mec différent, par rapport à Londres ?
Oui, clairement. 

Ça tient au look ou plutôt à l'attitude ?
Au look, dans le sens où les londoniens sont beaucoup plus au fait de la mode, de ce qui est hype. Il y a des jeunes comme ça ici aussi, mais en général à Londres tout le monde est à fond sur Supreme et Palace. Ici ils sont bien moins au courant. Ils peuvent très bien avoir l'air cool, mais ils en ont moins conscience et je pense que c'est une qualité de taille, surtout d'un point de vue de photographe. 

Comment t'es-tu servi des réseaux sociaux ? Ça a dû t'aider pour les repérages et les castings...
Ouais, j'ai repéré certains gars via Instagram. Mais j'ai surtout besoin d'une personnalité et d'une présence particulière. C'est aussi important que leur allure. Je préfère caster dans la rue et les centres commerciaux. Les réseaux sociaux me servent plus comme plateforme où montrer les gars que j'ai déjà choisi.

Donc, pour les mecs qui veulent faire partie de Brother, quelles sont les points-clés à rassembler ? parce que tu sais comment les agences de mannequins on toujours des marottes, genre : "J'aime cette personne parce qu'elle a un nez bizarre, ou une forme de tête particulière" …
En ce qui me concerne, ça relève presque du subconscient. Je cherche des gens que je prendrai plaisir à photographier, et si ça plaît aussi aux gens, je pense souvent que c'est le cas, c'est super. Mais en termes d'allure, je suis attiré par les gens a l'air un peu différent, les gens avec une forte présence qui ont des passions et des intérêts autres que la mode.

Où finissent les mecs ? Brother s'occupera exclusivement d'eux ?
Ouais. Au Royaume-Uni. J'ai construit un réseau de clients avec ma photographie, et la plupart sont à Londres. Donc je suis heureux et à même de gérer leur boulot à Londres également. 

Est-ce qu'ils deviennent une grosse responsabilité pour toi ? Tu choisis des gars qui, comme beaucoup de mannequins, ont des jobs à côté, ou peuvent encore être à l'école. Le changement est soudain.
Oui, bien sûr que je me sens responsable. J'ai envie de m'occuper au mieux d'eux, qu'ils s'en sortent. Je commence à tous bien les connaître, et ils sont tous très motivés, donc veux que leurs attentes soient comblées. En même temps, beaucoup d'entre eux ont des engagements extérieurs. Ils boxent, sont dans des groupes de musique… Il faut prendre tout ça en compte. Je ne vais pas être trop exigeant envers ces gars-là, qui font autre chose à côté.

Le moins de pression, le mieux c'est.
Exactement.

Tu vas monter une agence Sister ?
C'est une idée à développer, clairement. Mais je ne le ferais certainement pas tout seul ; je n'ai jamais travaillé avec des filles donc je demanderais de l'aide à quelqu'un d'expérience. 

Tu penses rester éternellement à Manchester ?
C'est toute cette esthétique du nord de l'Angleterre qui rend l'agence unique. J'aimerais que ça reste le cas. J'ai aussi quelques gars à Londres, parce que c'est important d'assurer ses arrières et d'avoir des gens plus disponibles.

Peut-on dire que Brother est peut-être l'agence la moins "mode" du moment ?
Je ne pense pas. La mode va dans ce même sens. Cette approche a toujours été présente dans la mode contemporaine, mais les gens font maintenant des castings de plus en plus intéressants pour des projets très commerciaux et grand public.

Où tu vois Brother dans cinq ans ?
Je ne sais vraiment pas. Je me concentre sur le présent, et sur le fait de mettre l'agence sur les bons rails, esthétiquement parlant. Après il n'y a plus qu'à attendre et voir comment le public y réagit. 

brothersmodels.com
@brothermodels

Credits


Texte : Elgar Johnson