Robert Pattinson dans Good Time, de Joshua et Ben Safdie 

auto-critique et anti-héros : 5 films américains repérés à deauville

La 43ème édition du festival du cinéma américain de Deauville s'ouvrait vendredi. Des dizaines de films au programme, un grand tapis rouge et plusieurs avant-premières : short-list (subjective) des films qui ont fait notre week-end.

par Marion Raynaud Lacroix
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05 Septembre 2017, 8:12am

Robert Pattinson dans Good Time, de Joshua et Ben Safdie 

La pluie n'est jamais très loin et le vent menace toujours : à Deauville, le temps est aussi instable que les sujets qui font son festival. Violente ou libertaire, spectaculaire ou intrigante, au cinéma, l'Amérique se contemple en nuances. Mais elle a aussi ses héros et Robert Pattinson est peut-être le prochain : dans Good Time, le comédien s'éloigne du temps où on le prenait pour un vampire en s'aventurant vers des zones de jeu aussi sombres que bluffantes. Et puis il y a Harris Dickinson, l'adolescent solaire de Beach Rats, au coeur d'un brûlant récit d'apprentissage encore privé de date de sortie en France. Mais il serait dommage de réduire le festival à sa compétition officielle : on retiendra donc trois documentaires issus de la section « Les docs de l'Oncle Sam » qui explorent, chacun à leur manière, le récit national américain et son lot de trajectoires singulières. Il vous reste une semaine pour les voir à Deauville. Sinon, il faudra s'armer d'un peu de patience jusqu'à leur sortie dans les salles françaises...

Good Time, de Ben et Joshua Safdie, sortie le 13 septembre


Connie et Nick ne sont pas seulement frères, ils sont inséparables. Peu de choses semblent pourtant les rassembler : le premier est un handicapé mental très influençable, l'autre un petit malfrat particulièrement consciencieux. Alors quand Connie (Robert Pattinson) foire le braquage d'une banque et se voit séparé de celui qu'il pense protéger, il met tout en œuvre pour le retrouver. Parce que dans l'histoire, le plus dépendant de son frère n'est pas celui que l'on croit… Réalisée par Ben et Joshua Safdie, eux-mêmes frères dans la réalité (Ben Safdie incarne aussi Nick à l'écran), cette course enfiévrée raconte une jungle new-yorkaise régie par un seul impératif, celui de se montrer le moins faible. Aussi violent qu'hypnotique, Good Time a le goût de l'acide et une force de frappe décuplée par son interprétation : l'heure est enfin venue pour Robert Pattinson de rentrer dans la cour des (très) grands.

The Reagan Show, de Pacho Velez & Sierra Pettengill

La présidence reaganienne a engendré une production d'images très impressionnante tout en étant la première à verrouiller si fermement la communication du bureau ovale. C'est sur ce constat que se fonde ce documentaire exclusivement constitué d'archives télévisées et d'images officielles. De son emprunt à la fiction hollywoodienne faisant de l'URSS « l'empire du Mal » à sa fronde anti-soviétique popularisée par la « guerre des étoiles », Reagan marque l'avènement d'un nouveau genre, celui de la politique spectacle. L'idée importe moins que la formule et la forme l'emporte sur le fond chez l'homme qui fut d'abord acteur avant d'être élu Président des États Unis. Près de quarante ans plus tard, ce regard dans le rétroviseur permet de mieux comprendre comment un présentateur de télé-réalité a pu se hisser aux commandes de la plus grande puissance mondiale.

Beach Rats, de Eliza Hittman

Quand il ne zone pas près des plages avec ses potes, Frankie s'enferme dans sa chambre pour flirter sur le net avec des hommes plus âgés. « Je ne sais pas trop ce que je cherche », s'échine-t-il à répéter lorsque ses interlocuteurs lui demandent ce qui l'attire. Dans ce film déjà remarqué à Sundance, Eliza Hittman filme l'adolescence comme une zone d'ombre et de lumière, dans un rapport de force inégal où prime l'injonction sociale. Emmené par la révélation Harris Dickinson, Beach Rats est un ouragan où désir rime avec secret quand l'amitié n'offre aucun refuge à la solitude. Dur comme un roc, solaire comme l'été, Beach Rats est le récit d'un apprentissage impossible qui n'a pas fini de vous obséder.

We blew it, de Jean-Baptiste Thoret, sortie le 8 novembre


« Comment s'intégrer à une société dont nous ne voulions pas faire partie ? » C'est la question à laquelle les baby boomers au cœur de la révolution socioculturelle des années 1970 n'ont pas pu échapper. À travers un road trip dans l'Amérique profonde et une succession de divers témoignages, Jean-Baptiste Thoret questionne un pays où l'utopie « sex, drugs and rock'n'roll » a progressivement cédé le pas à un pragmatisme capitaliste désincarné. Comment la nostalgie du « c'était mieux avant » a-t-elle pu engendrer l'Amérique de Trump, a priori irréconciliable avec le rêve libertaire des années Woodstock ? C'est l'interrogation que soulève, en filigrane, ce voyage à travers un territoire fantasmé pourtant toujours aussi polarisé.

Clive Davis: the soundtrack of our lives, de Chris Parker

Clive Davis et Whitney Houston en 1983


« Lorsqu'on vient d'une famille juive qui n'a pas beaucoup d'argent, il y a deux options : être médecin ou bien devenir avocat » affirme Clive Davis. Avant de prendre la tête de Colombia Records et de fonder deux labels (Arista et J Records), ce producteur de légende choisit la deuxième option. Et alors qu'il n'a jamais imaginé mettre un pied dans l'industrie musicale, Davis se découvre une oreille en or, capable d'associer le bon morceau au bon artiste, de relancer des carrières (celle d'Aretha Franklin et de Santana) et de découvrir d'incroyables talents (Janis Joplin, Patti Smith, Alicia Keys ou Whitney Houston). À travers les témoignages de ceux qui l'ont côtoyé et les archives de morceaux entrés dans l'histoire, ce documentaire retrace l'évolution des plus grands courants musicaux, de l'insoumission de Woodstock jusqu'à la codification policée d'American Idol. Et brosse le portrait d'un homme dont la largesse d'esprit a su voir venir la puissance du rap en restant fidèle à une belle idée : toujours tout écouter.

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