les 10 titres qui ont changé la vie de gilles peterson

À quelques jours du Worldwide Festival, i-D a rencontré le pape de l'acid jazz pour parler de rave, d'aliens et des titres qui ont changé sa vie.

par Micha Barban Dangerfield
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11 Juin 2019, 11:39am

Il est le plus français des Anglais – ou peut-être l’inverse ? On ne saurait vraiment dire et l’agilité avec laquelle il passe d’une langue à l’autre ne fait que brouiller les pistes. Une chose est sûre, c’est que depuis son plus jeune âge, le Dj, animateur et créateur du label Brownswood Recordings, Gilles Peterson répand ses (bonnes) ondes au-dessus de la Manche, depuis les radios pirates du Londres des années 1990 jusqu’à la BBC et Nova, en passant désormais par sa propre radio, Worldwide FM, lancée il y a deux ans. À cheval entre plusieurs territoires donc, c’est en opérant des fusions que Gilles Peterson s’est établi comme l’élément liant de notre époque musicale, brasant les univers de la rave, du jazz et de la soul, jouant constamment des harmonies et des frontières pour créer de nouveau Big Bangs.

Chaque année, sous le soleil brûlant de Sète, dans l’enceinte du Théâtre de la mer perchée juste au-dessous de l’eau, des milliers de festivaliers se réunissent pour assister à ses prêches. S’y rencontrent les dignes héritiers du jazz, les anciens de la funk, les nouveau-nés de la techno et les vétérans intacts, comme Gilles Peterson. Pour fêter la nouvelle édition du festival qui démarrera le 28 juin, Peterson a livré à i-D les 10 titres qui ont changé sa vie. Prenez des notes.

Quel disque te rappelle ton enfance ?
Mon frère écoutait souvent un album dans sa chambre : In the land of grey and pink de Caravan. Un truc rock expérimental. Je suis très nostalgique à chaque fois que l’écoute, c'est un peu ma madeleine de Proust.

C’est quoi le son qui représente le mieux le futur selon toi ?
J'aime beaucoup le dernier album de Flying lotus Flamagra, il a réussi à affirmer son propre son et personne n’est parvenu à l’imiter pour l’instant. Il a toujours eu une vision très particulière de la musique, mélangeant l’expérimental et les basses. Je pense que c’est ça pour moi le futur de la musique.

Est-ce que tu te souviens du premier disque que tu as acheté ?
C'était Debby Harry et Blondie. J'adorais tout : l'image le son, le mélange de punk et de dance music en même temps, j'étais fou d'elle, c'était tout ça en même temps. Et le même jour j'ai dû acheter Mister blue sky de Electric Light Orchestra.

Te souviens-tu du premier morceau qui t’a bouleversé sur un dancefloor ?
Je pense que c’est « The night has a thousand eyes » de John Coltrane. Je me trouvais à un weekender en Angleterre qui s'appelle Caister. J'avais 16 ou 17 ans. Il y avait une immense salle avec près de 200 personnes, derrière laquelle se cachait un espace plus petit, intimiste. On était peut-être 40 personnes, dansant tous à fond sur du jazz. C’est à ce moment précis que je me suis dit que c’était ça que je voulais faire de ma vie.

Ton pont musical favori ?
Je dirais celui dans « Les Fleurs » de Minnie Reperton.

Quel morceau ferais-tu écouter à un alien pour l’initier à la musique humaine ?
« Space is the place » de Sun ra. Histoire de poser les bases d’une entente cosmique.

Quel morceau te transporte immédiatement au lycée ?
C'est un morceau de Tony Rallo & The Midnight Band qui s’intitulait « Holdin On ». Au lycée, je me souviens que le groupe devait passer à la télé un soir sur Top of the Pop. J’avais tanné tous mes potes pour qu’ils matent l'émission. À l’époque, peu de gens prêtaient attention à ce genre de musique, je faisais partie des trois « Soul Boys » de mon bahut. Il s’est avéré que le mec n’était pas cool du tout, tout le monde s’est foutu de moi le lendemain. Moi, je trouve ça génial.

Le morceau qui te rappelle tes meilleures raves ?
Je dirais « Pacific state » du groupe 808 State. Je passais souvent ce morceau en club. Pour moi, il est un des rares titres faisant le lien entre la rave, l’ecstasy et le jazz.

Quel morceau es-tu impatient d’écouter au Worldwide Festival ?
Je suis passé sur France Inter aujourd’hui, j’y ai rencontré un super musicien français, Thomas de Pourquery. Il est incroyable, je suis resté bouche bée. Il joue du saxo, de la flûte, du clavier, il chante. Du coup je l’ai invité à venir jouer au Worldwide à la fin du mois. Il jouera une version une version longue d'un morceau de San Ra, « love in outer space », juste avant que je prenne les platines. J’ai hâte.

Quel morceau utiliserais-tu pour répandre l’amour dans tout l’univers ?
Anderson .Paak « Come home » (featuring avec Andre3000) je pense.