@ Raffaele Cariou pour i-D

jardin est parti très (très) loin dans son nouvel EP

En avant-première sur i-D, le rappeur le plus punk de France partage son dernier maxi « One World One Shit » – un nouveau manifeste « post anti-humaniste » dont on avait tous besoin.

par Sylvain di Cristo
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02 Mai 2019, 9:15am

@ Raffaele Cariou pour i-D

Aucune limite ne semble infranchissable pour Jardin. Le romantique rappeur français qui tombait amoureux d’une fleur dans sa jeunesse a toujours été extrême, tant sur le plan musical que philosophique ou même politique. Mais peut-être que ce dernier EP One World One Shit, suite de son album Epée sorti en 2018, atteint le paroxysme de son mantra personnel « with no future everything is possible ». Pour une raison simple, sa référence à l’artiste protéiforme Chris Korda, fondateur de la « Church Of Euthanasia », cette organisation religieuse née en 1992 aux États-Unis qui tient sur quatre piliers, suicide, avortement, sodomie et cannibalisme, établis autour d'un unique commandement pour tou.te.s ses disciples : « Thou Shalt Not Procreate » (Tu ne procréeras point).

« Je trouve plus que jamais approprié de reparler de la Church of Euthanasia et j’ai commencé par mettre cela en musique, précise Lény Bernay. Dans le texte de « One World One Shit », j’opère une mise à jour du lyrics de Korda car nous sommes bientôt 8 milliards sur Terre et la situation semble avoir peu changé. La planète déborde ainsi que la colère et la confusion qui émanent de nos excès « humains ». » Une conscience écologique très « post anti-humaniste », comme la qualifie lui-même Korda, mais qui ne doit pas nécessairement se voir de manière négative selon Jardin qui prolonge l’explication : « Le Débordement, le trop-plein, à entendre aussi dans la joie ! J’ai souhaité faire d’un constat parfois très triste, un moment de fête et de rassemblement tourné vers un avenir meilleur, et cela bien sûr ne peut pas se faire seul. J’ai donc engagé beaucoup de collaborations pour réaliser l’EP. » On y retrouve sa clique, celle qui gravite autour de son label Cultural Workers, Summer Satana, Mathilde Fernandez et les back vocaux de Vanessa Pinto.

Toujours sur fond de beats d’acid techno qui nous renvoient dans la gadoue d’une rave anglaise, Jardin y exprime ses nouvelles contradictions et paradigmes : « Vasectomie, dedans je suis comme une lady / J’veux être libre sans délai. Sur la montagne, mon plaisir s’arrache avec les dents / Et je me fais peter la te-té. » Et performe un nouveau grand écart qui ne laisse définitivement pas indifférent, secouant les consciences comme Chris Korda a secoué la sienne. Ou comment passer du No Futur au « Oui Futur » – comme il l’écrit – en un claquement de doigts.

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