faire son coming-out sur internet pour ne pas être seul

Avec beaucoup de pudeur, le documentaire de Denis Parrot suit des individus dans un moment de bascule : lorsqu'ils se révèlent, eux et leur sexualité, face au monde et à leurs proches. Un film à voir et faire voir absolument !

par Patrick Thévenin
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03 Mai 2019, 8:48am

Il fallait du courage à Denis Parrot, auteur du documentaire Coming-Out pour décortiquer face caméra les problématiques liées à ce terme anglo-saxon, une expression désormais passée dans le langage courant, que le film résume dès les premières secondes : « Nom masculin invariable. Contraction de l’expression coming out of the closet, sortir du placard. Annonce volontaire de son orientation sexuelle ou d’une identité de genre. » De l’audace face aux nombres d’articles galvaudés, de conseils en tous genres ou de guides pour bien réussir son coming-out qu’on trouve partout, alors qu’il n’existe aucune recette magique – quel que soit le milieu social dont on est issu. Car il n’existe pas un mais des coming-out.

Il y a deux ans, Denis Parrot, monteur de formation, tombe par hasard sur la vidéo Youtube d’un jeune anglais annonçant à sa grand-mère son homosexualité au téléphone, tout en se filmant. Tout au long des dix minutes que dure la confession, entre silences et mots étouffés, gêne palpable et propos maladroits, Denis Parrot se retrouve plongé des années plus tôt dans son propre coming-out. Il est aussi fasciné par la simplicité du dispositif employé : une simple webcam et un téléphone. Il s’interroge également sur ce besoin nouveau des jeunes générations de filmer un moment aussi intime et crucial. Par protection ? Par habitude milléniale ? Pour laisser un témoignage et faire partager aux autres sa propre expérience dans le but de les aider ? Emu et intrigué, le réalisateur se met à sillonner le web pour trouver d’autres vidéos de confessions brutes, généralement maladroites, parfois drôles, souvent tragiques, tout en réalisant qu’elles étaient légion et que la génération Smartphone, habituée à s’exposer, a fait du téléphone le meilleur allié du coming-out.

Sur 1200 vidéos tournant autour du sujet, et émanant de gays, lesbiennes, bi ou trans, tournées entre 2012 et 2018 et glanées tout autour du monde, Denis Parrot en a retenu dix-neuf, provenant des quatre coins du monde (sauf d’Afrique ou du Moyen-Orient où afficher son orientation sexuelle sur les réseaux sociaux peut avoir de graves conséquences). Un kaléidoscope qui passe par tout le spectre du coming-out : de celui, terrible et glaçant, où Daniel, jeune ado, enregistre ses parents, téléphone dans sa poche, l’insulter, jurer sur la Bible, le traiter d’anormal, le tabasser et finir par le jeter à la rue à celui d’un fils qui annonce à sa mère « qu’il avait besoin de sortir du placard » alors qu’elle lui répond, hilare, qu’il ferait mieux « de commencer à ranger son placard ». De l’ado angoissé qui raconte comment se sentant anormal il a passé des mois à lire et visionner tout ce qu’il pouvait trouver comme topics sur le sujet histoire de préparer au mieux le moment fatidique à Shayla, jeune noire américaine, qui avoue son attirance pour les filles mais se retrouve coupée dans son élan quand sa mère invoque la Bible. Du témoignage qui file la chair de poule d’un jeune ado évoquant les scarifications qu’il s’imposait et ses nombreuses tentatives de suicide à Charlie, gamine de 12 ans, qui angoisse à l’avance de ce que sa meilleure amie va en penser d’elle.

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Grâce à une réalisation on ne peut plus minimale (les témoins sont annoncés par leur prénom et leur lieu de résidence sous fond noir), sans musique censée dramatiser le propos, sans spécialistes du sujet venus déballer leur science académique, le documentaire donne simplement à voir les tenants et aboutissements de ce moment bref (même si fruit de longs mois, voire parfois de longues années de maturation) auquel est confrontée la majorité des LGBT. Un moment où l’on se sent enfin prêt à dire la vérité à ses proches. Mais aussi tout le contexte qui entoure le coming-out, le soulagement qui s’en suit quand des parents se montrent compréhensifs (et pas trop maladroits), la violence sourde des mots qui peuvent paraître inoffensifs, l’excuse récurrente du choix (alors qu’être gay, bi, lesbienne ou trans n’en est clairement pas un), la sensation d’être différent au point de penser qu’on est de trop sur terre, jusqu’aux affirmations qui virent à l’horreur et à la violence.

La force de Coming-Out tient surtout au fait qu’il n’est pas un documentaire à charge, avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Il montre que le geste peut se dérouler dans la compréhension comme sombrer dans le drame, que c’est un acte complexe qui demande écoute, comme psychologie, des deux côtés. Sans compter que le documentaire ne tombe jamais dans l’injonction à faire son coming-out, même si forcément il l’encourage. Ce que le témoignage du jeune anglais Luke, résume à la perfection : « Faire son coming-out, c’est terriblement dur. Quel que soit l’âge, qu’on ait 14 ans comme c’était mon cas, 15 ou 16, 20 ou 25, ou même 50 ans. Prendre la décision de l’annoncer aux gens d’être fier de qui on est, même dans le monde d’aujourd’hui, c’est très difficile. Mais vous savez quoi, ça ne devrait ni être dur, ni compliqué, on ne devrait ni rougir, ni avoir peur, ni se sentir menacé, ni culpabiliser de le faire. J’ai vu une super vidéo qui demandait aux gens s’ils croyaient qu’on naissait gay ou qu’on choisissait de l’être et beaucoup répondaient : « Les gays et les lesbiennes choisissent cette vie. » Et alors on leur répondait : « Et vous quand avez-vous choisi d’être hétéros ? » Ça me semblait la parfaite remarque à leur renvoyer à la figure ! »

Au final, bouleversé par la projection de ce documentaire, impeccable sur tous les points, on se dit que Coming Out mériterait en fait d’être vu en masse par les hétéros, diffusé sur des chaînes de grande écoute et pourquoi pas projeté dans les lycées. Histoire (on peut rêver) que dans 20 ans, plus personne n’ait besoin de faire son coming out !

Coming Out de Denis Parrot, en salles.

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