Gauche : Stye, London. Droite : Foil Face, London

avec candeur et délicatesse, hollie fernando photographie la fin de l'enfance

Hollie Fernando a passé une année entière à photographier son petit frère de 12 ans.

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juil. 6 2018, 11:21am

Gauche : Stye, London. Droite : Foil Face, London

12 ans est un âge paradoxal. Tout semble important et en même temps, rien ne l’est. C’est l’âge où l’on est capable de passer ses après-midi chez Starbucks pour le plaisir de se rendre ivre de caféine et de faire des bulles avec sa paille en plastique, mais aussi celui où on a encore envie d’être embrassé par sa maman lorsqu’on va se coucher. Un âge où les activités divergent : certains volent des cigarettes à leurs parents pour crapoter, affalés sur le banc d’un parc, d’autres préfèrent continuer à produire des sons de pets à la force de leurs petits bras. Un âge drôle, bordélique, confus et joyeux que Hollie Fernando a choisi de mettre au cœur de sa première exposition solo.

Saved Pennies, Londres.

Cette photographe basée à Londres a passé un an à photographier son frère dans toute sa gloire pré-adolescente : arborant ses bras couverts de bleus, armé d’un lance-pierres, avachi à table après d’être vu interdire de jouer à la X-Box. « C’est arrivé comme ça » affirme Hollie lorsqu’elle évoque le projet. Alors qu’elle prenait des photos de sa famille en vacances avec un magazine en tête et que sa muse habituelle – sa petite sœur – n’était pas là, elle a porté son regard vers Max. « Pendant ces deux semaines, je l’ai vu sous un jour complètement différent. Il était pris dans ce flou délicat entre l’enfant et le jeune adulte. J’ai trouvé ça fascinant et j’ai eu envie de photographier chaque moment. »

Birthday Beats, Londres.

À travers ses images, Hollie rappelle souvent la nature éphémère de la jeunesse. Elle a photographié des écuries communautaires à Brixton, l'amour en festival, le nu à maison et une flopée de jeunes musiciens – Sunflower Bean, Wolf Alice, Dreamwife. Peu importe qui elle capture, tous irradient d’une forme de naïveté angélique, un bonheur innocent – quelque chose qu’Hollie attribue à son amour des peintures préraphaélites : « Ça m’obsède ».

Tout comme Hollie et son intérêt pour les chérubins à la chevelure ondulée, la société est habitée par cette idée de la jeunesse. « Parce qu’elle est hors d’atteinte », explique-t-elle. On en revient à ce vieux cliché sorti par notre tante au dîner de noël : « Vous gâchez votre jeunesse ! » On se souvient de ces années comme d’une époque libre, euphorique, même si elle était en réalité principalement terrifiante ou ennuyeuse. « Mais on ne peut jamais y revenir, donc on s’intéresse à l’expérience qu’en font les autres. C’est une manière de revivre sa jeunesse par procuration. »

8,28pm, Londres.

C’est la raison pour laquelle, finalement, Hollie a appris autant sur elle-même que sur son frère pendant ce projet. « Arrivée aux trois-quarts, j’ai commencé à comprendre que 12 parlait autant de moi que de Max. Parfois je me retrouve à douter de mes décisions, à ne pas savoir si j’ai gâché le début de ma vingtaine, si je suis assez douée dans mon travail pour en vivre ou si je dois abandonner et faire quelque chose d’autre. » Tous ces questionnements mènent à la même chose : « Cette profonde et douloureuse nostalgie de ma propre enfance. J’aimerais tellement avoir 12 ans à nouveau. »

12 est exposé à la Doomed gallery de Dalston ce week-end.

Slingshot, Joshua Tree.
13th Party Jump, Londres.
13, Londres.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.