un aprem à belleville avec le gang de nattofranco

La marque de streetwear française dessine le futur des kids parisiens, au-delà du genre et des canons de beauté traditionnels.

par Antoine Mbemba
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08 Septembre 2016, 1:40pm

À i-D, on a des coups de cœur d'un jour, peut-être d'autres de quelques semaines, et ceux qui n'en finissent jamais. Des chouchous qu'on assume sans vergogne parce que leur talent parle mieux qu'on ne l'écrit. La créatrice franco-japonaise Noémie Aiko Sebayashi fait partie de ceux-là. En décembre dernier, on vous parlait de sa marque Nattofranco, de son approche innovante et futuriste du streetwear. Elle est toujours dans le futur, et il a rarement été aussi communicatif. N'allez pas croire que rien n'a changé depuis. « L'identité est toujours franco-japonaise, mais artistiquement ça évolue, » explique Noémie. « Le message reste le même mais je rajoute du vocabulaire. Plus que les autres saisons, j'ai voulu marquer l'aspect unisexe de ma mode. Il faut dépasser le genre. Le cool est plus important. C'est pas parce qu'un vêtement est rose, en velours et tout doux que ça doit être porté par une fille fan de Barbie. Aujourd'hui les jeunes pensent plus large, ils veulent porter des trucs uniques pour être eux-mêmes. »

Quand on lui demande ce qui a inspiré sa collection, Noémie évoque les souvenirs, le retour en enfance, des totems adolescents qui n'auraient jamais dû disparaître. Les vestiges d'une mémoire pop enfouie indispensable au futur. « Cette collection c'est une idée de vestiaire des années 1990-2000. C'est des pièces qui me manquaient. Comme le K-Way, avec le zip sur le devant, qui s'enfile comme quand on était ados. En gros c'est des pièces de mon enfance, le vestiaire de mes 13 ans. »

C'est aussi ça, la force de Nattofranco. L'alliance de références passées, de couleurs des années 1990 ou d'un rap des années 2000 en peau de pêche qui se mettent au service d'une mode résolument jeune et moderne. Au service d'un message des plus actuels : une remise en question des canons de beauté restrictifs que Noémie s'impose dans tous les recoins de son processus créatif. « Quand je fais des castings, je vais toujours vers des filles qui sont belles de leur intelligence, ultra naturelles. Pas maquillées, limite pas coiffées. Le message c'est aussi qu'en tant que fille, il faut un peu lâcher la pression. Le plus important c'est d'être cool et d'être soi-même. Aujourd'hui il y a une uniformisation de la beauté, avec trop d'artifices. Moi j'aime voir une personne sans rien, j'essaye de communiquer une beauté anticapitaliste. » 

Quoi de mieux dans la mode, aujourd'hui, que le streetwear pour exprimer avec une telle grâce un propos fort et neuf, ancré dans le réel. Montrer des vêtements que l'on se verrait porter et que l'on veut laisser nous définir. « Le streetwear, t'enlève la couleur et la matière, et tu tombes sur un vieux jogging tout simple. Tout le monde peut le porter. Il y a quelque chose de social dans le streetwear, c'est la catégorie de la mode la plus forte, et c'est pour ça que le streetwear fait bouger la mode. Et de toute façon, il faut faire des vêtements qui se portent ! »

On n'aura jamais eu autant envie de se balader à Belleville en tracksuit marron, rose, blanc et bleu roi (« le panel de la collection »), et on souhaite toute la réussite au futur (proche) franco-japonais qui attend Noémie : « Je vais continuer à aller au Japon. Je n'y ai pas grandi donc j'ai encore toute une recherche d'identité à y faire. Et puis pourquoi pas faire des choses là-bas. Mais surtout, j'adorerais faire une présentation à Paris, pendant la Fashion Week. J'ai une idée bien précise de la chose. » On y sera. On a hâte. 

Credits


Texte Antoine Mbemba
Photographie : Bertrand Le Pluard

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